21.06.2013 Gustave Le Gray rue Vivienne, Le Salon libre de 1848

Le Gray détail

Depuis la publication du premier numéro de Nicéphore, cahier de photographies, un élément nouveau s’est proposé à notre réflexion, l’analyse du salon de 1848.

“Le jury a enfin disparu; il a été emporté par ce vent acerbe et purificateur qui a soufflé quinze jours avec tant de violence, et qui venait d’Amérique. Voilà dix ans que, chaque année nous demandions la suppression de ce tribunal inique. Il n’a pas fallu moins qu’un tremblement de terre pour faire tomber de leurs siéges ces juges prévaricateurs.
Et cependant, que d’exclamations, que d’invectives, que d’injures même n’a-­‐t-­‐on pas prodiguées à ce mystérieux conseil des Dix qui exerçait sur les peintres le droit de vie et de mort, le droit d’ombre et de lumière ! Les critiques les plus doux devenaient féroces lorsqu’il s’agissait du jury: en effet, n’était-­‐ce pas une chose affreuse de refuser à un pauvre artiste, altéré de jour et de publicité, un petit coin de cette longue muraille, la seule où la France puisse venir voir à quel point en est l’art chez elle ? Le génie de l’homme est quelque chose de si sacré, que l’indignation est sans mesure lorsque des profanes y touchent. Nous avons écrit, contre les membres du jury, des imprécations, qui sembleraient exagérées, adressées à des Néron et à des Phalaris; mais les bourreaux de l’esprit ne sont-­‐ils pas aussi coupable que les bourreaux du corps, et le meurtre d’une idée n’est-­‐il pas le plus grand des crimes ? Censeurs, membres du jury, tous ceux qui mutilent la pensée doivent être mis au rang des inquisiteurs et des tortionnaires.”

On trouvera en ligne le texte complet de la célébre critique de Théophile Gautier.

En dépouillant les notices du catalogue du Salon de 1848, on constate la présence simultanée de tous les modèles des portraits au daguerréotype autour de Gistave Le Gray, durant les journées du 31 mai 1848 ou le 1er juin 1848 pour reprendre leurs œuvres au Salon Libre de 1848 où ils ont tous exposé. Tous sauf l’ami Mestral et le musicien Brisson.

Philippe-Auguste Jeanron a prolongé le Salon libre de 1848 jusqu’au 31 mai. Les artistes viennent alors reprendre leurs œuvres, les restitutions sont gérées par un bureau dirigé par Isabey et Delaroche au Louvre.

Parmi eux, on relève les noms (avec leurs adresses et le titre des œuvres exposées) par ordre d’apparition :

Alexandre Desgoffes
domicilié à l’Institut, pavillon de l’Ouest
1237 Oreste tourmenté par les Euménides
1238 Deux paysages sous le meme numero

Hippolyte Flandrin
14 rue de l’Abbaye
1685 Portrait de Mlle. 1686 idem de M;
1687 Idem de Mme. 1688 Etude de femme

Jean-léon Gérome,
Atelier, 9 rue de Fleurus
1932 Anacréon, Bacchus et l’Amour (tableau qui obtient le Premier Prix)
1933 La Vierge, l’Enfant jésus et saint Jean. 1934 Portrait de M. A. G.

Auguste-Barthélemy Glaize
87ter rue de Vaugirard
2002 Mort du Précurseur

Gustave Le Gray
27 quai des Augustins
2828 Massari de la campagne de Rome (villa du Pape Jules III, hors la Porte du Peuple)
2829 Portrait de Mme H. de V.

Henri Le Secq
16 rue des Juifs
2960 Un morceau d’ensemble
2961 L’éther. 2962 Un sujet lucide (magnétisme)

A-J Clésinger
1 rue Victor-Lemaire
4667 Bacchante en marbre
4668 Buste de Mme S.C. 4669 idem de Mme de L. 4670 idem de Mme D.

(Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artictes vivants, publié par Vinchon imprimeur du Musée national du Louvre au printemps 1848 et vendu au prix de 1 fr)

Bacchus

Jean-léon GéromeAnacréon, Bacchus et l’Amour (tableau qui obtient le Premier Prix, et est alors daguerréotypé par Gustave Le Gray).

Remarque, en cliquant sur l’image ou sur ce lien : on accède à une video conçue par Lyse Hammadouche et Romain Renaud pour animo le document 3wdoc.

21.07.2012 Inquiry on a Group of Le Gray and Mestral Daguerreotypes (English text)

Inquiry on a Group of Le Gray and Mestral Daguerreotypes (English text)

ENGLISH NICEPHORE LE GRAY

 

Gustave Legray Essay English pages titre

Le Gray intro1

Le Gray intro2

Le Gray intro3

Le Gray intro4

Le Gray boite bois5

Le Gray 13

Le Gray 14

Le Gray 15

Le Gray 16

Le Gray 17

Le Gray 18

Le Gray 19

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Le Gray 21

Le Gray 22

 

 

Identification of Flandrin

Le Gray 6

Le Gray 24

 

 

 

 

Identification of Glaize and Desgoffes

Le Gray 25

MU_FABRE autoportrait de Glaizes 1854

Selfportrait of Glaize in Montpellier

 

 

Identification of Clésinger

 

Le Gray 7

Le Gray 26

Le Gray 27

 

Possible Identification of the Dandy with a top hat

Le Gray 28

Le Gray 29

 

Identification of Céline Cerf

 

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Le Gray 30

Le Gray 31

 

Identification of Marguerite Palais, future Mrs Le Secq

 

Le Gray 10

Le Gray 32

Le Gray 33

Identification of the young lady also in the Regnault album (comparaison with Palmira Leonardi, Mrs Le Gray)

Le Gray 34

Le Gray 35

 

Identification of the photographe

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Le Gray 37

 

Inquiry on Gustave Le Gray daguerrian plates and the very rare Brassart glider punch

Le Gray 40

Le Gray 41

Le Gray 42

Le Gray 43

 

Inquiry and early evidence on articles about Le Gray daguerrian activity (with Mestral)

click to get to the French articles texte

Le Gray 44

Le Gray 45

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Gustave Le Gray

Autoportrait Le Gray pour site

Son identité résista aux premiers regards.

Mais d’emblée, cette attitude de défi délibéré provoqua débat. Dans les échanges qui suivirent entre les historiens, les conservateurs et les collectionneurs, trois noms ont été tout naturellement évoqués pour la ressemblance des reproductions numérisées de leurs portraits avec l’aspect général et l’attitude du jeune homme accoudé sur la chambre daguerrienne (Ambroise Thomas, Gustave Le Gray, Henri Le Secq).

On remarque le stratagème de l’artiste déterminé qui, pour rester immobile suffisamment longtemps, cale sa tête sur sa main, le coude étant bien solidement posé sur la chambre daguerrienne.

Le lieu de cet atelier a été établi : le balcon d’Auguste Mestral au cinquième étage du 48 de la rue Vivienne.

La date, d’abord estimée vers 1848 à une année près, a pu être précisée par plusieurs faits établis : Auguste Mestral ne peut déménager rue Vivienne que quelques jours ou semaines après son héritage du 15 mars 1848. en tant qu’ancien greffier, on peut supposer que l’adresse de résidence qu’il a fourni à son confrère notaire ce jour-là est valide.

Mlle Marguerite Palais apparaît en grand deuil lors de la réalisation de la plaque n° 5, condition qu’elle aura nécessairement abandonnée avant les préparatifs de son mariage, le 11 juillet 1848 à Montmirail avec Henri Le Secq. Les portraits peuvent être datés vers avril, mai ou juin 1848.

Parmi les trois noms, deux ne résistèrent pas longtemps à l’analyse et à la confrontation des originaux, Ambroise Thomas était bien trop âgé et fort peu photographe, quant à l’ami Le Secq, on connaît son apparence photographique de cette année-là, en particulier grâce à un daguerréotype réalisé par Le Gray pour son mariage en juillet 1848.

Comparaison Le Gray

Comparaison Le Gray 2

Comparaison Le Gray 3

Comparaison Le Gray 4

Comparaison de la plaque avec le portrait de Gustave Le Gray peint sur bois par son ami Henri Le Secq à Rome en 1844. On remarque que le peintre complice ne cherche pas à atténuer le prognatisme de son modèle grignard.

Quant aux deux sourcils : du gauche nous ne voyons que la moitié, et du droit qu’une ligne étirée par la main de l’artiste qui, souhaitant rester bien immobile sans en avoir l’air, tire sur sa pommette et sa tempe droite.

Comparaison avec le portrait de Gustave Le Gray réalisé avec l’aide de son ami Le Secq lors de l’une des premières séances du procédé au négatif papier ciré, vers le samedi 10 juin 1848. Une épreuve figurant dans l’album Le Secq a été reproduite par Eugenia Parry Janis. Moutrille a raconté comment l’invention du procédé à la cire fut rencontré pendant une séance de daguerréotype. Les dates correspondent : mai-juin 1848.

La forme générale du visage est la même mais le nez semble plus long, à cause de la tête inclinée dans une attitude vers le bas. Quand quelqu’un baisse la tête, son nez s’allonge.
Comparaison Le Gray 5

Il existe au moins dix portraits et autoportraits de Gustave Le Gray, reproduits dans l’ouvrage d’Eugenia Parry Janis, dans le catalogue de la BnF publié sous la direction de Sylvie Aubenas, ou accessible sur le site internet du Metropolitan Museum of Art, New York.

Comparaison Le Gray 8 Comparaison Le Gray 7 Comparaison Le Gray 6

 
Comparaison Le Gray 9 Comparaison Le Gray 10

Le Gray volant

En cliquant sur l’image ou sur ce lien, on accède à une animation créée pour le site www.nicephore.com

Lyes Hammadouche a également entrepris une patiente reconstruction d’un buste du photographe, d’abord sous forme numérique, destinée à être imprimé en 3D

Hammadouche hommage 3D

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Frédéric Brisson (Gustave Le Gray rue Vivienne, détail de l’article)

Identification du portrait deBrisson

 

plaque n°3. Jeune dandy coiffé d’un haut-de-forme. comparaison avec un portrait plus âgé du jeune pianiste compositeur Frédéric brisson (1821-1900).

Favoris, sourcils, menton, nez, bouche, allure générale.

Frédéric Brisson n’appartient pas au monde de la photographie, il semble même difficile d’en trouver un seul autre portrait. mais c’est un ami proche de le gray à en croire Maufras :

«Le Gray vint à Paris et entra dans les ateliers de Paul Delaroche (…) il eut bientot pour amis (…) Alexandre Dumas fils, Millet, Henri Murger, Frédéric Brisson, Victor Séjour, etc. , toute cette grande famille enfin de jeunes et vigoureux talents, race forte et puissante, qui fit de cette époque un pendant presque digne d’un autre temps, également fertile en beaux et magnifiques chefs-d’oeuvre, qui restent encore comme les modèles du genre, et qui malgré tout renversèrent ou plutôt firent disparaître les ornières classiques dans lesquelles la littérature et l’art se battaient vainement les flancs depuis plus de deux siècles»

L’idée de rechercher son portrait revint insistante en lisant le passage où maufras imagine la mort de Le Gray en 1880 : « Son intimité le pleura plus que tous, parce qu’elle connaissait seule l’étendue de ce qu’elle perdait ; ce jour néfaste marqua néanmoins avec éclat dans l’harmonie sacrée, car chacun sait que Frédéric Brisson, sous l’impression de cette mort, composa, dans la nuit qui suivit, une messe en musique, tout un poème de larmes et de douleur, qui restera comme une de ses plus belles pages».

Pavane favorite

Nous recommandons pendant la lecture de cet article de mettre en fond sonore la Pavane favorite de louis XIV, composée par Brisson en cette même année 1848, dans une interprétation disponible en ligne par Phillip Sear.

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification d’Alexandre Clésinger (Gustave Le Gray rue Vivienne, détail de l’article)


Clesinger plaque

Comparaison du portrait du  jeune artiste en habit sombre et parfaitement immobile avec le portrait d’Alexandre-Auguste Clésinger (1814-1883) réalisé par Gustave Le Gray en 1855. En particulier, rides, cernes, arcades sourcilières, paupières.

Clesinger plus tard

 

Clesinger comparé

Le modèle resta si imperturbable que l’on peut agrandir son visage et observer les pores de sa peau.

 

Clesinger comparé plus tard

Comparaison des plaques daguerriennes avec un portrait par Pierre Petit, vers 1861, un autre réalisé par Nadar vers 1865 et un troisième datant de 1878. On remarque les mèches claires et les défauts de la peau du visage. on retrouve le sculpteur dans la même attitude, les bras croisés.
Clesinger détail

 
 

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Marguerite Palais, future Mme Le Secq

Marguerite Palais

Comparaison du portrait d’une jeune femme en grand deuil avec le portrait daté de 1848 de Marguerite Fanély Palais (1830-1862), devenue madame le secq le 11 juillet 1848, et photographiée par son mari, dont l’unique épreuve connue est conservée dans les collections du Musée des Arts Décoratifs.

Identification Marguerite e

 

Identification Marguerite s

En cliquant sur les images, on accède à trois animations créées pour la versions 3wdoc

Identification Marguerite

On remarque un défaut du sourcil gauche, plus court que le droit, les mains aux ongles impeccables, dernière coquetterie autorisée en période de grand deuil.

Dans les années 1840, une jeune femme ou un jeune homme devait attendre la fin de sa période de deuil de six mois avant de se marier : «Règlement des deuils. Les grands deuils sont ceux qui se partagent en trois temps: la laine, la soie noire, et le petit deuil. On ne porte le grand deuil que pour père, mère, grand-père, grand’-mère, mari, femme, frère et soeur (…) Pour père et mère, six mois» (Almanach National. Annuaire de la République Française pour 1848/1850, p. 987).

Marguerite Palais est alors en grand deuil, et sa mère est indiquée comme décédée dans l’acte officiel de son mariage avec Henri Le Secq le 11 juillet 1848.

En cliquant sur les images ou sur ce lien, on accède à diverses animations créées pour la versions 3wdoc

21.07.2012 Gustave Le Gray rue Vivienne. Parution du premier cahier de photographies

Vendredi 27 juillet avait lieu le vernissage de l’exposition de daguerréotypes et la sortie du premier cahier de photographies.

Video vernissage Le Gray

Une video réalisée par Lyes Hammadouche ce soir-là est en ligne sur Vimeo

Nicephore premier cahier couverture

Été 1827, Nicéphore Niépce obtient les premières héliographies d’après nature. Conscient de la difficulté à rencontrer un soutien dans son propre pays, alors gouverné par un ministère Ultra, Niépce se rend avec son invention à londres où il est « persuadé de trouver des amateurs décidés des beaux-arts, naturellement disposés à bien accueillir une découverte qui peut en reculer les limites ».

À Paris, pendant le printemps révolutionnaire de 1848, un jeune artiste, reprenant le flambeau, décide de prouver que l’invention de niépce repousse effectivement les limites des beaux-arts. Dans un atelier en plein air organisé sur un balcon de la rue vivienne, Gustave Le Gray réalise ses premières oeuvres, aidé de ses amis.
Ces portraits, sortant d’un sommeil de plus de 160 années, viennent de surgir dans notre civilisation bouleversée par les effets exponentiels de l’invention. Ils sont présentés avec le récit documenté de l’enquête, l’identification des modèles ainsi que la recherche des témoins.

Le Gray que ses contemporains considéraient comme le champion français de l’acceptation de la photographie parmi les beaux-arts, réalise un autoportrait idéal qui incarne sans vieillir toute l’histoire de ce combat accompli.

Le site www.nicephore.com est dédié à Nicéphore, cahier de photographies. On y remarque en particulier la version animée par 3wdoc, intitulée version magique.

Pour accéder directement au texte en français et en anglais en pdf :

Nicephore premier numero Gustave Le Gray rue Vivienne

ENGLISH cahier NICEPHORE GUSTAVE LE GRAY_Mise en page 1

Le site dédié à ce numéro, avec la version magique animée : version magique

21.06.2011 Les questions posées par les calotypes mis en vente par Artcurial Deauville mènent aux sources de l’invention du négatif papier ciré et au témoignage de Moutrille

Crespy avec trace de pouce gras

Le ou les photographes du “dimanche 23 juillet” avaient utilisé de vieux papiers, des rochers sans âge et un procédé dit primitif pour réaliser leurs compositions séduisantes et quelque peu répétitives.

Un procédé primitif du négatif papier mais déjà considérablement amélioré par l’emploi de cire d’abeille. Or cette amélioration est assez mal datée même si l’affaire Crespy justifie maintenant de rechercher et de vérifier avec précision la chronologie des inventions et des usages.

Un négatif sur papier ciré suivant le procédé décrit par Gustave Le Gray est une feuille de papier imprégnée de cire d’abeille ordinaire fondue. Elle est ensuite et ensuite seulement immergée dans une solution d’iodure et de bromure de potassium, puis sensibilisée avec une solution de nitrate d’argent.

L’ avantage consiste à pouvoir préparer à l’avance les négatifs, et donc ne plus être dépendant de la proximité d’un laboratoire complet. Elle permet par exemple de se rendre en forêt photographier un rocher, ou encore de préparer une série de papiers pour une séance de prises répétées.

Outre cette mobilité offerte aux opérateurs calotypistes, le procédé à la cire rend les négatifs papiers plus transparents et comme le dit Gustave Le Gray dans son Traité Nouveau Théorique et Pratique de photographie de donner des demi-teintes parfaites :

Traite nouveau

La cire vierge a pour l’iode à peu près la même affinité.

Une solution chaude de gélatine appliquée sur le papier en même temps que l’iodure et les autres sels laisse un encollage qui ne se redissout pas également à froid.

J’ai indiqué le premier ce mode de préparation en 1849, en donnant la colle de poisson, qui est la gélatine la plus pure.

L’albumine forme aussi un excellent encollage par la propriété qu’elle a de de devenir insoluble par la chaleur (70 degrés environ), par les acides et par l’alcool. (…)

Les résines, le camphre, le gluten fermenté dissous dans l’alcool, forment aussi d’excellents encollages par leur insolubilité dans l’eau. Le collodion jouit de la môme propriété …

En principe général, pour qu’un encollage soit parfait pour les papiers photographiques, il faut qu’il puisse se dissoudre dans le même liquide qui contient les préparations préliminaires, et qu’il devienne ensuite par la dessiccation insoluble dans les autres préparations à subir. L’amidon, l’inuline, la glycyrrhizine, la gélatine, le mucilage de graine de lin, le sucre de lait, le sérum, l’albumine animale et végétale dissous dans l’eau, les résines, le camphre, le gluten fermenté et le collodion dissous dans l’alcool, jouissant de ces propriétés, se trouvent donc excellents.

La cire vierge, devenant perméable aux liquides après un séjour de quelque temps dans un bain de sels alcalins, forme aussi un des meilleurs encollages , qui, en môme temps, n’exclut pas les autres. Elle met le papier dans un état parfait pour recevoir les préparations, et lui permet d’en recevoir l’action pendant un temps très-considérable sans s’altérer ni se désagréger“.

Pour être plus précis, les photographes membres de la SFP préparant l’Exposition  Universelle, 1889 font un appel public aux témoins de ces premières heures. Et un seul témoignage surgira, précieusement retranscrit dans le bulletin de la Société :

Moutrille 1

Souvenirs de Ernest Moutrille publiés dans le Bulletin de la SFP :

Moutrille 2

«M. Davanne, J’ai appris par M. Varaigne, Président de la Société photographique de Limoges, que vous étiez à la recherche de clichés photographiques sur papier ciré et de documents sur l’origine de ce procédé.

J’étais très lié avec Mestral, qui m’a cédé son atelier et tous ses clichés. Je vous en envoie quelques-uns, que je suis très heureux de vous offrir s’ils peuvent vous être utiles. Quant aux renseignements, ceux qui restent dans ma mémoire sont assez vagues et très incomplets. Voici ce que Mestral me racontait: travaillant un jour chez Legray, avec lequel il était en rapports quotidiens, il avait posé par mégarde un pain de cire blanche sur la boîte à brome qui leur servait pour le daguerréotype, dont ils s’occupaient beaucoup.

Ils furent très surpris de voir se dessiner sur ce pain de cire, qui s’était recouvert de vapeurs de brome, la silhouette de la croisée de la chambre qu’ils occupaient. Immédiatement, ils ont frotté de cire une feuille de papier et l’ont traitée comme une plaque daguerrienne; ils obtinrent ainsi un semblant d’image.

Très peu chimistes l’un et l’autre, ils en seraient restés là s’ils n’avaient été faire part de leur résultat à M. Regnault, de l’Institut, qui les félicita de leur découverte et leur conseilla de plonger leur feuille de papier ciré dans un bain d’iodure, puis dans un autre bain de nitrate d’argent; ce qui fut fait et réussit si bien que M. Regnault, qui s’intéressait beaucoup à eux, leur fit obtenir du Ministère des Beaux-Arts la commission d’aller faire la photographie de tous les monuments historiques de France.

Le Gray Mestral Aubeterre

C’est ainsi que, fort peu maîtres de leur procédé, ils sont partis avec une voiture portant et leur personne et tous leurs appareils, pour faire le tour de la France, s’arrêtant partout où ils trouvaient ou un vieux souvenir ou un monument historique à reproduire. C’est cette collection que Mestral m’a cédée et dont je vous envoie quelques épreuves. Je le répète, Monsieur, tous ces renseignements sont très vagues: il y a 35 ans au moins que Mestral me les a racontés et je n’y ai attaché, à cette époque, que très peu d’importance.

MM. Aguado, Vigier et Bayard étaient très liés avec Legray et Mestral, et partageaient fort souvent leurs travaux ; ils pourront, je crois, vous donner plus de renseignements que je ne puis le faire. Agréez, Monsieur, mes plus affectueuses salutations. E. Moutrille»

Ce témoignage indique aussi le rôle essentiel joué par Regnault, et éclaire la nature de l’album conservé à la SFP, contenant un portrait de jeune femme très proche du portrait daguerrien identifié comme Madame Le Gray.

Remarquons l’enchaînement des évènements : Le Gray et Mestral révèlent des daguerréotypes (quels daguerréotypes ?) aux milieu de vapeurs métalliques, quand ils font l’observation fortuite de la formation d’une image sur un pain de cire blanche d’abeille.

Le chimiste Regnault les accueille, les écoute, leur explique ce qu’ils ont découvert et la portée de leur innovation. Ils la partagent (en particulier avec Le Secq dès juin 1848). Victor Regnault, observant cette générosité scientifique leur fait obtenir bientôt la première commande de la jeune république à des opérateurs de la nouvelle invention : deux places dans la Mission héliographique du printemps 1851. C’est dans cette ambiance qu’ils fondent ensemble la Société Héliographique (janvier 1851) puis participent à l’aventure du journal La Lumière (février 1851).

Moutrille rassemble ces souvenirs plus de trente ans après avoir acquis de Mestral son atelier de photographies. En 1856, Mestral a abandonné la photographie et Paris, sans laisser d’explications ni de témoignage alors que son ami Le Gray vient de perdre son indépendance en acceptant de travailler pour un riche et vieux commanditaire, Barnabé Louis Gabriel Charles Malbec de Montjoc, marquis de Briges (1784-1857), dont les deux fils héritiers et apprentis-naufrageurs pousseront Le Gray à la faillite quatre ans plus tard afin de mieux se saisir de son affaire.

 

21.11.2010 Liste des membres de la Société Héliographique

Liste des Membres de la Société Héliographique, première société photographique (1851).

Olympe Aguado,
J.-J. Arnoux,
Aussandon,
Édouard Baldus,
Barre,
Hippolyte Bayard,
Edmond Becquerel,
André Belloc,
Louis Auguste Bisson,
Brooke-Gréville,
Buron,
Champfleury,
Charles Chevalier,
Dr. Clavel,
Victor Cousin,
César Daly,
De Witt,
Eugène Delacroix,
Étienne-Jean Delécluze,
Benjamin Delessert,
Émile Desmaisons,
Maxime Du Camp,
Eugène Durieu,
Alphonse Fortier,
Edmond Fruit,
Marc-Antoine Gaudin,
Louis Gros,
Haussonville,
Horeau,
Léon de Laborde,
Ernest Lacan,
Gustave Le Gray,
Henri Le Secq,
C.-L. Leblanc,
Auguste Leisse,
François Lemaître,
Lépaulle,
Noël (Paymal) Lerebours,
Honoré d’Albert de Luynes,
Frédéric Martens,
Louis-Auguste Martin,
Meissonnier,
Mercier,
Mestral,
Benito Monfort,
Montesquiou,
Montléart,
Charles Nègre,
Abel Niépce de Saint-Victor,
Emmanuel Peccarère,
Eugène Piot,
Adolphe du Ponceau,
Louis Puech,
D. Puille,
Victor Regnault,
François Auguste Renard,
Auguste Ribot,
Jean-Baptiste Sabatier-Blot,
Schlumberger,
Secrétan,
Vaillat,
Edmond de Valicourt,
Julien Vallou de Villeneuve,
Joseph Vigier,
Villis,
Francis Wey,
Jules Ziegler