Jean Paul Avice, Baudelaire, la photographie et la Mort (extrait d’une conférence)

La photographie, révélation de la mort ou du salut ?
chez Baudelaire et Yves Bonnefoy

Arnauldet et son ami

1. Un fantôme de Baudelaire

Le 20 novembre 2013, Jérôme Dupuis, grand reporter, publiait dans L’Express une étrange photographie dans laquelle le personnage central, un certain Arnauldet selon la légende, ne devra peut-être sa survie dans l’histoire qu’à la présence derrière lui d’un autre homme, un fantôme flou passant la tête derrière le rideau : « Observez bien cette grande photographie », écrivait-il. « Oubliez un instant le personnage à la moustache flaubertienne avec son haut-de-forme au premier plan et dirigez votre regard quelques centimètres vers la gauche. Là, derrière la toile écrue, la silhouette floue d’un homme à demi-caché. C’est cette ombre humaine qui pourrait faire de cette image un document exceptionnel. Serge Plantureux, l’un des plus grands marchands de photographies de Paris, en est convaincu : cette ombre, c’est Charles Baudelaire. »

Dans ce fantôme passant la tête derrière le rideau, on reconnaît bien, en effet, le Baudelaire aux cheveux courts et à la redingote dont le portrait par Carjat est l’image la plus répandue et dont on connaît deux autres prises. On pouvait donc dater cette photographie, probablement de décembre 1861, et imaginer alors que derrière le rideau, Baudelaire ne faisait qu’attendre son tour dans l’atelier de Carjat, mais elle n’en demeure pas moins énigmatique, ne serait-ce que parce que le regard d’Arnauldet fixe, à l’évidence, un autre objectif que celui qui a servi à prendre la photographie où apparaît Baudelaire. Y avait-il dans le studio de Carjat un autre appareil, un autre photographe ?

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