21.06.2013 Gustave Le Gray rue Vivienne, Le Salon libre de 1848

Le Gray détail

Depuis la publication du premier numéro de Nicéphore, cahier de photographies, un élément nouveau s’est proposé à notre réflexion, l’analyse du salon de 1848.

“Le jury a enfin disparu; il a été emporté par ce vent acerbe et purificateur qui a soufflé quinze jours avec tant de violence, et qui venait d’Amérique. Voilà dix ans que, chaque année nous demandions la suppression de ce tribunal inique. Il n’a pas fallu moins qu’un tremblement de terre pour faire tomber de leurs siéges ces juges prévaricateurs.
Et cependant, que d’exclamations, que d’invectives, que d’injures même n’a-­‐t-­‐on pas prodiguées à ce mystérieux conseil des Dix qui exerçait sur les peintres le droit de vie et de mort, le droit d’ombre et de lumière ! Les critiques les plus doux devenaient féroces lorsqu’il s’agissait du jury: en effet, n’était-­‐ce pas une chose affreuse de refuser à un pauvre artiste, altéré de jour et de publicité, un petit coin de cette longue muraille, la seule où la France puisse venir voir à quel point en est l’art chez elle ? Le génie de l’homme est quelque chose de si sacré, que l’indignation est sans mesure lorsque des profanes y touchent. Nous avons écrit, contre les membres du jury, des imprécations, qui sembleraient exagérées, adressées à des Néron et à des Phalaris; mais les bourreaux de l’esprit ne sont-­‐ils pas aussi coupable que les bourreaux du corps, et le meurtre d’une idée n’est-­‐il pas le plus grand des crimes ? Censeurs, membres du jury, tous ceux qui mutilent la pensée doivent être mis au rang des inquisiteurs et des tortionnaires.”

On trouvera en ligne le texte complet de la célébre critique de Théophile Gautier.

En dépouillant les notices du catalogue du Salon de 1848, on constate la présence simultanée de tous les modèles des portraits au daguerréotype autour de Gistave Le Gray, durant les journées du 31 mai 1848 ou le 1er juin 1848 pour reprendre leurs œuvres au Salon Libre de 1848 où ils ont tous exposé. Tous sauf l’ami Mestral et le musicien Brisson.

Philippe-Auguste Jeanron a prolongé le Salon libre de 1848 jusqu’au 31 mai. Les artistes viennent alors reprendre leurs œuvres, les restitutions sont gérées par un bureau dirigé par Isabey et Delaroche au Louvre.

Parmi eux, on relève les noms (avec leurs adresses et le titre des œuvres exposées) par ordre d’apparition :

Alexandre Desgoffes
domicilié à l’Institut, pavillon de l’Ouest
1237 Oreste tourmenté par les Euménides
1238 Deux paysages sous le meme numero

Hippolyte Flandrin
14 rue de l’Abbaye
1685 Portrait de Mlle. 1686 idem de M;
1687 Idem de Mme. 1688 Etude de femme

Jean-léon Gérome,
Atelier, 9 rue de Fleurus
1932 Anacréon, Bacchus et l’Amour (tableau qui obtient le Premier Prix)
1933 La Vierge, l’Enfant jésus et saint Jean. 1934 Portrait de M. A. G.

Auguste-Barthélemy Glaize
87ter rue de Vaugirard
2002 Mort du Précurseur

Gustave Le Gray
27 quai des Augustins
2828 Massari de la campagne de Rome (villa du Pape Jules III, hors la Porte du Peuple)
2829 Portrait de Mme H. de V.

Henri Le Secq
16 rue des Juifs
2960 Un morceau d’ensemble
2961 L’éther. 2962 Un sujet lucide (magnétisme)

A-J Clésinger
1 rue Victor-Lemaire
4667 Bacchante en marbre
4668 Buste de Mme S.C. 4669 idem de Mme de L. 4670 idem de Mme D.

(Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure et lithographie des artictes vivants, publié par Vinchon imprimeur du Musée national du Louvre au printemps 1848 et vendu au prix de 1 fr)

Bacchus

Jean-léon GéromeAnacréon, Bacchus et l’Amour (tableau qui obtient le Premier Prix, et est alors daguerréotypé par Gustave Le Gray).

Remarque, en cliquant sur l’image ou sur ce lien : on accède à une video conçue par Lyse Hammadouche et Romain Renaud pour animo le document 3wdoc.

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Gustave Le Gray

Autoportrait Le Gray pour site

Son identité résista aux premiers regards.

Mais d’emblée, cette attitude de défi délibéré provoqua débat. Dans les échanges qui suivirent entre les historiens, les conservateurs et les collectionneurs, trois noms ont été tout naturellement évoqués pour la ressemblance des reproductions numérisées de leurs portraits avec l’aspect général et l’attitude du jeune homme accoudé sur la chambre daguerrienne (Ambroise Thomas, Gustave Le Gray, Henri Le Secq).

On remarque le stratagème de l’artiste déterminé qui, pour rester immobile suffisamment longtemps, cale sa tête sur sa main, le coude étant bien solidement posé sur la chambre daguerrienne.

Le lieu de cet atelier a été établi : le balcon d’Auguste Mestral au cinquième étage du 48 de la rue Vivienne.

La date, d’abord estimée vers 1848 à une année près, a pu être précisée par plusieurs faits établis : Auguste Mestral ne peut déménager rue Vivienne que quelques jours ou semaines après son héritage du 15 mars 1848. en tant qu’ancien greffier, on peut supposer que l’adresse de résidence qu’il a fourni à son confrère notaire ce jour-là est valide.

Mlle Marguerite Palais apparaît en grand deuil lors de la réalisation de la plaque n° 5, condition qu’elle aura nécessairement abandonnée avant les préparatifs de son mariage, le 11 juillet 1848 à Montmirail avec Henri Le Secq. Les portraits peuvent être datés vers avril, mai ou juin 1848.

Parmi les trois noms, deux ne résistèrent pas longtemps à l’analyse et à la confrontation des originaux, Ambroise Thomas était bien trop âgé et fort peu photographe, quant à l’ami Le Secq, on connaît son apparence photographique de cette année-là, en particulier grâce à un daguerréotype réalisé par Le Gray pour son mariage en juillet 1848.

Comparaison Le Gray

Comparaison Le Gray 2

Comparaison Le Gray 3

Comparaison Le Gray 4

Comparaison de la plaque avec le portrait de Gustave Le Gray peint sur bois par son ami Henri Le Secq à Rome en 1844. On remarque que le peintre complice ne cherche pas à atténuer le prognatisme de son modèle grignard.

Quant aux deux sourcils : du gauche nous ne voyons que la moitié, et du droit qu’une ligne étirée par la main de l’artiste qui, souhaitant rester bien immobile sans en avoir l’air, tire sur sa pommette et sa tempe droite.

Comparaison avec le portrait de Gustave Le Gray réalisé avec l’aide de son ami Le Secq lors de l’une des premières séances du procédé au négatif papier ciré, vers le samedi 10 juin 1848. Une épreuve figurant dans l’album Le Secq a été reproduite par Eugenia Parry Janis. Moutrille a raconté comment l’invention du procédé à la cire fut rencontré pendant une séance de daguerréotype. Les dates correspondent : mai-juin 1848.

La forme générale du visage est la même mais le nez semble plus long, à cause de la tête inclinée dans une attitude vers le bas. Quand quelqu’un baisse la tête, son nez s’allonge.
Comparaison Le Gray 5

Il existe au moins dix portraits et autoportraits de Gustave Le Gray, reproduits dans l’ouvrage d’Eugenia Parry Janis, dans le catalogue de la BnF publié sous la direction de Sylvie Aubenas, ou accessible sur le site internet du Metropolitan Museum of Art, New York.

Comparaison Le Gray 8 Comparaison Le Gray 7 Comparaison Le Gray 6

 
Comparaison Le Gray 9 Comparaison Le Gray 10

Le Gray volant

En cliquant sur l’image ou sur ce lien, on accède à une animation créée pour le site www.nicephore.com

Lyes Hammadouche a également entrepris une patiente reconstruction d’un buste du photographe, d’abord sous forme numérique, destinée à être imprimé en 3D

Hammadouche hommage 3D

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Frédéric Brisson (Gustave Le Gray rue Vivienne, détail de l’article)

Identification du portrait deBrisson

 

plaque n°3. Jeune dandy coiffé d’un haut-de-forme. comparaison avec un portrait plus âgé du jeune pianiste compositeur Frédéric brisson (1821-1900).

Favoris, sourcils, menton, nez, bouche, allure générale.

Frédéric Brisson n’appartient pas au monde de la photographie, il semble même difficile d’en trouver un seul autre portrait. mais c’est un ami proche de le gray à en croire Maufras :

«Le Gray vint à Paris et entra dans les ateliers de Paul Delaroche (…) il eut bientot pour amis (…) Alexandre Dumas fils, Millet, Henri Murger, Frédéric Brisson, Victor Séjour, etc. , toute cette grande famille enfin de jeunes et vigoureux talents, race forte et puissante, qui fit de cette époque un pendant presque digne d’un autre temps, également fertile en beaux et magnifiques chefs-d’oeuvre, qui restent encore comme les modèles du genre, et qui malgré tout renversèrent ou plutôt firent disparaître les ornières classiques dans lesquelles la littérature et l’art se battaient vainement les flancs depuis plus de deux siècles»

L’idée de rechercher son portrait revint insistante en lisant le passage où maufras imagine la mort de Le Gray en 1880 : « Son intimité le pleura plus que tous, parce qu’elle connaissait seule l’étendue de ce qu’elle perdait ; ce jour néfaste marqua néanmoins avec éclat dans l’harmonie sacrée, car chacun sait que Frédéric Brisson, sous l’impression de cette mort, composa, dans la nuit qui suivit, une messe en musique, tout un poème de larmes et de douleur, qui restera comme une de ses plus belles pages».

Pavane favorite

Nous recommandons pendant la lecture de cet article de mettre en fond sonore la Pavane favorite de louis XIV, composée par Brisson en cette même année 1848, dans une interprétation disponible en ligne par Phillip Sear.

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification d’Alexandre Clésinger (Gustave Le Gray rue Vivienne, détail de l’article)


Clesinger plaque

Comparaison du portrait du  jeune artiste en habit sombre et parfaitement immobile avec le portrait d’Alexandre-Auguste Clésinger (1814-1883) réalisé par Gustave Le Gray en 1855. En particulier, rides, cernes, arcades sourcilières, paupières.

Clesinger plus tard

 

Clesinger comparé

Le modèle resta si imperturbable que l’on peut agrandir son visage et observer les pores de sa peau.

 

Clesinger comparé plus tard

Comparaison des plaques daguerriennes avec un portrait par Pierre Petit, vers 1861, un autre réalisé par Nadar vers 1865 et un troisième datant de 1878. On remarque les mèches claires et les défauts de la peau du visage. on retrouve le sculpteur dans la même attitude, les bras croisés.
Clesinger détail

 
 

21.09.2012 Histoire de daguerréotype, l’identification de Marguerite Palais, future Mme Le Secq

Marguerite Palais

Comparaison du portrait d’une jeune femme en grand deuil avec le portrait daté de 1848 de Marguerite Fanély Palais (1830-1862), devenue madame le secq le 11 juillet 1848, et photographiée par son mari, dont l’unique épreuve connue est conservée dans les collections du Musée des Arts Décoratifs.

Identification Marguerite e

 

Identification Marguerite s

En cliquant sur les images, on accède à trois animations créées pour la versions 3wdoc

Identification Marguerite

On remarque un défaut du sourcil gauche, plus court que le droit, les mains aux ongles impeccables, dernière coquetterie autorisée en période de grand deuil.

Dans les années 1840, une jeune femme ou un jeune homme devait attendre la fin de sa période de deuil de six mois avant de se marier : «Règlement des deuils. Les grands deuils sont ceux qui se partagent en trois temps: la laine, la soie noire, et le petit deuil. On ne porte le grand deuil que pour père, mère, grand-père, grand’-mère, mari, femme, frère et soeur (…) Pour père et mère, six mois» (Almanach National. Annuaire de la République Française pour 1848/1850, p. 987).

Marguerite Palais est alors en grand deuil, et sa mère est indiquée comme décédée dans l’acte officiel de son mariage avec Henri Le Secq le 11 juillet 1848.

En cliquant sur les images ou sur ce lien, on accède à diverses animations créées pour la versions 3wdoc

21.07.2012 Gustave Le Gray rue Vivienne. Parution du premier cahier de photographies

Vendredi 27 juillet avait lieu le vernissage de l’exposition de daguerréotypes et la sortie du premier cahier de photographies.

Video vernissage Le Gray

Une video réalisée par Lyes Hammadouche ce soir-là est en ligne sur Vimeo

Nicephore premier cahier couverture

Été 1827, Nicéphore Niépce obtient les premières héliographies d’après nature. Conscient de la difficulté à rencontrer un soutien dans son propre pays, alors gouverné par un ministère Ultra, Niépce se rend avec son invention à londres où il est « persuadé de trouver des amateurs décidés des beaux-arts, naturellement disposés à bien accueillir une découverte qui peut en reculer les limites ».

À Paris, pendant le printemps révolutionnaire de 1848, un jeune artiste, reprenant le flambeau, décide de prouver que l’invention de niépce repousse effectivement les limites des beaux-arts. Dans un atelier en plein air organisé sur un balcon de la rue vivienne, Gustave Le Gray réalise ses premières oeuvres, aidé de ses amis.
Ces portraits, sortant d’un sommeil de plus de 160 années, viennent de surgir dans notre civilisation bouleversée par les effets exponentiels de l’invention. Ils sont présentés avec le récit documenté de l’enquête, l’identification des modèles ainsi que la recherche des témoins.

Le Gray que ses contemporains considéraient comme le champion français de l’acceptation de la photographie parmi les beaux-arts, réalise un autoportrait idéal qui incarne sans vieillir toute l’histoire de ce combat accompli.

Le site www.nicephore.com est dédié à Nicéphore, cahier de photographies. On y remarque en particulier la version animée par 3wdoc, intitulée version magique.

Pour accéder directement au texte en français et en anglais en pdf :

Nicephore premier numero Gustave Le Gray rue Vivienne

ENGLISH cahier NICEPHORE GUSTAVE LE GRAY_Mise en page 1

Le site dédié à ce numéro, avec la version magique animée : version magique