25.10.2013 Photographies devant la XVIIe chambre : Premier jugement dans l’affaire Crespy-le-Prince

On ne parle pas souvent d’histoire de la photographie en correctionnelle. Mais force est de constater qu’on ne voit pas tous les jours une affaire de faux photographique surgir à la une. Encore que cette dernière affaire ait un caractère assez particulier, voire inédit. En effet le mercredi 10 juillet 2013 avait lieu devant la 17ème chambre correctionnelle le premier acte judiciaire d’une affaire qui agite le marché de la photographie ancienne depuis plus de deux ans : l’affaire Crespy le Prince…

Article  de Paul Louis Roubert publié avant le jugement sur le site d’Études Photographiques :

Intox photographique au tribunal

Le jugement a été rendu fin octobre et Rue89 a gagné contre les vendeurs qui avaient attaqué le journal en diffamation.

L’enquête suit son cours. Celle sur la précédente grande affaire, les faux Man Ray n’a jamais démarré, voir l’article “La SFP revient sur une affaire vieille de quinze ans”

10.04.2012 Photographies dans la Presse. Nouveaux articles sur l’affaire Crespy-le-Prince

D’abord un article d’Hervé Martin le 9 février 2012 dans le Canard enchaîné :

Capture d’écran 2014-10-09 à 20.52.41

Article haute def en pdf :Canard Enchaine

Puis un article de Vincent Noce le 10 avril 2012 dans Libération :

GRAND ANGLE. Il y a un an, une collection exceptionnelle de négatifs du XIXe siècle était mise aux enchères à Deauville. Des faux qui ont abusé experts et acheteurs. Et une arnaque qui bouleverse le marché de la photo.
Ce qui devait être un big bang de la photographie est en train de muter en trou noir. De Paris à New York, le petit monde discret des amateurs est bouleversé par la diffusion d’un ensemble exceptionnel de photographies anciennes. Or, des rapports scientifiques confidentiels émanant de Paris, Londres et Boston, et dont Libération a pu avoir copie, ne laissent aucun doute : ce sont des faux…

Article complet : Le vieux cliché était presque parfait

10.04.2012 Le-vieux-cliche-etait-presque-parfait

Article de Libération :

Le vieux cliché était presque parfait
VINCENT NOCE ENVOYÉ SPÉCIAL À DEAUVILLE 10 AVRIL 2012 À 19:16

GRAND ANGLE

Il y a un an, une collection exceptionnelle de négatifs du XIXe siècle était mise aux enchères à Deauville. Des faux qui ont abusé experts et acheteurs. Et une arnaque qui bouleverse le marché de la photo.
Ce qui devait être un big bang de la photographie est en train de muter en trou noir. De Paris à New York, le petit monde discret des amateurs est bouleversé par la diffusion d’un ensemble exceptionnel de photographies anciennes. Or, des rapports scientifiques confidentiels émanant de Paris, Londres et Boston, et dont Libération a pu avoir copie, ne laissent aucun doute : ce sont des faux.

Tout commence le 29 mars 2011. Ce jour-là, la maison de ventes aux enchères Artcurial disperse à Deauville (Calvados) une collection surgie de nulle part. Les organisateurs confiaient alors qu’elle avait été retrouvée chez les descendants de Charles-Edouard Le Prince, baron de Crespy (1784-1851). Personnage haut en couleur, il fait partie de ces artistes gagnés à la sensibilité romantique qui ont fleuri dans ces années troublées de l’Empire et de la Restauration. Passé par l’atelier de David, dessinateur, peintre et chroniqueur, Charles-Edouard Le Prince a également pratiqué la lithographie, inventée à la toute fin du XVIIIe siècle. Officier, il a perdu l’œil gauche dans la campagne de Pologne en 1810, et ne voyait guère de l’œil droit.

LE TÉMOIGNAGE D’UNE AMBITION ARTISTIQUE
Il y a un an, à Deauville, l’émotion est palpable au sein de l’assistance. C’est du jamais-vu : 73 négatifs et 185 épreuves, remontant aux années 1840. La date est exceptionnelle : la photographie en est alors à ses débuts. Le Britannique William Henry Fox Talbot vient à peine d’inventer le procédé négatif positif sur papier, permettant plusieurs tirages, qu’il a breveté sous le nom de «calotype». Toutes les vues représentent des arbres ou des rochers, si bien qu’on a là le premier témoignage d’une ambition artistique prêtée à cette nouvelle technique.

Sous le nom d’Arqana, l’organisateur de l’événement – réputé pour ses ventes de pur-sang – tient ses vacations de beaux-arts à l’enseigne prestigieuse d’Artcurial. Ancien spécialiste de cette maison parisienne, l’expert Grégory Leroy offre, a priori, toutes les garanties de sérieux. Pendant des mois, n’a-t-il pas démarché des clients choisis, emportant des lots à la foire de Maastricht (Pays-Bas) ou encore à la Bibliothèque nationale de France (BNF) ? Reste que les conservateurs ont été pris de doute. Aucun musée français n’a enchéri pour ce «trésor» de la photographie primitive. Pas plus que le Metropolitan Museum de New York (MET). Certains professionnels ont tout de suite exprimé leurs réserves à l’expert. Qui est passé outre. Quant aux opérateurs, ils devaient avoir de bonnes raisons de maintenir la vente. Notamment financières : ils avaient eu l’imprudence de céder une avance au vendeur de 100 000 euros, auxquels s’est ajouté un acompte de 55 000 euros.

Aucune trace d’hésitation n’apparaît, en tout cas, dans le catalogue de la vente, qui exalte une «œuvre fulgurante, réalisée en quelques jours, au soir de sa vie» par un homme pratiquement aveugle. Le rédacteur y décèle même une merveilleuse explication au «flou» incongru de ces vues d’une singulière homogénéité, présentées comme annonçant l’impressionnisme. Avec une trentaine d’années d’avance.

FAIRE LA LUMIÈRE
Le flou artistique surgit aussi dans une datation du lot extrapolée à partir d’une mention manuscrite repérée sur la collection : «Dimanche 23 juillet». Durant la décennie 1840, seules deux années pouvaient comporter une telle date : 1843 et 1848. Le catalogue en anglais retient la première, soutenant que Charles-Edouard Le Prince aurait eu accès à l’invention de William Henry Fox Talbot (le négatif) grâce à la licence commerciale déposée à cette époque à Paris par le marquis de Bassano. Manque de chance : en réalité, celle-ci a été enregistrée l’année suivante. La version française se rabat prudemment sur l’année 1848.

Effarés par cette présentation ou alertés par quelques spécialistes incrédules, les amateurs éclairés ne se sont pas bousculés lors de la vente de Deauville. Mais certains ont commis l’erreur d’enchérir au téléphone, sans même voir les tirages. La vente a totalisé 550 000 euros. Mais la rumeur continue d’enfler. Jean-Claude Vrain, un libraire parisien qui à lui seul a raflé plus de la moitié des lots, diffère le règlement de sa facture. Cinq semaines après la vente, il propose la formation d’un collège d’experts afin de faire la lumière sur des «œuvres maudites». Refus d’Artcurial-Deauville qui dénonce une «rumeur malveillante» et exige le paiement immédiat de sa facture de 285 000 euros. D’autres acheteurs demandent, en vain, à être remboursés. La société est prise en étau car le vendeur, de son côté, a fait appel au tribunal de Lisieux pour obtenir le paiement du reliquat. Soit 336 000 euros.

A ce jour, la vente n’a toujours pas été annulée. Artcurial argue qu’une telle procédure doit se fonder sur une décision de justice. Pourtant, plus personne aujourd’hui ne défend l’authenticité de ces documents. L’expert lui-même a sollicité la police en novembre. Le commandant Philippe Huet de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA) a ouvert une enquête préliminaire, comme l’a révélé Rue89. Il a en main une batterie d’examens, à commencer par celui effectué par le laboratoire plantureux, de Serge Plantureux. «Dès le début, confie ce spécialiste, qui a été requis par le libraire Jean-Claude Vrain, les anomalies étaient visibles. Les feuilles ont été nettement découpées à la machine ou au cutter…»

LE TRAITEMENT À L’ACIDE
Autre grand connaisseur, Pierre Apraxine, cité par la newsletter américaine d’Alex Novak, s’étonne de ces gros plans de sous-bois alors que les pionniers de la photographie ne se lassaient pas de saisir leur famille, leur manoir, leur cuisinière ou leur garde-chasse.

Serge Plantureux a remarqué une autre bizarrerie : le papier donne l’impression d’avoir été préalablement traité à la cire – une technique qui n’a été présentée par Gustave Le Gray devant la société héliographique [l’ancêtre de la Société française de photographie, ndlr] qu’en 1852. Il a également distingué des auréoles sur les feuilles. Celles-ci tendraient à prouver que le faussaire a pris du papier vierge d’époque dont il a essayé d’éliminer les taches à l’eau de Javel.

Enfin, le laboratoire jette également le doute sur «l’authenticité des écritures» : calligraphie maladroite, mentions techniquement absurdes et signature ne concordant pas avec les autographes de Charles-Edouard Le Prince. Cela fait beaucoup. Il en conclut dès lors que : «Charles-Edouard Le Prince est totalement étranger» à ces documents, qui ne sont «certainement pas des photographies du XIXe siècle».

L’expert de la vente, Grégory Leroy, fait amende honorable : «Nous sommes tous convaincus désormais qu’il s’agit de faux, nous avons été victimes d’une escroquerie longuement préparée de main de maître. C’est très triste, et le marché a absolument besoin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.» Lui-même a avancé un dédommagement à des clients anglo-saxons importants.

Les organisateurs de la vente, eux, se cherchent visiblement des excuses. Alors directeur de Artcurial Deauville (qu’il a quitté depuis), James Fattori a allégué d’une «expertise» de la BNF, et d’un avis favorable du MET – ce qui lui a valu un démenti furibard des intéressés. Grégory Leroy estime de son côté que «le faussaire avait manifestement une connaissance très grande de la photographie primitive». Une autre expertise, réalisée à Boston par un prestigieux laboratoire, celui de Paul Messier, «a quand même trouvé 13 points confirmant la date de 1848, assure-t-il, et seulement 2 non-conformes». Mais il a refusé de divulguer ce document.

«UN FAISCEAU D’INCOHÉRENCES»
On le comprend. Six marchands français et américains ont confié 18 négatifs et 40 épreuves au laboratoire Paul Messier. Ce dernier a aussi bénéficié du concours d’un autre labo de Londres, alerté par des clients britanniques. A la lecture de son rapport de 32 pages, signé de Paul Messier et de Jiuan-Jiuan Chen, on peine à trouver un seul des «13 points» favorables imprudemment mentionnés par l’expert parisien.

A l’inverse, il recense «un faisceau d’incohérences jetant le doute sur la date de 1848».Le laboratoire a lui aussi trouvé des traces chlorées, confirmant un lavage avec «un agent blanchisseur» et un traitement préalable à la cire d’abeille, une méthode inconnue du vivant de Charles-Edouard Le Prince. Le rapport n’est pas tendre envers Grégory Leroy, auquel il reproche d’avoir changé sa version pour trouver des explications peu crédibles à ces anomalies en série.

Alors que l’identité du faussaire demeure inconnue, l’enquête se concentre désormais sur les vendeurs, connus de longue date pour leur association sur le marché du livre ancien. Jean Reverdy et Jean-Marie Malzieu affirment un peu benoîtement avoir acheté ce lot dans une brocante pour une somme modique, dans les années 90. Leur avocat, Me François Honnorat, a l’esprit tranquille : «Ce ne sont pas eux qui attribuent ces photos : ils ont fait confiance à un expert. S’il y a eu erreur, c’est lui, le professionnel !»

Les spécialistes, eux, s’alarment du tort énorme que cette fraude aurait pu causer à l’histoire de la photographie. Jean-Claude Vrain ne décolère pas : «La contrefaçon peut détruire un marché. Il faut espérer que, pour une fois, ce n’est pas un lampiste, ou même un expert, qui va tout prendre, mais que la police va remonter jusqu’au faussaire.» Elle dispose d’un indice intéressant : sur une des feuilles apparaît clairement une belle empreinte de pouce.

23.01.2012 Affaire Crespy-le-Prince. Premiers articles, The Art Newspaper et Rue89 : L’un des pionniers de la photo a-t-il été inventé de toutes pièces ?

Rue89 Crespy-Le-Prince

En France, dix mois après la vente aux enchères “Crespy-Le-Prince” organisée par Artcurial Deauville avec l’expert Gregory Leroy, paraît un article publié par le site du Nouvel Observateur, Rue89

L’un des pionniers de la photo a-t-il été inventé de toutes pièces-Rue89-Crespy-le-prince

Deux semaines plus tôt un article de Georgina Adam avait paru en anglais dans The Art Newspaper

Article art Newspaper
Article en pdf haute définition :
French police investigate allegedly fake early photographs – The Art Newspaper

21.06.2011 Les questions posées par les calotypes mis en vente par Artcurial Deauville mènent aux sources de l’invention du négatif papier ciré et au témoignage de Moutrille

Crespy avec trace de pouce gras

Le ou les photographes du “dimanche 23 juillet” avaient utilisé de vieux papiers, des rochers sans âge et un procédé dit primitif pour réaliser leurs compositions séduisantes et quelque peu répétitives.

Un procédé primitif du négatif papier mais déjà considérablement amélioré par l’emploi de cire d’abeille. Or cette amélioration est assez mal datée même si l’affaire Crespy justifie maintenant de rechercher et de vérifier avec précision la chronologie des inventions et des usages.

Un négatif sur papier ciré suivant le procédé décrit par Gustave Le Gray est une feuille de papier imprégnée de cire d’abeille ordinaire fondue. Elle est ensuite et ensuite seulement immergée dans une solution d’iodure et de bromure de potassium, puis sensibilisée avec une solution de nitrate d’argent.

L’ avantage consiste à pouvoir préparer à l’avance les négatifs, et donc ne plus être dépendant de la proximité d’un laboratoire complet. Elle permet par exemple de se rendre en forêt photographier un rocher, ou encore de préparer une série de papiers pour une séance de prises répétées.

Outre cette mobilité offerte aux opérateurs calotypistes, le procédé à la cire rend les négatifs papiers plus transparents et comme le dit Gustave Le Gray dans son Traité Nouveau Théorique et Pratique de photographie de donner des demi-teintes parfaites :

Traite nouveau

La cire vierge a pour l’iode à peu près la même affinité.

Une solution chaude de gélatine appliquée sur le papier en même temps que l’iodure et les autres sels laisse un encollage qui ne se redissout pas également à froid.

J’ai indiqué le premier ce mode de préparation en 1849, en donnant la colle de poisson, qui est la gélatine la plus pure.

L’albumine forme aussi un excellent encollage par la propriété qu’elle a de de devenir insoluble par la chaleur (70 degrés environ), par les acides et par l’alcool. (…)

Les résines, le camphre, le gluten fermenté dissous dans l’alcool, forment aussi d’excellents encollages par leur insolubilité dans l’eau. Le collodion jouit de la môme propriété …

En principe général, pour qu’un encollage soit parfait pour les papiers photographiques, il faut qu’il puisse se dissoudre dans le même liquide qui contient les préparations préliminaires, et qu’il devienne ensuite par la dessiccation insoluble dans les autres préparations à subir. L’amidon, l’inuline, la glycyrrhizine, la gélatine, le mucilage de graine de lin, le sucre de lait, le sérum, l’albumine animale et végétale dissous dans l’eau, les résines, le camphre, le gluten fermenté et le collodion dissous dans l’alcool, jouissant de ces propriétés, se trouvent donc excellents.

La cire vierge, devenant perméable aux liquides après un séjour de quelque temps dans un bain de sels alcalins, forme aussi un des meilleurs encollages , qui, en môme temps, n’exclut pas les autres. Elle met le papier dans un état parfait pour recevoir les préparations, et lui permet d’en recevoir l’action pendant un temps très-considérable sans s’altérer ni se désagréger“.

Pour être plus précis, les photographes membres de la SFP préparant l’Exposition  Universelle, 1889 font un appel public aux témoins de ces premières heures. Et un seul témoignage surgira, précieusement retranscrit dans le bulletin de la Société :

Moutrille 1

Souvenirs de Ernest Moutrille publiés dans le Bulletin de la SFP :

Moutrille 2

«M. Davanne, J’ai appris par M. Varaigne, Président de la Société photographique de Limoges, que vous étiez à la recherche de clichés photographiques sur papier ciré et de documents sur l’origine de ce procédé.

J’étais très lié avec Mestral, qui m’a cédé son atelier et tous ses clichés. Je vous en envoie quelques-uns, que je suis très heureux de vous offrir s’ils peuvent vous être utiles. Quant aux renseignements, ceux qui restent dans ma mémoire sont assez vagues et très incomplets. Voici ce que Mestral me racontait: travaillant un jour chez Legray, avec lequel il était en rapports quotidiens, il avait posé par mégarde un pain de cire blanche sur la boîte à brome qui leur servait pour le daguerréotype, dont ils s’occupaient beaucoup.

Ils furent très surpris de voir se dessiner sur ce pain de cire, qui s’était recouvert de vapeurs de brome, la silhouette de la croisée de la chambre qu’ils occupaient. Immédiatement, ils ont frotté de cire une feuille de papier et l’ont traitée comme une plaque daguerrienne; ils obtinrent ainsi un semblant d’image.

Très peu chimistes l’un et l’autre, ils en seraient restés là s’ils n’avaient été faire part de leur résultat à M. Regnault, de l’Institut, qui les félicita de leur découverte et leur conseilla de plonger leur feuille de papier ciré dans un bain d’iodure, puis dans un autre bain de nitrate d’argent; ce qui fut fait et réussit si bien que M. Regnault, qui s’intéressait beaucoup à eux, leur fit obtenir du Ministère des Beaux-Arts la commission d’aller faire la photographie de tous les monuments historiques de France.

Le Gray Mestral Aubeterre

C’est ainsi que, fort peu maîtres de leur procédé, ils sont partis avec une voiture portant et leur personne et tous leurs appareils, pour faire le tour de la France, s’arrêtant partout où ils trouvaient ou un vieux souvenir ou un monument historique à reproduire. C’est cette collection que Mestral m’a cédée et dont je vous envoie quelques épreuves. Je le répète, Monsieur, tous ces renseignements sont très vagues: il y a 35 ans au moins que Mestral me les a racontés et je n’y ai attaché, à cette époque, que très peu d’importance.

MM. Aguado, Vigier et Bayard étaient très liés avec Legray et Mestral, et partageaient fort souvent leurs travaux ; ils pourront, je crois, vous donner plus de renseignements que je ne puis le faire. Agréez, Monsieur, mes plus affectueuses salutations. E. Moutrille»

Ce témoignage indique aussi le rôle essentiel joué par Regnault, et éclaire la nature de l’album conservé à la SFP, contenant un portrait de jeune femme très proche du portrait daguerrien identifié comme Madame Le Gray.

Remarquons l’enchaînement des évènements : Le Gray et Mestral révèlent des daguerréotypes (quels daguerréotypes ?) aux milieu de vapeurs métalliques, quand ils font l’observation fortuite de la formation d’une image sur un pain de cire blanche d’abeille.

Le chimiste Regnault les accueille, les écoute, leur explique ce qu’ils ont découvert et la portée de leur innovation. Ils la partagent (en particulier avec Le Secq dès juin 1848). Victor Regnault, observant cette générosité scientifique leur fait obtenir bientôt la première commande de la jeune république à des opérateurs de la nouvelle invention : deux places dans la Mission héliographique du printemps 1851. C’est dans cette ambiance qu’ils fondent ensemble la Société Héliographique (janvier 1851) puis participent à l’aventure du journal La Lumière (février 1851).

Moutrille rassemble ces souvenirs plus de trente ans après avoir acquis de Mestral son atelier de photographies. En 1856, Mestral a abandonné la photographie et Paris, sans laisser d’explications ni de témoignage alors que son ami Le Gray vient de perdre son indépendance en acceptant de travailler pour un riche et vieux commanditaire, Barnabé Louis Gabriel Charles Malbec de Montjoc, marquis de Briges (1784-1857), dont les deux fils héritiers et apprentis-naufrageurs pousseront Le Gray à la faillite quatre ans plus tard afin de mieux se saisir de son affaire.

 

01.11.2010 Rom, revue d’optimisme modéré, n°II

21.06.2010 Couv ROM II

Dans ce numéro vous trouverez : L’Éditorial et le mot des webmasters, les actualités gitanes, une enquête sur des évidences photographiques, l’invité du grand papier, Gilles Berquet, les petites et grandes annonces, calendrier des ventes, la suite du feuilleton…

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Pour les esprits curieux une version provisoire de la maquette :11.11.2010 ROM III en préparation : 21.06.2010 ROM II

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