31.06.2014 Charles Baudelaire The Dream of a Curious Man

The Dream of a Curious Man
To Felix Nadar

Do you know as I do, delectable suffering?
And do you have them say of you: “O! the strange man!”
— I was going to die. In my soul, full of love,
A peculiar illness; desire mixed with horror,
Anguish and bright hopes; without internal strife.
The more the fatal hour-glass continued to flow,
The fiercer and more delightful grew my torture;
My heart was being torn from this familiar world.
I was like a child eager for the play,
Hating the curtain as one hates an obstacle…
Finally the cold truth revealed itself:
I had died and was not surprised; the awful dawn
Enveloped me. — What! is that all there is to it?
The curtain had risen and I was still waiting.

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

01.06.2014. Parution de Nicéphore, cahier de photographies n°2

Nicephore Baudelaire couv

Sommaire :

Au lecteur, 5
L’Artiste du dernier jour, 7
Hopkins Forest, 10
Jean-Paul Avice, Des Ennemies intimes ? 12
Paul Louis Roubert, En Revenir à Baudelaire, 16
Jérôme Thélot, Une Collectionneuse : Mlle Bistouri, 18
Sur un Air de Baudelaire, 24
Chronologie des 15 portraits connus de Charles Baudelaire,  26
La Main droite du poète, 70
Reconstitution, 73
L’Atelier d’Etienne Carjat, 75
Le Portrait de M. Arnauldet, 80
D’un Salon l’autre, 83
Le Salon de 1859, 92
Stéphane Mallarmé, Le Phénomène futur, 104
Charles Baudelaire, Mlle Bistouri, 109
Félix Nadar, Baudelaire intime, 112
Bibliographie illustrée, 116

“Du rapport de Baudelaire à la photographie, on a surtout retenu la condamnation de cette «industrie» mettant, selon lui, fin à l’art, conduisant l’humanité à l’idolâtrie narcissique de sa triviale image, mais Baudelaire, grand ami de Nadar qu’il tutoyait, et qui posa pour lui plus que beaucoup de poètes de son temps, «s’y connaissait» en photographie. Il savait bien que les vrais photographes parviennent à saisir d’un être plus que cette extériorité matérielle…” J.P. Avice

Une image anonyme surgit tout-à-coup au milieu d’un vide-grenier par un matin pluvieux d’octobre 2013. Un indice ténu, une inscription, une marque motiva une enquête sur l’identité des personnages présents sur cette photographie. Au crayon sous ce portrait, un nom, celui de “Mr Arnauldet”. Très vite, le personnage flou au second plan est identifié comme étant Charles Baudelaire. Il semble s’insinuer dans l’image. Pourfendeur reconnu de la photographie, le poète considère la multiplication des images comme le pire fléau de son temps. Et voici qu’apparaît cette image, qui, par sa singularité, nous mène vers un ailleurs, soutenir la reine des facultés : l’imagination.

Un programme de recherches est établi pour s’assurer de l’authenticité de l’épreuve et établir l’identité du photographe et de ses modèles. Ici, l’un des enquêteurs prononce une phrase déterminante : «M. Arnauldet se fait tirer le portrait mais n’est pas dans l’axe de la chambre», cette photographie est prise comme en coulisse, ce que nous regardons n’est pas le portrait de M. Arnauldet, mais son «making of», une photographie de backstage, une photographie «volée», une «capture d’écran». Il y aurait donc une deuxième chambre, voire un second photographe dans le studio. Cette pratique courante au XXe siècle, systématique dans l’univers du cinéma, est totalement inattendue en 1860.

“La photographie de Carjat est en ceci étonnante qu’elle est à la limite de l’instantané, conception presque inédite alors ; cette photographie semble capter l’imprévu dans lequel se glisse l’image saisie d’un Baudelaire curieux. C’est une image qui échappe aux canons esthétiques théorisés par Baudelaire – si moderne fut-il – car elle anticipe une photographie captant le transitoire, le fugitif et le contingent sans chercher à usurper les qualités de l’art. Baudelaire n’est pas passé à côté de la modernité photographique, il l’incarne ici.” P.L. Roubert

 

Nicephore Baudelaire dos

“Le poète luttant contre le péril qui lui est le plus intime, celui de voir sa passion iconophile virer en idolâtrie, et de sentir sa vocation de poète se perdre en ensorcellements fantasmatiques, invente avec la figure de Mademoiselle Bistouri le moyen de résister à l’empire des idoles, à la destruction de la vie par les objectivismes, à l’absolutisation technologique des apparences. Mais cette résistance on ne peut plus précaire, exposée et terriblement fragile, n’est que la plus faible qu’il puisse maintenir, celle d’une prière tout de même, quoique sans confession ni croyance assurée, à la fin de sa vie dans un petit poème en prose.” J. Thelot

Notre société tout entière est préoccupée du démantèlement de l’ordre esthétique qui a prévalu depuis la Renaissance mais s’effondre sous une myriade de selfies, d’images de tout et de rien. Le débat entamé il y a cent cinquante ans par Charles Baudelaire et Félix Nadar entre poésie et photographie, entre image inanimée et imagination, reste ou redevient d’une brûlante actualité.

Ce second cahier est expédié aux abonnés.

 

20.03.2014 “La toile était levée et j’attendais encore”

Arnauldet et son ami

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Musée d’Orsay achète une image photographique de Baudelaire

Un article de l’express annonce la décision du Musée d’Orsay

Un premier commentaire est publié sur son blog par André Gunthert, suggérant un “exemple précoce de photobombing”

Malgré tout le charme des analyses uchroniques, l’hypothèse d’une irruption accidentelle du poète dans le champ d’une camera ne résiste pas longtemps à l’analyse paisible.

En 1861, la pratique du collodion est ardue et nécessite la patience de tous les intervenants, ce qui a engendré tant de physionomies sévères sur les portraits du Second Empire.

Ensuite la silhouette surgissante est hors du champ de netteté dont la profondeur à l’époque ne dépasse pas de quelques dizaines de centimètres la tête du modèle assis.

Encore plus troublant, il n’aurait simplement pas pu surgir dans le portrait car ce portrait central de la séance est dans le cadre d’un autre appareil, à la gauche de notre perception, faisant face à la toile, au modèle assis et à son chapeau.

Une remarque essentielle est apparue sur le blog de culture visuelle :

reponse de francois chevret

C’est dans bien plus qu’une photographie accidentelle que le poète à fait irruption.

Le numéro 2 de Nicéphore, cahier de photographies, a été consacré à ce double portrait.

 

Une video a été réalisée à Bogotá :

18.03.2014 El telón estaba levantado (Message musical de Colombie)

El Telon

Conoces, como yo, el delicioso dolor
y de ti, dices : ” Oh hombre extraño !”
– Yo iba a morir. Fue en mi alma amorosa
Deseo mezclado de horror, un mal particular

La ansiedad y la brillante esperanza, sin humor faccioso.
Más se vaciaba el fatal reloj de arena,
Más mi tortura era áspera y deliciosa ; (o Mas aspera y deliciosa era mi tortura)
Todo mi corazón se arrancaba del mundo conocido

Era como el niño (o el infante, más poético) ávido de espectáculo
Odiando el telón como se odia un obstáculo
Por fin, la fría (o cruel, dura) verdad se reveló

Morí sin sorpresa, y la terrible aurora
Me envolvía. — Cómo! no es más que eso?
El telón estaba levantado y yo seguía esperando

El Telon rojo

Pour accéder à la vidéo, cliquer ici ou sur l’une des captures d’images.

El Telon Video

 
 

 

21.02.2014 Préparation du prochain numéro de Nicéphore, cahier de photographies

Consacré au poème Le Rêve d’un Curieux de Charles Baudelaire, il sera publié en français, des traductions anglaise et espagnole seront mises en ligne.

Il sera envoyé à tous les abonnés.

The Dream of a Curious Man

To F.N. (Felix Nadar)

Do you know as I do, delectable suffering?
And do you have them say of you: “O! the strange man!”
— I was going to die. In my soul, full of love,
A peculiar illness; desire mixed with horror,

Anguish and bright hopes; without internal strife.
The more the fatal hour-glass continued to flow,
The fiercer and more delightful grew my torture;
My heart was being torn from this familiar world.

I was like a child eager for the play,
Hating the curtain as one hates an obstacle…
Finally the cold truth revealed itself:

I had died and was not surprised; the awful dawn
Enveloped me. — What! is that all there is to it?
The curtain had risen and I was still waiting.

Translated by William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

Curieux

10.01.2014 Le Phénomène futur. Prose de circonstances

cielpale

“Un ciel pâle, sur le monde qui finit de décrépitude, va peut-être partir avec les nuages : les lambeaux de la pourpre usée des couchants déteignent dans une rivière dormant à l’horizon submergé de rayons et d’eau.

Les arbres s’ennuient et, sous leur feuillage blanchi (de la poussière du temps plutôt que celle des chemins), monte la maison en toile du Montreur de choses Passées : maint réverbère attend le crépuscule et ravive les visages d’une malheureuse foule, vaincue par la maladie immortelle et le péché des siècles, d’hommes près de leurs chétives complices enceintes des fruits misérables avec lesquels périra la nation. 

Dans le silence inquiet de tous les yeux suppliant là-bas le soleil qui, sous l’eau, s’enfonce avec le désespoir d’un cri, voici le simple boniment : “Nulle enseigne ne vous régale du spectacle intérieur, car il n’est pas maintenant un politique capable d’en donner une ombre triste. J’apporte, vivante (et préservée à travers les ans par la science souveraine) une muse d’autrefois. Quelque folie, originelle et naïve, une extase d’or, je ne sais quoi !  par elle nommé sa chevelure, se ploie avec la grâce des étoffes autour d’un visage qu’éclaire la nudité sanglante de ses lèvres. A la place du vêtement vain, elle a un corps; et les yeux, semblables aux pierres rares, ne valent pas ce regard qui sort de sa chair heureuse: des seins levés comme s’ils étaient pleins d’un lait éternel, la pointe vers le ciel, aux jambes lisses qui gardent le sel de la mer première.”

Se rappelant leurs pauvres épouses, chauves, morbides et pleines d’horreur, les maris se pressent: elles aussi par curiosité, mélancoliques, veulent voir.

Quand tous auront contemplé la noble créature, vestige de quelque époque déjà maudite, les uns indifférents, car ils n’auront pas eu la force de comprendre, mais d’autres navrés et la paupière humide de larmes résignées se regarderont ; tandis que les poëtes de ces temps, sentant se rallumer leurs yeux éteints, s’achemineront vers leur lampe, le cerveau ivre un instant d’une gloire confuse, hantés du Rythme et dans l’oubli d’exister à une époque qui survit à la beauté.”

( Stéphane Mallarmé, Le Phénomène futur, 1864)

Cielch&rgé

 

 

07.01.0002 Deux Alphonse(s) de Launay

Nous remercions les lecteurs qui ont insisté pour rétablir les diverses activités à chacun des deux contemporains portant le même nom.

C’est  le vicomte Alphonse-Henri Henryet de Launay (1822-1891), ami de Charles Bataille,  auteur de nombreuses pièces de théâtre, le “Capitaine de Launay” comme le moque Maxime Rude dans les “Confidences d’un journaliste”, qui est le directeur de la revue Le Boulevard du 1er décembre 1861 à juin 1863, locaux communs avec l’atelier d’Étienne Carjat, 56 rue Laffitte. Cette revue de Carjat est le principal moyen de publication de Charles Baudelaire, poèmes, poèmes en prose, articles de critique.

Le photographe Alphonse de Launay, parfois orthographié Delaunay, de cinq ans son cadet est né le 15 octobre 1827 à Rouen, décédé en 1906. Son père, Pierre Alphonse de Launay, était courtier maritime, décédé en 1842 et sa mère, Zélie Esther Pothée, était décédée en 1830 quand il n’a pas trois ans.

01.2 Lapin Alphonse de Launay

Avocat de formation, il se consacre jeune aux arts et aux voyages, le premier en Espagne en 1851.

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05.12.0001 Le Portrait de M. Arnauldet ou Le Rêve d’un Curieux ?

Cette première exposition des Studios Robespierre, sous la forme d’une enquête mise en scène, a été inaugurée le jeudi soir 05 décembre 2013, voir l’article dédié à la soirée :   « Le monde allait finir … à moins qu’une image… »

Tous les lecteurs sont invités à envoyer leurs remarques, suggestions et corrrections  par courrier électronique à studios @ robespierre. fr.

Arnauldet et son ami

Le Portrait de M. Arnauldet ou Le Rêve d’un Curieux ?

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse
Et de toi fais-tu dire: “Oh! l’homme singulier!”
— J’allais mourir. C’était dans mon âme amoureuse
Désir mêlé d’horreur, un mal particulier;

Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse;
Tout mon coeur s’arrachait au monde familier.

J’étais comme l’enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle…
Enfin la vérité froide se révéla:

J’étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M’enveloppait. — Eh quoi! n’est-ce donc que cela?
La toile était levée et j’attendais encore.

Un premier article de Jérôme Dupuis a paru dans l’Express  le mercredi 20 novembre : “Photographie inédite: un air de Baudelaire”

Cet air de Baudelaire méritait une enquête.  Qui était ce Mr Arnauldet au premier plan ?

Présentation de la méthode de recherche adoptée et des indices relevés :

The Dream of a Curious Man
To F.N.
Do you know as I do, delectable suffering?
And do you have them say of you: “O! the strange man!”
— I was going to die. In my soul, full of love,
A peculiar illness; desire mixed with horror,
Anguish and bright hopes; without internal strife.
The more the fatal hour-glass continued to flow,
The fiercer and more delightful grew my torture;
My heart was being torn from this familiar world.
I was like a child eager for the play,
Hating the curtain as one hates an obstacle…
Finally the cold truth revealed itself:
I had died and was not surprised; the awful dawn
Enveloped me. — What! is that all there is to it?
The curtain had risen and I was still waiting.

— William Aggeler, The Flowers of Evil (Fresno, CA: Academy Library Guild, 1954)

English translation online : Flowers of Evil

05.12.0001 Description matérielle de l’épreuve étudiée et autres éléments de l’album du perron

Extraite d’un album derelié mais parvenu complet, cette épreuve est une épreuve albuminée, en très bon état, d’une tonalité forte caractéristique des années autour de 1860, mesurant 180×140 mm. Elle n’est pas retaillée aux marges ce qui permet d’observer tous les défauts aux bords du négatif, et de comprendre que c’est un négatif verre au collodion (bulles et déchirures)  mesurant environ 180×130 mm.

Nous avons la dimension de la chambre photographique, c’est un format “13×18”.

Une inscription ancienne au crayon indique “M. Arnauldet”, cette formulation l’exclut d’emblée du cercle de famille dont les personnages ne sont pas nommés.
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05.12.0001 M. Thomas Arnauldet, “ami de Monselet et de Baudelaire”

La première information qui surgit fut encourageante :

“Arnauldet sera quelque temps bibliothécaire (1858-1869) ; ami de Monselet et de Baudelaire, fin gastronome et ironiste, il écrira dans la Gazette des Beaux-Arts un bon article sur les caricatures contre les artistes (1859); il demandera un congé illimité, et sera remplacé par le fils de Raffet.Auguste Raffet, dit Rafiet fils, fils du fameux lithographe auteur de nombreuses pièces sur la légende impériale {La Revue Nocturne) et les soldats de la République (Il est défendu de fumer, mais il est permis de s’asseoir), était entré après 1848”.

Extrait de Jean Adhemar : “L’HISTOIRE du Cabinet des Estampes a été faite plusieurs fois, notamment par Joseph Guibert. Celui-ci, dans un livre remarquable qui sert toujours à la fois d’historique très sérieux et documenté du Cabinet, et de guide du lecteur, s’est borné volontairement à des indications extrêmement précises tirées des rapports et des archives du Cabinet, alors récemment classées par Courboin. Mais il a gardé pour ses entretiens avec ses collègues les anecdotes traditionnelles.C’est à l’aide de celles-ci, et de lectures diverses dans les revues contemporaines, que nous tentons cette histoire du Cabinet au xixe siècle ; nous l’avons divisée par règnes de conservateurs, car la personnalité et l’action directe de chacun d’eux a marqué son temps.” Jean Adhémar joua un rôle déterminant pour la recherche en Histoire de la Photographie il y a cinquante ans.

Thomas-Victor Anauldet est né à la Bobinière, commune de Mouchamps en Vendée le 08 septembre 1834, à “sept heures du soir”. Fils de Théodore Arnauldet (1801-1860), juge au tribunal de “Bourbon-Vendée”, et auteur de recueils de poèmes régionalistes.
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05.12.0001 Les locaux du Boulevard et le studio de Carjat 56 rue Laffitte inaugurés vers le 1er décembre 1861

Google map Laffitte Jardin du 56 rue Laffitte

Google map LaffitteGoogle map Laffitte

56 rue Laffitte : Corps de logis à quatre fenêtres de façade sur la rue avec retour en aile à gauche dans la cour, double en profondeur, élevé sur caves, un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un troisième mansardé sur cour seulement

Un seul escalier

Cour plantée

Construction en pierres de taille, moellons et pans de bois

Deux boutiques, un atelier de photographie et dix autres ocations, tant industrielles que privées

Propriétaire :Bourdet François Sauveur, y demeurant (1863)

Puis après adjudication du 13 mars 1872 pour 221.843 Frs une veuve Dervillé

Locataire du Vestibule et rez de chaussée à gauche au fond

M. Carjat Pierre Etienne 3500frs 1313 frs (habitant rue Notre Dame de Lorette)

Année 1863 Gastineau associé 3000

1865 Mathieu Légé, associé

1868 5000 Légé Georges associé

Sur cet associé Benjamin Gastineau (1823-1903), qui connut le bagne et la prison, dirigea une revue Franc-maçonne et participa activement à la commune, Carjat publia un portrait-carte et une notice (voir fin de l’article)

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05.01.0001 Baudelaire et la photographie. Le salon de 1859, L’imagination face à l’invention de la photographie et autres textes.

01.2 Palais de l'industrie

Printemps 1859 : Le comte de Neuwerkerke a autorisé les photographes de la SFP menés par Nadar à exposer en même temps que les autres artistes mais dans un lieu bien distinct, séparé de quelques centaines de mètres, dans une aile latérale du Palais de L’industrie (Rond-Point des Champs-Élysées, aujourd’hui disparu et oublié).

Le public ne se rendra donc pas aisément d’un salon à l’autre, surtout qu’il faut racheter un second billet, de surcroit plus cher pour les photographes. (prix ??)

Les deux Salons ouvrent leurs portes le 15 avril 1859, au palais des Beaux-arts et de l’Industrie (à l’angle de l’avenue et des Champs Élysées); Baudelaire ne fait qu’une brève visite à celui des Beaux-Arts, pour repartir à Honfleur. Dans le train, ce n’est qu’à partir de brefs souvenirs – et du livret présentant l’exposition – qu’il commente le Salon, ainsi qu’il l’écrit à Nadar le14 mai 1859 : « J’écris maintenant un Salon sans l’avoir vu. Mais j’ai un livret. Sauf la fatigue de deviner les tableaux, c’est une excellente méthode, que je te recommande. On craint de trop louer et de trop blâmer; on arrive ainsi à l’impartialité. »

Avant de corriger dans la lettre suivante toujours à Nadar : “”

Il précisera plus tard qu’il a imaginé son texte dans le wagon du train qui l’éloigne de Paris et le ramène à Honfleur. Baudelaire adresse son texte du Salon à la Revue Française, l’une des rares qui lui soit ouvertes. Le texte prend une forme épistolaire, adressée à Jean Morel, directeur de la revue :

Mon cher M***, si j’avais le temps de vous égayer, j’y réussirais facilement en feuilletant le catalogue et en faisant un extrait de tous les titres ridicules et de tous les sujets cocasses qui ont l’ambition d’attirer les yeux. C’est là l’esprit français.

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05.12.0001 Jeudi soir aux Studios Robespierre. “Le monde allait finir … à moins qu’une image…”

“…Le monde allait finir … à moins qu’une image, et cette fois il suffirait d’une seule, ne soit, par quelque alchimie d’avant la seconde ultime, purifiée, lavée de, comment dire — car ici la voix avait hésité, assurait-on, cherchant un mot —, purifiée, lavée, de son être — de sa différence — d’image…”

La soirée de jeudi soir fut l’occasion d’échanges et de commentaires techniques autour de la photographie étudiée, des appareils d’Etienne Carjat et de quelques plaques négatives au collodion d’ Alphonse de Launay, mais pas seulement, car la poésie s’insinua. J.P. Avice récita quelques poèmes, invitant Charles Baudelaire et Yves Bonnefoy , ce fut d’abord Le Rêve d’un curieux puis des extraits de  Hopkins Forest  qui font référence à un souvenir de janvier 1969 :

J’étais sorti
Prendre de l’eau au puits, auprès des arbres,
Et je fus en présence d’un autre ciel.
Disparues les constellations d’il y a un instant encore,
Les trois quarts du firmament étaient vides,
Le noir le plus intense y régnait seul,
Mais à gauche, au-dessus de l’horizon,
Mêlé à la cime des chênes,
Il y avait un amas d’étoiles rougeoyantes
Comme un brasier, d’où montait même une fumée.

Je rentrai
Et je rouvris le livre sur la table.
Page après page,
Ce n’étaient que des signes indéchiffrables,
Des agrégats de formes d’aucun sens
Bien que vaguement récurrentes,
Et par-dessous une blancheur d’abîme
Comme si ce qu’on nomme l’esprit tombait là, sans bruit,
Comme une neige.
Je tournai cependant les pages.

Poeme Yves Bonnefoy

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21.06.0001 Déplacement Hors La Ville

C’est le jour symbolique de l’été, le 21 juin que la société Céros a choisi de se déplacer à Montreuil.

Pendant la période d’installation des nouveaux lieux et la création du nouveau site, les articles restent aisément disponibles sur ce site.

La nouvelle adresse est 71 rue Robespierre, et porte le nom du révolutionnaire que Baudelaire cita à trois reprises : ” Mais ainsi que l’a dit, je crois, Robespierre, dans son style de glace ardente, recuit et congelé comme l’abstraction : “l’homme ne voit jamais l’homme sans plaisir”

Voici un accès au texte et au podcast d’une conférence d’Henri Guillemin sur Robespierre (du 12 février 1970):

« La plus grande partie de nos concitoyens – la plus grande partie – est réduite par l’indigence à ce suprême degré d’abaissement, où l’Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné. »

Texte complet : conférence

Enregistrement radiophonique : Podcast

Salon du Livre Ancien 2007 (Dix-neuvième FILA) Kandinsky : L’Équation de la Nécessité Intérieure exposée au Grand Palais

25.04.2007 Kandinsky nécessité intérieure

Vassili (Basile) W. Kandinsky (1866-1944)
Équation originale du Principe de la Nécessité intérieure
Münich, vers 1911

Dessin original sur 1 feuillet de format 170×215 mm, commenté en allemand, blanchiement aux marges, traces d’un ancien encadrement.

Provenance : Valise d’archive transportée de Berlin en 1933 par Kandinsky puis conservée par Nina Kandinsky.

“La nécessité intérieure est pour Kandinsky le principe de l’art et le fondement de l’harmonie des formes et des couleurs. Il la définit comme le principe de l’entrée en contact efficace de la forme avec l’âme humaine. Toute forme est la délimitation d’une surface par une autre, elle possède un contenu intérieur qui est l’effet qu’elle produit sur celui qui la regarde avec attention. Cette nécessité intérieure est le droit de l’artiste à la liberté illimitée, mais cette liberté devient un crime si elle n’est pas fondée sur une telle nécessité. L’œuvre d’art naît de la nécessité intérieure de l’artiste de façon mystérieuse, énigmatique et mystique, puis elle acquiert une vie autonome, elle devient un sujet indépendant animé d’un souffle spirituel” (Wikipedia 2007).

L’exposition eut lieu sobrement sur un stand de salon de couleur rouge, à l’intérieur de forme ovoïde, dans l’enceinte du Grand Palais, les murs intérieurs et extérieurs étaient tapissées de photographies. Le Salon du Livre Ancien était organisé par le SLAM et la FILA. Catalogue : 07.04.2007 SILA

“Quant à moi, quoique la littérature soit moins en faveur que jamais, je suis toujours le même, c’est à dire que je suis parfaitement convaincu que mes dettes seront payées, et que ma destinée s’accomplira glorieusement”
(Charles Baudelaire, Lettre à sa mère, 8 décembre 1848)

25.04.2007 Grand palais nécessité intérieure

25.04.2007 couv Rhino 2 Necessité intérieure SILA

En marge de l’évènement, et sous la forme d’un carnet de réflexions furent publiées quelques extraits d’un manuscrit alors inédit de Kandinsky :

Le principe de la Nécessité intérieure

“Un élan intérieur définissable en qualité et non en quantité, inquiétude, intuition, sentiment d’extrême tension, audace, savoir précis, voilà l’état d’esprit connu de tout artiste doué, état qu’on appelle à bon droit inspiration. Le moment final de cet état, c’est le sens de la mesure dans les moyens d’expression (ce sens écarte l’arbitraire au plan général et dit à l’artiste sensible comment doit être la plus infime partie).

L’artiste dans ces instants de bonheur non seulement “sait” par quelle forme doit être exprimé chaque élément de l’œuvre matérialisée, mais il détermine sans se tromper les limites de la sonorité, de la netteté de cette forme. Une voix intérieure lui indique l’endroit exact de cette forme, ses dimensions, ses côtés, sa dépendance vis-à-vis d’autres formes proches ou lointaines, leur action réciproque, leur sonorité réciproque, etc.

Tout échec dans la réunion de ces conditions exige impérativement des correctifs, de nouvelles recherches souvent lentes et obstinées, aussi longtemps que le sens de la mesure, s’exprimant abstraitement dans l’artiste, ne concorde pas totalement avec la forme matérielle. La voix intérieure, l’esprit obstinément en quête de vérité ne sauraient être égarés par aucune ruse.
Le sens de la mesure qui nous dit très nettement : “trop vif”, “long”, “un peu plus à gauche”, “agrandir à peine”, “atténuer la raréfaction”, etc, ce n’est rien d’autre que comparer la vérité de la forme matérielle avec la forme en quête de matérialisation.

Ainsi, il ne peut faire de doute que la forme matérielle est exclusivement la matérialisation d’une forme vivant de façon immatérielle dans l’artiste. Et de la même façon que chacun des traits d’une forme, que la forme elle-même, que ces liens avec d’autres formes et que leur totale fusion en une œuvre dépendent absolument de l’intérieure nécessité de matérialiser cette œuvre, de même la somme des œuvres d’un artiste grandit exclusivement sous la pression de cette nécessité, et elle est la matérialisation de son œuvre globale (…)

La brièveté et la force du moyen artistique se mesurent à sa précision. Dans l’absolu, un moyen employé n’est ni fort ni faible, ni concis ni délayé. La qualité du moyen se mesure au contenu, ses qualités sont relatives. En art, seul le contenu est absolu. La grandeur de l’œuvre dépend du degré d’absolu dans le contenu et du degré de relatif dans le moyen. Plus s’élève le relatif dans le contenu et l’absolu dans le moyen, plus l’œuvre perd d’expressivité. Le spirituel est absolu. Le charnel est relatif, la concision l’absence de superflu, la pauvreté l’absence de nécessaire.”

“Un veau à cinq pattes est aussi imparfait qu’un veau à trois pattes. La force du moyen est directement proportionnelle au contenu.
Couper une violette avec une scie, c’est la même erreur que scier un gros arbre avec un canif.”

(Kandinsky, Über das Materielle in Der Kunst)

Texte complet dans : 25.04.2007 Rhino 2 Necessité intérieure SILA