30.04.2011 John G. Morris : Photo Diary, photographies à Drouot Montaigne

30.04.2011 John Morris Photodiary

Commissaire-priseur : Me Alexandre Giquello.
Catalogue conçu et réalisé par Photocéros avec Kristen Gresh.
C’est le premier catalogue de vente aux enchères où il a été possible de donner avec une précision relative (parfois le jour exact) la date de tirage de chaque épreuve du XXe siècle, car John Morris avait la mémoire de chaque première parution en tant que « Picture Editor ». Il a transmis sa mémoire en en transcrivant de sa main le récit au dos de chaque épreuve. Kristen Gresh a écrit l’introduction du catalogue (disponible en anglais dans le pdf) :

John Morris dday

« Le vingtième siècle constitue une grande époque de storytelling visuel, quand les photographies de presse étaient développées et tirées systématiquement pour leur distribution et publication. Les photographes étaient constamment proche de l’action et ont produit des récits photographiques d’une grande qualité publiés dans des magazines et des journaux comme Life, Ladies’ Home Journal, Holiday, The New York Times, et The Washington Post. Ces photoreportages étaient le résultat d’une collaboration entre les rédacteurs de photo et les photographes. A ce moment-là, comme aujourd’hui, éditer des photographies allait de l’attribution des missions à la mise en page et la publication ; cette édition faite en coulisse joue un rôle décisif dans la construction de notre identité visuelle collective.

L’essor de la photographie numérique contribue à l’importance aujourd’hui prise par les photographies de presse du siècle dernier en les transformant en objets historiques. Ces objets ont de plus en plus de valeur historique et mérite d’être collectés, étudiés et préservés. Le John G. Morris Photo Diary est une collection éclectique amassée par un rédacteur de photo de grande renommée tout au long de sa carrière de soixante-quinze ans. Ces 230 photographies, avec des écritures personnelles sur le verso de chaque épreuve, constituent une anthologie visuelle, voire une collection unique qui a la spécificité de ne pas être compilée par un collectionneur mais par un professionnel du photojournalisme.

John Morris capa

C’est la collection de quelqu’un qui, dans le passé, jetait des tirages d’Henri Cartier-Bresson et d’autres photographes à la poubelle lorsqu’il avait terminé de s’en servir pour imaginer des mises en page ou bien lorsqu’ils n’étaient pas publiés. Une grande partie de ces documents sont des épreuves qui lui ont servi comme documents de travail. C’est aussi un recueil de photographies qui lui ont été données à travers le temps par ces amis et collègues parmi les plus grands photographes du vingtième siècle. Cet ensemble atypique inclut des épreuves rares, certaines avec des marques de rédaction, crayon gras ou tampons de censure datant de temps de guerre. Ces traces d’histoire ajoutent à leur valeur ainsi qu’à l’histoire de la photographie, du photojournalisme et des médias.
Le John G. Morris Photo Diary raconte visuellement la carrière de Morris et révèle sa position au cœur du photojournalisme, tout en complémentent son autobiographie Get the Picture. Le Diary commence lorsqu’il est étudiant à l’Université de Chicago ou il a crée et édité le magazine des étudiants Pulse. Après ses études, il a travaillé pour le magazine Life et est devenu leur rédacteur de photo à Londres pendant la guerre. Morris est celui qui a sauvé les onze images légendaires du jour du débarquement des Alliés en Normandie lorsque l’émulsion fondue a accidentellement détruit la plupart des précieux négatifs. Le Diary comprend également l’œuvre de Morris comme photographe de la Libération de la France lorsqu’il a accompagné les correspondants de guerre : German Surrender in Normandy ou Annotated Rennes Contact Sheet. Se trouve également dans cette section une image rare de Capa at Work, n°28, qui montre Capa photographiant la reddition de soldats allemands.

John Morris allende

Après la Seconde Guerre Mondiale, Morris, au Ladies Home Journal (LHJ), a continué de travailler avec son ami proche Robert Capa et d’autres photographes comme Sol Libsohn, co-fondateur de la New York Photo League, et Esther Bubley. Il a conçu la série People are People the World Over (1947-1948) qui avait pour but d’illustrer une humanité partagée par tous, illustrant des familles d’agriculteurs de douze pays différents. People are People a inspiré Edward Steichen dans la concéption de sa grande exposition de 1955, The Family of Man. Elle était également une des premières commandes pour la jeune agence coopérative Magnum Photos qui a été fondé en 1947. Morris a envoyé Capa photographier une famille en Slovaquie ; au retour de sa mission prolongée, Capa lui a offert une des pièces maîtresse de cette collection : la passionnante Gypsy Wedding, n° 48. Ce n’est qu’une des nombreuses photographies inédites du Diary qui enrichit notre lexique visuel et complète notre connaissance des images iconiques.

En 1953, Morris est devenu International Executive Editor de Magnum, et a aidé la jeune agence à passer ses années les plus difficiles. Morris était responsable de la négociation des droits des photographies d’Henri Cartier-Bresson notamment lorsqu’une de ses photos a fait la Une en janvier 1955 de Life. Military Appraisal at Moscow Trolley Stop, n°66, est une vision de l’intérieur de la Russie en pleine guerre froide. De cette époque, le Diary comprend de nombreux portraits de Capa, ainsi que des photographies historiques : Italian Political Rally de Chim ou Cartier-Bresson à Magnum d’Elliott Erwitt.

John Morris hcb

Lorsque Morris s’est mis en indépendant (freelance), il a crée Independent Picture Service (IPS) et a distribué des photoreportages. Cette sélection des photographies documente les problèmes politiques et sociaux des années 60, y compris Police Shooting Range de Thomas Hoepker et Father and Son de Akihiko Okamura, publiée par Marjorie Morris dans le livre anti-guerre And/or. Juxtaposées avec ses images de conflits on trouve des photographies poignantes de la vie quotidienne américaine comme Water Witch de Jim Richardson et Caboose Coffee, n° 96, des cheminots de Simpson Kalisher.
En 1961, Morris a assemblé une séquence inoubliable sur John et Jacqueline Kennedy avec leurs photographies célébrées de mariage de Toni Frissell. Morris a négocié la publication de l’unique photoreportage dans LHJ. Il a également joué un rôle crucial dans l’obtention de la permission pour Cornell Capa de prendre les images de la Maison Blanche en coulisse, des œuvres fascinants de la vie quotidienne politique. Les photographies connues et inconnues dans la section Kennedy sont suivies par des images politiquement fortes du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, figurant notamment Freedom Rider Accompanied by the National Guard, n° 147, de Bruce Davidson.

Yoichi Okamoto, ancien officier de la United States Information Agency, a eu un accès sans précédent à la Maison Blanche sous le Président Lyndon B. Johnson. Le Bureau de photographie de la Maison Blanche venait d’être crée. Le laboratoire photographique interne, utilisé auparavant uniquement pour des raisons militaires, est devenu l’atelier d’Okamoto. Il était le premier photographe « civil » de la Maison Blanche ce qui constitue un tournant du photojournalisme politique. Des portraits de puissants hommes politiques au travail en temps de guerre étaient édités dans IPS Contact Sheet de Morris : President Johnson with Rep. Clarence Cannon, n°159 et Vietnam War Briefing, n° 163. Au New York Times, Morris a révolutionné la présentation de la Une et a publié les premières photographies couleurs de l’atterrissage sur la lune.

Les amitiés prestigieuses de Morris ont eu un impact sur l’histoire de la photographie. Ceci explique la présence des photographies remarquables comme celle de Dorothea Lange, A Useful Woman in Small Ways, 1951, n°82 et la section dédiée à l’œuvre de Hansel Mieth and Otto Hagel, deux photographes peu reconnus de Life. Des épreuves rares (proof prints) de Haïti de W. Eugene Smith, tiré par Smith lui-même, témoignent aussi de la relation étroite et de l’amitié entre photographe et rédacteur.

La section finale du Diary est consacrée à Paris où vit Morris depuis 28 ans. Elle termine avec des épreuves de nombreux anciens collègues et amis comme Marc Riboud, Peter Turnley et Jane Evelyn Atwood. Morris continue son implication et rôle dans l’histoire du photojournalisme restant à jour de l’évolution du médium, toujours disponible à découvrir de nouveaux photographes talentueux.

Chaque note du diary est un objet photographique unique. Le John G. Morris Photo Diary nous conduit à travers l’histoire visuelle de notre siècle, nous présentant des images classiques ou nous faisant découvrir des images inconnues, non sélectionnées pour publication mais qui sont tout aussi important pour l’histoire. A l’âge de 94 ans, Morris partage ses histoires personnelles et professionnelles dans ce photo diary. Au travers de son expérience comme rédacteur de photo ou de son activisme politique comme démocrate et militant pour la paix, Morris a fait une contribution majeure à l’histoire du photojournalisme en permettant à des millions de gens de voir le monde à travers les yeux de ceux qui étaient les plus proches des événements du vingtième siècle.

Notices en français : John Morris 30 avril francais

Résultats : 30.04.2011 Resultats vente John G Morris Photo Diary – 30 avril 2011

Twentieth-century photojournalism represented a time of strong visual storytelling, when news pictures were developed in darkrooms and printed systematically for distribution and publication…

Catalogue complet (English) : 30.04.2011.Photo diary

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