18.09.2014. Centenaire confus de la Grande guerre et de la mort de Jean Jaurès, 11 ans après son Discours d’Albi pour la Paix

Jean Jaures Pré Saint Gervais
« …L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement ».

Photographie de Maurice Branger de l’un des derniers grands discours contre la guerre revancharde, meeting du Pré-Saint Gervais (l’épreuve d’époque est aujourd’hui conservée au MOMA, New York).
Jean Jaurès est assassiné rue du Croissant le 31 huillet 1914. Les commémorations de 2014 furent étonnamment clairsemées et dissociées.

11 ans plus tôt, en 1903 : le Discours d’Albi de Jean Jaurés, extraits :

« … Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres.

Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de 1’homme, et ceci en est 1’abdication.

La courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action.

Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit : c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant qu’on le peut, un technicien accompli ; c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendue.

Le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.

Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés.

Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir, mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin.

Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.

Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

Jean Jaurès Discours d’Albi, 30 juillet 1903

Qyuai d,orsay

Il y a 11 ans, le Discours de Dominique de Villepin à l’ONU : le 14 février 2003.

Ce discours inspire à Christophe Blain et Abel Lanzac une bande dessinée, Quai d’Orsay, dont Bertrand Tavernier tire un film sorti à l’automne 2013 : http://www.imdb.com/video/imdb/vi3310397977/

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11 ans plus tard, bruit de rafales : 18 septembre 2014, changement d’attitude, même si Paris estime encore qu’aucun cadre juridique et politique ne peut légitimer une intervention en Syrie, à la différence de l’Irak, où la France agit suivant une demande officielle du gouvernement irakien :
« Il y a toujours de la grandeur à pouvoir atteindre le terrorisme, car ce terrorisme-là n’est pas propre au Moyen-Orient, il nous menace », a affirmé M. Hollande dans une allocution à l’Elysée vendredi midi. Le président avait annoncé jeudi, lors d’une conférence de presse, que l’intervention française se limiterait à des bombardements aériens et ne concernerait pas la Syrie, où l’EI contrôle également un vaste territoire dans les provinces du Nord-Est. « Il n’y aura pas de troupes au sol et nous n’interviendrons qu’en Irak », déclarait-il jeudi. Le Monde, 19 septembre 2014.

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