03.06.2019 A l’aube du photojournalisme : Reportage de Stanislas Martin, Limoges, aout 1864.

Dès son apparition, l’image photographique a séduit le monde de la presse et de l’information par son offre d’objectivité. Longtemps impossible à imprimer en même temps que le texte, elle est d’abord reproduite en gravure, et participe à l’essor de la presse illustrée. L’image reste néanmoins en décalage par rapport à l’événement qu’elle relate à cause du délai nécessaire entre la prise de vue, la gravure sur bois et sa publication.

La photographie change de statut vers 1889/1890, avec l’Exposition universelle de Paris, la généralisation de la similigravure et le développement de la presse illustrée dans de nombreux pays.

On considère que la première photographie ayant illustré un article de presse est la vue d’une barricade de juin 1848, saisie au daguerréotype rue Saint-Maut le 25 juin 1848, après la fin tragique des émeutes, et publié dans le n° de l’Illustration daté du 1er juillet 1848. Les historiens citent ensuite la guerre de Crimée 1854-1856 et surtout la guerre civile américaine, Guerre de Sécession 1861-1865. (Cf. wikipedia)

C’est donc à cette époque héroique des débuts du photojournalisme que doit être placée cette vue panoramique de Stanislas Martin.

Deux épreuves albuminées formant panoramique, 205×480 mm, signature et date sur le montage.

Stanislas Martin, est le photographe le plus entreprenant de Limoges sous le Second Empire, il a fait aménager dans son établissement 5, rue de la Courtine, un atelier chauffé, vitré, confortable pour les modèles.

Les 15 et 16 août 1864, un quartier ancien de Limoges est la proie des flammes. Le quartier des Arènes brûle, de la place d’Aine à la place de la Motte, aux rues étroites et aux maisons à l’ossature en bois et aux façades de torchis et de pisé.

De 1793 à 1864, Limoges a connnu 815 incendies et 5631 feux de cheminées, mais cet embrasement consume 109 maisons et met à la rue plus de 2 000 personnes.

Les quatre-vingt pompiers mobilisés, renforcés par ceux de Périgueux, Argenton, Saint-Marcel et Châteauroux, arrivés par trains spéciaux, ne sont pas assez nombreux et leur matériel n’est pas assez performant – on peine à trouver les clefs d’un réservoir d’eau, les camionneurs sont réquisitionnés pour aller puiser de l’eau dans la Vienne.

Heureusement, s’il y a quelques blessés, on ne dénombre aucune victime. l’écrivain local Laforest publie un récit détaillé en 118 pages émaillées de considérations religieuses et de citations grecques (Chapoulaud frères, Limoges, 1864). Il raconte qu’une grande partie des Limougeauds se sont rendus le soir du 15 au Champ de Juillet pour assister à un feu d’artifice donné pour l’Assomption et la fête de l’Empereur et que lorsque la population arrive sur place, comme « une armée frappée dans les ténèbres », l’incendie a pris de l’ampleur, attisé par le vent.

C’est Madame Cance, boutiquière au bas de la rue des Arènes, qui a mal éteint un flambeau, pressée d’aller assister à la fête en compagnie de son époux. Le feu prend dans une corbeille de chapeaux de paille de leur boutique ; s’en suit une explosion de gaz. L’incendie prend de l’ampleur, il faut rassembler les pompiers, beaucoup sont au Champ de Juillet. C’est le capitaine Regnault qui prend la direction des secours, à l’arrivée des pompes à eau.

Mais les tonneaux sont rapidement vides, il faut les remplir, alors que le feu se propage, se transformant en « un large fleuve » qui se nourrit de tous les produits inflammables des boutiques. Le 11ème Régiment de dragons, la gendarmerie, des agents de la sûreté, des hommes d’équipe de la gare, rejoints par le clergé, sont accourus. Ils enlèvent à dos d’homme 400 kg de poudre qui menace d’exploser chez l’armurier Geanty. De même évacue-t-on, sur ordre du maire Othon Péconnet, présent sur place, les tonneaux d’alcool d’un autre commerce ou les produits pharmaceutiques des officines Larue-Dubarry.

Hommes, femmes et enfants tentent de sauver ce qu’ils peuvent chez eux. « Une lumière immense noyait la ville dans ses sinistres clartés […] l’incendie, par l’effet de la réverbération, formait au-dessus de la ville comme une coupole de feu. »

Dans l’église Saint-Michel-des-Lions où l’on a sorti la châsse du chef de saint Martial, s’élève le Miserere, puis, vers sept heures du matin, une procession débute à travers la ville, conduite par l’évêque Félix : Limoges renoue avec sa tradition. Dans la matinée, les hommes du 3ème Régiment d’artillerie de Bourges arrivent pour déblayer les ruines fumantes – mais l’incendie couva encore près de trois semaines.

Sur la photographie de Stanislas Martin, on voit les voitures des pompiers et des fumerolles s’élèvent encore des décombres, cela permets de dater la photographie du 16 ou 17 Août 1864.

La France et la famille impériale s’émeuvent du drame ; des secours financiers sont envoyés. Le comte Reille, envoyé par Napoléon III, distribue ainsi, de la main à la main, 20 000 francs. Le roi d’Espagne envoie 5 000 francs, le prince Jérôme-Napoléon et la princesse Clotilde, 2 000 francs (tout comme le comte de Chambord). L’archevêque de Paris 30 000 francs recueillis lors de quêtes diocésaines. Le nonce fait parvenir 5 000 francs de la part du pape.

Encouragés par les souscriptions ouvertes dans les journaux nationaux et régionaux, des particuliers ont adressé directement des secours au maire de Limoges.

Le sinistre est suivi d’une reconstruction avec trois rues parallèles percées entre la place d’Aine et de la Motte, bordées d’immeubles de trois étages en pierre…

Lors des travaux de réaménagement de la place de la Motte, en 1995, une importante collection de porcelaines et de faïences fondues et déformées par le feu fut retrouvée à l’emplacement des caves incendiées.

(d’après Laurent Bourdelas, L’incendie de 1864, blog, France 3 régions, 2016)

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