Principes de catalogage

Notice Janssens Charbon

Les principes de catalogage utilisés ont été spécialement établis pour décrire des épreuves photographiques comme des objets matériels avec leur histoire. La convention fondamentale concerne donc la datation de l’objet, l’époque donnée pour chaque épreuve positive, et du premier usage de celle-ci. Elle peut souvent différer de celle de l’œuvre, de nombreuses épreuves ont été tirées depuis les années 1980 pour accompagner la croissance d’un marché d’images plus que de tirages. Le soucis de catalogage matériel précis concerne plutôt les épreuves « historiques » de la période qui précède. La description est alors en cinq parties : auteur, titre, lieu et date, mesures, notice :

La première ligne désigne l’auteur, avec, si elles tiennent sur la même ligne, ses dates. S’il s’agit d’une attribution, on fait suivre le nom de (attr.). Si l’ambiguité est grande, on peut indiquer cercle de ou atelier de. Si l’auteur n’est pas identifié, un simple mot caractérise sa pratique ou son intention : ingénieur aéronautique, reporter du NYT, soldat de l’armée d’Afrique, amateur en Kodak, etc.

La seconde le titre, donné par l’auteur, ou le sujet indiqué par le catalogueur, avec, le cas échéant la date de l’œuvre, alors partie intégrante du titre. Là encore, on essaye de faire tenir un titre sur une seule ligne. Si l’on décrit ensemble 3 épreuves, on peut consacrer 3 lignes aux 3 titres.

La troisième ligne renseigne le lieu et la date du tirage, éléments essentiels de fixation de la valeur par les collectionneurs d’épreuves historiques. Parfois, un tampon, une annotation permettent d’être précis, mais souvent on ne peut que confirmer une période, ce qui est essentiel, certifiant qu’elle est de la première époque possible correspondant à l’activité de l’artiste, ou postérieure voire posthume. On peut utiliser l’abréviation c. signifie circa, vers. Cette ligne correspond aux renseignement des lieux et dates d’impression pour un livre dans une notice bibliographique.

Après un saut de paragraphe de 1,5 mm, la description matérielle, un simple mot caractérise le procédé : salé, albumine, argentique, etc. Les dimensions des épreuves sont données en mm, la hauteur précédant la largeur. Elles sont prises aux limites extrêmes du papier ou de la plaque, comprennent les marges, comme pour un livre on donne la dimension des pages et non de la composition du texte. Pour un ensemble homogène de plusieurs épreuves de dimensions proches, on donne une seule mesure, précisant « env. », environ. Suivent les descriptions minutieuses des signatures, tampons, étiquettes d’exposition, dédicaces, visas de censure, annotations d’époque.

Le dernier paragraphe correspond à la notice proprement dite, avec des citations, une contextualisation. Ce commentaire accompagné de références bibliographiques est imprimé en noir quand il est rédigé en français, mais peut être suivi d’un second paragraphe composé en couleurs s’il reprend des citations dans la langue d’origine de l’artiste de l’auteur ou du premier commentateur.

 

cartier-Bresson notice

Quelques procédés :

Daguerréotype, les premiers photographes fixaient les images sur des plaques de cuivre argentées présentant le même aspect que les miroirs d’argent connus des anciens. On aperçoit notre reflet avant de trouver le bon angle pour distinguer l’image photographique.

Ambrotype, l’image fixée sur le verre n’est ni tout à fait négative ni tout à fait positive. La présence d’un tissu, d’un enduit ou d’un papier noir permet de restituer une image lisible et contrastée.

Ferrotype, cette version très économique des images sur métal a connu son plus grand succès en Amérique. Les clients pouvaient obtenir une image unique, sur place, en quelques minutes. La plupart des praticiens étaient souvent ambulants ou forains.

Calotype, le terme calotype, inventé par Talbot pour désigner son nouveau procédé est de plus en plus utilisé aujourd’hui pour qualifier les techniques du négatif papier des premiers temps, même lorsqu’elles ne sont pas fidèles à la méthode décrite par Talbot. Par extension, on utilise le mot calotype pour renvoyer aux épreuves positives sur papier salé réalisées par les artistes eux-mêmes à partir de ces négatifs. Nous choisirons d’employer l’appelation salé pour décrire les épreuves positives afin de les distinguer de leur matrice.

Salé, les premiers photographes sur papier préparaient leur feuille en l’humidifiant et en la trempant dans de l’eau salée, eau de mer ou sel de cuisine, avant de soumettre le papier à la dilution de sels d’argent. Il leur restait après ces manipulations un goût caractéristique sur le bout des doigts.

Collodion, les recherches pour remplacer le papier par le verre comme support des images négatives se sont heurtées immédiatement au problème de l’adhérence. L’albumine extraite du blanc d’œuf a permis de 1847 à 1852 la préparation de négatifs sur plaques de verre mais qui ne résistaient pas au temps, l’émulsion s’écaillant très vite. On ne connaît à ce jour aucun négatif verre à l’albumine. Des équipes françaises et anglaises ont trouvé et développé l’idée du collodion, un adhésif puissant et peu dégradable qui supplanta immédiatement l’albumine sur verre.

Plaques pour lanterne magique, images photographiques positives fixées sur le verre par le collodion et rehaussées manuellement de couleurs vives.
Cliché-verre, au début des années 1850, Delacroix, Corot et plusieurs peintres ont gravé à la pointe des motifs sur un verre recouvert d’une couche opaque comme le noir de fumée, afin de créer des images désignées clichés- glaces ou clichés-verres. Les épreuves sont ensuite tirées par les artistes le plus souvent sur papier salé, rarement sur papier albuminé. L’œuvre créée possède ainsi une double nature, à la fois dessin et photographie.

Albumine, l’usage du blanc d’œuf a permis de déplacer l’image de l’épaisseur du papier à sa surface. La photographie n’est plus contenue dans les fibres mais dans la fine couche qui les recouvre. Il convient de différencier parmi les épreuves albuminées celles de la première époque sur papier salé-albuminé dont l’émulsion comporte une quantité plus ou moins élevée d’albumine mais dont l’image est encore dans toute l’épaisseur du papier, à l’instar des épreuves salées ayant subi un vernis protecteur. Après la guerre des Duchés et l’annexion par la Prusse de la province méridionale Schslewig-Holstein, les paysans de cette région se sont spécialisés dans l’élevage de poules afin de fournir l’industrie photographique naissante, consommatrice uniquement des blancs d’œufs. Les jaunes ont alors amélioré en protéines les recettes de biscuits pour marins.

Charbon, les papiers au charbon sont quasiment inaltérables et traversent le temps sans dommage. Tandis que dans les collections et les albums certaines épreuves récentes se dégradent, les charbons anciens restent pérennes et surprennent par leurs sombres tonalités.

Citrate, Aristotype, à partir des années 1880, l’usage photographique s’est beaucoup démocratisé. Les embarras liés à l’utilisation de produits chimiques dangereux et nauséabonds étant dorénavant confinés dans des laboratoires spécialisés, les amateurs pouvant se procurer dans le commerce des papiers préparés au citrate d’argent également dénommés aristotypes ou papiers à développement direct.

Argentique, les citrates ont disparu à la fin du XIXe siècle avec l’amélioration des papiers au gélatino-bromure d’argent et gélatino-chlorure d’argent. La gélatine, sur verre ou sur film souple et prête à l’emploi, est toujours d’origine animale. Il s’agit principalement d’os de vaches bouillis, et la grande usine Kodak de Dunkerque recevait des bateaux entiers de vaches sacrées que l’administrateur anglais des Indes évacuait vers la photographie.

Gomme bichromatée, à la suite des artistes viennois et anglais du premier pictorialisme, de nombreux artistes ont recherché à intervenir de manière artistique sur des tirages photographiques, amplifiant les ombres, les clairs- obscurs, les effets de drapé, utilisant des pinceaux, brosses et spatules, pour déplacer les pigments en suspension dans une gomme maléable avant d’avoir séché en durcissant à la lumière. Malgré la réaction violente des avant- gardes, l’école pictorialiste s’est maintenue jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.

Platine, métal plus précieux que l’argent ou que l’or, mais moins que le palladium. Les épreuves au platine ne semblent pas vieillir, les épreuves de l’après-guerre sont quasiment inaltérable et donc impossible à dater sans tampons ou inscriptions.

Autochrome, le triomphe photographique de la pomme de terre. Les pigments des trois couleurs élémentaires sont véhiculés par de minuscules fécules de pomme de terre facilement mélangeables.

Tableau de classement synoptique

L’idée d’un tableau pour aider à organiser une collection d’épreuves photographiques est le fruit d’une longue pratique empirique, d’échanges et de recherche d’indices matériels, de
discussion d’interprétations et de rapprochements d’épreuves.

Délaissant les sujets des images, ce modèle est construit sur les auteurs, caractérisés par leur nom, leur état ou condition (photographe de rue à Bogotá, soldat belge de 1914, médecin
de Saïgon). Il s’agit de les situer dans un repère général des espaces et des temps à deux dimensions. Les axes en sont élastiques : selon les contrées, les pratiques photographiques
ont gagné leur public à des instants décalés, mais toujours proches et repérables sur la chronologie de l’histoire générale – moins rigide que celle des histoires locales. Ainsi, les nations entrent dans en guerre à des moments différents. De même, le territoire d’une nation peut varier selon les époques ; il suffit de penser à la Pologne ou à l’Empire Ottoman. Les instants décisifs de l’histoire, tels ceux que Stefan Zweig dénomma Les Très Riches Heures de l’Humanité participent à la définition des périodes, telle la découverte de l’or en Californie (1848) ou l’arrivée du wagon plombé de Lénine (1917).

Le classement temporel ne l’emporte pas sur le géographique, et inversement. L’essentiel est de garder à l’esprit le repère à deux dimensions le plus simple possible.

Le modèle est composé de neuf larges périodes (1 à 9) et de dix-huit grandes régions (01 à 18). Ce qui nous donne un tableau périodique ou systématique de 162 cases pour organiser
toutes les épreuves, même anonymes ou non-identifiées.

Ce système favorise l’établissement de ce que les économistes dénomment des coupes instantanées (ou synchroniques) pour comparer ce qui se passe à un instant donné sous différentes latitudes. Selon l’autre axe, les coupes longitudinales (ou dynamiques) donnent des séries temporelles, décrivent la succession des écoles sur un territoire donné.

Une région est définie comme un lieu de création plutôt qu’un territoire administratif qui décerne des passeports. Les travaux d’un même photographe peuvent appartenir à deux
régions, s’il y a durablement séjourné. Raoul Hausmann réalisa des photographies en Allemagne (région 06) jusqu’en 1933, puis en Espagne (07), à Prague (04), enfin en France (01). Il est
né avec un passeport austro-hongrois et resta apatride après 1946, avant d’obtenir la citoyenneté allemande en 1968.

De même, l’échelle des temps s’entend du point de vue des périodes de création, à l’égal des écoles en peinture, toujours interrompues brutalement. Et les mêmes crises qui
précédent et provoquent guerres et révolutions transforment profondément les expressions et les représentations culturelles, ainsi que les échanges et les productions industrielles. L’origine des temps photographiques remonte à la fin du xviiie siècle.
Non seulement on pourrait écrire la chronique d’une invention
attendue (Cf la première phrase de la Petite Histoire de Walter Benjamin) mais la photographie est née elle aussi de l’abolition des monopoles et des lois sur les brevets adoptées à la suite des révolutions américaine (loi de 1790) et française (loi de 1791).

Depuis cette époque, la plupart des pays ont connu des périodes synchrones de développement (2, 4, 6, 8, pairs et noirs) alternées avec des crises violentes et destructrices (1, 3, 5, 7, 9, impairs et rouges). Pour préciser les 9 périodes nous allons emprunter plusieurs titres (en italique) à l’historien britannique d’origine égyptienne Eric John Hobsbawn, auteur des concepts du “long dix-neuvième siècle” et du “court vingtième siècle”.

Les travaux d’un photographe relèvent parfois de plusieurs périodes. Les vues aériennes de Steichen réalisées pour les forces alliées pendant la 1ère guerre (.5) sont fort différentes
des photogravures publiées peu avant (.4) dans “Camera Work”.

1e période : 1789-1848, l’âge des révolutions et des inventions, Nièpce, Talbot, Daguerre, Bayard, Morse, Petzval, Girault de Prangey, Gros, Goupil-Fesquet et les protophotographes.
2e : 1848-1870, l’âge d’or de la photographie, Le Gray, Fenton, Marville, Nadar, Cameron, Watkins, daguerréotypes, calotypes, collodion.
3e : 1865-1875, crise du capitalisme, invasion du Mexique, Guerre de Sécession, unité italienne, Siège et Commune de Paris.
4e : 1875-1914, l’âge des empires : Boulla, De Meyer, Coburn, Stieglitz, Steichen, Atget, Kodak et écoles pictorialistes.
5e : WWI 1914-1918(-22), première guerre mondiale, révolutions russes et mexicaines, usages militaires, Steichen.
6e : années 1920-1930, âge des avant-gardes, cinéma, publicité, photomontages, Man Ray, Evans, Cartier-Bresson, Hausmann.
7e : WWII (1933-)1939-1945, seconde guerre mondiale, précédée de la terreur en Allemagne et en URSS et de la Guerre d’Espagne, Robert Capa, Lee Miller.
8e : 1945-1989, reconstructions, décolonisations, démocraties populaires, Robert Frank, Robert Doisneau, photoclubs …
9e : depuis 1989 et la chute du Mur, âge du numérique. La photographie matérielle qui a participé de toutes les inventions fondamentales des xixe et xxe siècles, est devenue obsolète.

L’idée de coloriage de notre planète en 18 régions photographiques s’est précisée au fil des voyages, des visites de collections, et de l’intuition des photographies à découvrir, plus
nombreuses et variées que celles reproduites dans les manuels. Les photographies d’un explorateur finlandais retenu dans le Kamtchatka par la révolution d’octobre seront classées en 09. On ajoute deux nomenclatures pour les productions de photographes isolés géographiquement mais formant deux communautés dès l’origine : les photographes scientifiques et d’astronomie, les photographes de plateau des studios de cinéma.

01, 1ere région : collection française, patrie de Nièpce et Daguerre, (01.1), et des maîtres des périodes .2 et .6.
02, collection britannique, W.H.F. Talbot (02.1), nombreux calotypistes après l’abandon de son brevet, Fenton, Cameron.
03, Italie, dont le paysage ensoleillé attira tant les photographes, Flacheron, Normand, McPherson, Caneva, Alinari, Bragaglia, Giacomelli, Patellani, Secchiaroli (03.8).
04, Espagne et Portugal, zone singulièrement décalée par l’isolement et l’histoire politique de la péninsule.
05, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Suisse, Petzval à Vienne (05.1), dada, avant-gardes, République de Weimar, périodes de crises .3, .5, .7 particulièrement longues.
06, Est de l’Europe, Hongrie, Pologne, pays baltes, Bułhak, Moï Ver, Prague, Sudek, Drtikol, Tmej, Reichmann (06.8)
07, Nord de l’Europe, Scandinavie.
08, Russie d’Europe et Russie d’Asie, Boulla, pionniers de la photographie soviétique, Rodtchenko, Shaïkhet, Smelov.
09, Amérique du Nord, USA, Canada, région du monde la plus attachée aux développements de la photographie dès la 1e période avec Samuel Morse (09.1).
10, Mexique, dont la chronologie résonne étonnament avec celle de la Russie, Aubert, Casasola, Modotti, Alvarez Bravo.
11, Amérique du sud hispanique, Cuba, Panama, Colombie, Argentine, le Baron Gros fait école dans les Andes (11.1).
12, Amérique du sud non-hispanique Brésil, Guyanes, Antilles.
13, L’Orient, de la Méditerrannée à la Perse, la Grèce, Chypre, l’Égypte où Goupil-Fesquet réalisa la première photographie en présence du sultan, “le 7 novembre 1839 à 10h30 du matin”.
14, les Indes, où les officiers britanniques furent très tôt encouragés à s’exercer au calotype, Linneaus Tripe.
15, la Chine, l’indochine, le Vietnam. J.Thomson, Saunders, Gsell, Berenger.
16, Japon, Corées. Kimbei, Shima Kakoku, Eikoh Hosoe
17, Afrique et Pacifique, Mélanésie et Insulinde. Marins circumnavigateurs, Houzé (17.2), administrateurs coloniaux, Thomann, Rohan-Chabot, Cardozo (17.4), Sidibé, Peter Hugo.
18, les zones froides extrêmes, les Pôles, l’Islande et le Groenland.

19. Observatoires et laboratoires scientifiques, photographies de l’infiniment petit ou du cosmos.
20. Les studios de Cinéma sur toute la planète.

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