Paris.Photo.2006 (dixième édition) Incorrigibles Iconodules

15.11.2006 Silhouette de Dali

« Tu ne feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre » (Exode, 20-4)

En 787, menés par le négociateur Nicéphore, les Iconodules triomphent au Concile de Nicée contre le parti iconoclaste encouragé d’abord par Constantin V puis Léon IV.

En 1787, le jeune professeur Joseph Niepce se voit brusquement retirer sa classe de 5e et est relégué au rang de Préfet de pension à cause de sa légèreté et de son manque d’autorité sur les élèves qu’il amuse avec des ombres chinoises. Il adopte le prénom de Nicéphore

En août 1967. Salvador Dali annonce : « Je vais photographier Dieu » et entreprends la réalisation de daguerreotypes dans sa maison de Port-Lligat :

« …le tableau que je viens de terminer, la Pêche aux thons, il s’agit pour la première fois d’un espace et d’une conception du monde limitée, donc la conception absoluement à l’opposé de celle de Pascal, l’angoisse duquel nous conduisait aux abîmes insondables des immensités infinies. L’espace de ce tableau est limité par les deux barques qui, s’apprachant et en tirant les filets, réduisent de plus en plus l’espace vital de cette biologie grouillante, de cette naissance collective des fonds abyssaux de la mer..; nous voyons les sardines et les anchois au dernier moment gicler dans tous les sens comme de véritables particules élémentaires. En effet, les protons, les anti-protons, les pimessons et toutes les dernières particules intra-atomiques sont absolument et d’une façon totalitaire chargées d’une énergie violente et uniquement explicable par les limitesde l’univers. Si l’univers était sans limites, l’idée même de l’énergie serait impensable et impossible de concevoir…
Mon grand ami, l’architecte Fundar m’a donné une équation mathématique pour prouver qu’à l’envers de l’angoisse existentialiste de Pascal, tout converge dans notre planète et, dans cette planète, dans la région de Perpignan où l’homme a établi l’étalon-mètre..; étalon qui servira à Dali et à ses collaborateurs Thomas d’Hoste et James, ensemble avec M. Marquet des Poids et Mesures du Ministère de l’Industrie pour obtenir sur une plaque daguerréotype, c’est-à-dire [avec la technique] la plus rétrograde, la dernière idée la plus méticuleusement pseudo-scientifique et sûrement mathématique : la première photographie de Dieu.

Parce qu’il se peut qu’un des grands responsables et du discrédit de l’idée de Dieu des temps modernes est justement Michel-Ange et les peintres de la renaissance lesquels ont peint une image de Dieu le représentant avec des grandes barbes et style radical-socialiste, espèce de Jaurès, orateur et grandiloquent, et c’est certain que la jeunesse de maintenant ne peut pas se satisfaire ni donner crédit à ces images naïves de Dieu. »

(« Interview de Salvador Dali » , Port LLigat, Août 1967, réalisation : Gérard Thomas d’Hoste ; son : Jacques James)
(Note : La Pêche aux thons est aujourd’hui sur l’île de Bendor, à la Fondation Paul Ricard)

15.11.2006. Machine à penser

« Première photographie de Dieu » Projet de Salvador Dali. Opérateurs : Gérard Thomas d’Hoste et Jacques James. Port Lligat, août 1967

Quatre daguerréotypes (1-Machine à penser, 2-Silhouette, 3-Portrait, 4-Port-Lligat)
1 vidéo (Divin Dali)
1 dépêche de l’AFP (Salvador Dali : « Je vais photographier Dieu »)
1 tapuscrit « Interview de Salvador Dali »
2 tapuscrits de Gérard Thomas d’Hoste (« Daguerréotypie chez Salvador Dali », 7 pages et « Nous sommes ici en Espagne », 3 pages)
1 reportage photographique inédit autour de l’expérience (7 épreuves N&B et couleurs)
1 magazine PHOTO, N°5, janvier 1968, (reportage pages 46 à 49)
Catalogue de l’exposition de Perpignan (Salvador Dalí et les plus grands photographes de son siècle, été 2004).

« Je vais photographier Dieu »
Depeche (AFP)

« Interview de Salvador Dali »
Port LLigat, Août 1967, réalisation : Gérard Thomas d’Hoste ; son : Jacques James
« …le tableau que je viens de terminer, la Pêche aux thons, il s’agit pour la première fois d’un espace et d’une conception du monde limitée, donc la conception absoluement à l’opposé de celle de Pascal, l’angoisse duquel nous conduisait aux abîmes insondables des immensités infinies. L’espace de ce tableau est limité par les deux barques qui, s’apprachant et en tirant les filets, réduisent de plus en plus l’espace vital de cette biologie grouillante, de cette naissance collective des fonds abyssaux de la mer..; nous voyons les sardines et les anchois au dernier moment gicler dans tous les sens comme de véritables particules élémentaires. En effet, les protons, les anti-protons, les pimessons et toutes les dernières particules intra-atomiques sont absolument et d’une façon totalitaire chargées d’une énergie violente et uniquement explicable par les limitesde l’univers. Si l’univers était sans limites, l’idée même de l’énergie serait impensable et impossible de concevoir…
Mon grand ami, l’architecte Fundar m’a donné une équation mathématique pour prouver qu’à l’envers de l’angoisse existentialiste de Pascal, tout converge dans notre planète et, dans cette planète, dans la région de Perpignan où l’homme a établi l’étalon-mètre..; étalon qui servira à Dali et à ses collaborateurs Thomas d’Hoste et James, ensemble avec M. Marquet des Poids et Mesures du Ministère de l’Industrie pour obtenir sur une plaque daguerréotype, c’est-à-dire [avec la technique] la plus rétrograde, la dernière idée la plus méticuleusement pseudo-scientifique et sûrement mathématique : la première photographie de Dieu.

Parce qu’il se peut qu’un des grands responsables et du discrédit de l’idée de Dieu des temps modernes est justement Michel-Ange et les peintres de la renaissance lesquels ont peint une image de Dieu le représentant avec des grandes barbes et style radical-socialiste, espèce de Jaurès, orateur et grandiloquent, et c’est certain que la jeunesse de maintenant ne peut pas se satisfaire ni donner crédit à ces images naïves de Dieu. »

(Note : La Pêche aux thons est aujourd’hui sur l’île de Bendor, à la Fondation Paul Ricard)

Notice tapuscrite intitulée : « Daguerreotypie chez Salvador Dali, Port Lligat, Août 1967 »
« Ayant retrouvé dans le grenier d’un ami des plaques vieilles de 125 ans non utilisées, l’idée me vint de revivre l’aventuire des premiers daguerréotypistes. La notice d’emploi me fut facile à trouver. Il m’a suffit de consulter à la Bibliothèque nationale, un specimen de la notice originale de Daguerre. J’étais donc dans les conditions exactes des premiers photographes, avec le même matériel et la même notice d’emploi, telle qu’elle fut révélée au monde le 19 août 1839 à l’Académie des Sciences de Paris par Arago.
Par ailleurs, j’ai eu la grande chance de collaborer comme opérateur à des séquences de film réalisées par Salvador Dali. En juin 1966, alors que je me trouvais à Port-Lligat, dans sa résidence, je fis part au maître de mon désir de refaire des daguerréotypes…
Un an après, en août 1967, je sonnais à sa porte, accompagné d’un précieux assistant et ami, Jacques James, et muni de tout le matériel nécessaire. Le maître nous fit un accueil chaleureux et Gala, son épouse, s’intéressa personnellement à ce projet. L’appareil, une authentique chambre daguerréotype, toute en bois, plut énormément à Dali. Il me demanda de la lui confier quelques jours et de la mettre dans son atelier, près du chevalier de Meissonnier.
Dali nous confia un projet qui lui tenait à cœur, celui de réaliser la première photographie de Dieu, en partie à l’aide du procédé daguerréotype.
Comme nous insistions sur les limites sd notre technique, Dali nous rassura en nous demandant simplement de bien maîtriser le procédé de Daguerre ; depuis, Dali s’est longuement expliqué auprès du public de ce projet de photographier Dieu.
Il nous ramena sur terre en nous fournissant les éléments d’une nature morte pour notre premier exercice : sa Machine à penser, deux agrandissements de structure d’œil de mouche et un circuit électronique imprimé.
Pour un simple problème de ravitaillement en eau distillée, il nous a fallu quelques essais. Au bout de trois jours, finalement, en posant 12 minutes en plein soleil, nous avons obtenu un daguerréotype de cette nature morte (page 2).
Tout heureux de cette première réussite, nous présentions notre œuvre au maître… (page 3).
Quand il s’est agi pour nous d’entreprendre le portrait de Dali, mon ami James terminait la sensibilisation de la plaque en chambre noire pendant que je commençais à installer ma chambre daguerréotype et à faire poser le maître. Une fois le sujet cadré et mis au point, je remplaçais le plus rapidement possible le dépoli par la plaque récemment sensibilisée. Pendant 12 minutes en plein soleil, nous laissions le tout en place, obturateur ouvert (page 4).
Nous avions un modèle exceptionnel. Cela, je l’ai apprécié d’autant plus que nous ne disposions pas d’appuie-tête et c’est contre le mur blanc, surchauffé de soleil que Dali a subi pendant 12 minutes le supplice de la pose face à l’objectif.
Mais nous avons été surpris de ne voir apparaître que la silhouette du visage alors que le costume était bien venu…
Nous avons cherché une explication à cette anomalie. En fait nos plaques n’étaient pratiquement pas sensibles à la lumière autre que la blanche et la bleue. Il était donc normal que le teint très bronzé de Dali n’impressionne pas nos plaques.
En relisant des notices plus récentes, en particulier celle d’un élève de Daguerre, Richebourg, de 1842, nous avons changé notre méthode de sensibilisation..; et nous avons pu obtenir en 3 minutes de pose, un portrait de Dali dont les traits sont, cette fois, nettement visibles.
Après une dernière plaque préparée selon la méthode originale de Daguerre, nous obtenions en 12 minutes de pose, un daguerréotype de la maison de Dali.
De nos expériences, nous avons conservé, en tout quatre plaques, obtenues après de nombreuses heures de labeur.
Gérard Thomas d’Hoste (6 décembre 1968)

PHOTO, N°5, janvier 1968, pages 46 à 49 : longue description technique, composés chimiques, temps de préparations, quelques détails graveleux, pour yun public de lecteurs techniciens.

Nicole MARQUET : Le maître Salvador Dali et le mètre étalon
par la fille de Louis Marquet+, Ingénieur divisionnaire des travaux métrologiques
Pour le peintre Salvador Dali, Perpignan était le « centre du Monde », parce que, chaque année, en octobre, c’est là qu’il mettait dans le train pour Paris, les travaux qu’il avait fait pendant l’été, d’où une grande angoisse: auront-ils du succès ? C’est cette angoisse qui rendait le lieu important pour lui.
Mais Perpignan a joué un rôle dans l’Histoire de la Métrologie: la base terminale de la triangulation effectuée, depuis Dunkerque, par Delambre et Méchain, entre 1792 et 1798, se trouve entre Perpignan et Le Vernet. Bien sûr, la gare de Perpignan n’existait pas, à l’époque… mais cela a intéressé Dali.
Mon père, Louis Marquet, responsable du Service de documentation du SIM, a participé à un « Journal inattendu », à midi, sur RTL, le samedi 6 mai 1967, avec le peintre Salvador Dali comme « rédacteur en chef », pour raconter les péripéties de cette triangulation.
À la fin de l’émission, mon père a parlé de la « nouvelle » définition du mètre, avec la longueur d’onde du krypton. Cela a enchanté Dali, qui s’est écrié: « Krrrrypton !! Ce sera le mot final de cette émission ! ».
Dali demanda à mon père de lui rédiger un texte pour le livre qu’il allait publier. Ce fut « Le Rôle de Perpignan dans la détermination du mètre », en Annexe 2, pages 261 à 277 du livre « Les passions selon Dali », qui parut aux éditions Denoël en mars 1968, et dans lequel Dali explicite sa « photo de Dieu »: « un homme merveilleux qui, sur la pellicule, aurait la hauteur exacte du mètre étalon. Ce sera un acte de foi purissime, dans la tradition spirituelle médiévale ».
Mais Dali voulait aussi voir un mètre étalon, ce qui est difficile pour l’original; mon père obtint l’autorisation du Chef du SIM pour en apporter une copie à Dali, dans sa maison de Port-Lligat, près de Cadaquès, au nord de Barcelone.
Par une matinée ensoleillée d’août 1968, nous avons été accueillis par Dali, qui peignait « la Pêche au thon », dans ce lieu insolite, qui réunit par des escaliers, plusieurs cabanes de pêcheurs.
Dali nous expliqua : « J’ai demandé à des évêques si l’on pouvait faire une photo de Dieu, car il est partout représenté comme un Jean-Jaurès barbu, cela ne me plaît pas. Dieu a créé l’Homme, et l’homme a créé le Système métrique. Si je prends un homme parfait et un mètre-étalon, j’aurai une photo de Dieu. »
Mon père lui montra la copie du mètre-étalon (apportée de Paris, au milieu des valises, du parasol et des paniers…) et lui fit remarquer la section en « X » asymétrique, en lui donnant une notice avec le schéma détaillé de cette section et ses dimensions.
Dali prit le mètre dans ses mains, l’examina et s’exclama: « Très intérrrressant ! Je découvrrrre des rrraporrrts géométrrriques parrrticuliers dans cette strrructurrre ! Je vais étudier tout cela ! »
Mon père demanda à Dali de lui dédicacer l’exemplaire du livre qu’il venait de recevoir. Et Dali dessina, à main levée et au stylo-bille bleu, un Don Quichotte, tenant à la main un mètre-étalon, et écrivit: « à Louis Marquet, Don Quichotte du mètre », au dessus de sa signature.
Dali a « compliqué » sa « Photo de Dieu », en utilisant un hologramme. L’opération eut lieu en septembre 1968, au Centre Audiovisuel de l’École Normale Supérieure de St-Cloud, où mon père représentait le SIM. Une photo des participants, avec Dali devant le laser, a été publiée dans l’article « Surréalisme, métrologie et métaphysique », de la « Revue de métrologie » de novembre 1968, pages 651 à 654.

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