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30.04.2016 Gustave Le Gray en français dans le texte. Quelques extraits

« Parmi les inventions de notre époque, la photographie est une de celles qui sont appelées à rendre le plus de services à l’art.

Son influence sur la peinture sera d’une portée immense; car en même temps qu’elle éclaire le peintre sur les difficultés de son art, elle épure le goût du public, en l’habituant à voir la nature reproduite dans toute sa fidélité, et souvent avec des effets d’un goût et d’un sentiment exquis.

Déjà on a pu se convaincre de cette influence par les dernières expositions des tableaux. Les mauvais portraits y étaient plus rares et l’effet dans les compositions généralement mieux entendu.

Les toiles qui attiraient le plus l’attention du public étaient justement celles qui approchaient le plus du rendu de sentiment d’une belle épreuve photographique.

Certes, je suis loin d’entendre par là qu’ une bonne peinture doit avoir l’exécution minutieuse, microscopique d’une plaque daguerrienne.

A mon point de vue, la beauté artistique d’une épreuve photographique consiste au contraire presque toujours dans le sacrifice de certains détails, de manière à produire une mise à l’effet qui va quelquefois jusqu’au sublime de l’art.

Aussi est-ce surtout entre les mains des artistes que l’instrument de Daguerre peut arriver à donner des résultats complets. En variant la mise au point, le temps de la pose, l’artiste peut faire valoir ou
sacrifier telle ou telle partie, produire un effet puissant d’ombres et de clairs, ou bien un effet d’une douceur et d’une suavité extrêmes, et cela en copiant le même site, le même modèle.

Il n’y a donc vraiment que l’artiste ou l’homme de goût qui puisse obtenir sûrement une oeuvre parfaite à l’aide d’un instrument capable de rendre le même objet avec une variété d’interprétation infinie,
puisque lui seul a l’intuition de l’effet qui convient le mieux au sujet qu’il reproduit.

Depuis son origine, la photographie a fait des progrès rapides, immenses sous le rapport des procédés mécaniques. Ceux qu’il lui reste à faire seront produits lorsque le goût de ceux qui s’en occupent
sera épuré.

Cette tâche à remplir appartient, à mon avis, à l’administration des musées seule.

C’est en admettant au salon, au milieu des productions des artistes, les bonnes épreuves photographiques qu’elle encouragera ceux qui s occupent de cet art nouveau à persévérer dans leurs efforts.

Ne pas prendre celte mesure, c’est enlever aux photographistes sérieux l’occasion et le moyen d’être justement appréciés; c’est les abandonner à un public dont le goût n’est pas encore formé, et qui
préfère les enluminures aux oeuvres vraiment artistiques; c’est jeter le dégoût dans leur esprit, c’est tuer la photographie dans son berceau.

L’administration des beaux-arts doit des encouragements à la photographie comme à toutes les autres branches de l’art. La meilleure manière d’atteindre le but serait à coup sûr d’exciter l’émulation de ceux
qui s’en occupent, en détruisant le préjugé si faux qu’il n’y a pas d’art à faire une belle épreuve, et que tout le mérite en appartient à la machine. Chacun s’étonne et regrette que l’administration ait refusé jusqu’à ce jour d’entrer dans cette voie; mais on espère aussi généralement qu’il n’en sera pas de même à l’avenir, et que la direction des musées, mieux éclairée sur la portée et les services de la photographie, lui accordera l’année prochaine son droit de cité.

Le mot photographie (ο?χ>ς, lumière, ypzow, j’écris) a été consacré par l’usage pour désigner plus particulièrement la reproduction sur papier de l’image formée dans la chambre noire.

Stimulé par les découvertes de Niepce et de Daguerre, M. Talbot le premier, en Angleterre, se livra à des recherches sérieuses sur cet art, et les divulgua par la publication de son procédé qu’il désigna sous le nom de Talbotype et de calotype.

Depuis la publication du procédé de M. Talbot, aucun agent chimique impressionnable à la lumière plus sensible que les sels d’argent n’a été trouvé.

Personnellement, je les ai expérimentés presque tous, à l’exception des composés du platine, sans rien trouver de mieux. (…)

Ces expériences ont été faites par moi avec toutes les variétés de dosage, et les papiers étant mis en même temps sur l’acéto-nitrate d’argent et exposés tous ensemble à la lumière à l’aide d’un écran découpé de quatre étoiles : donc pas de doute.

En employant ces triples sels d’argent à l’état naissant, j’ai obtenu des épreuves en deux secondes à l’ombre dans la belle saison; et l’hiver, par le temps de brouillard le plus défavorable, trente secondes me suffisaient pour un portrait. Mon papier ciré employé à sec me donne la même rapidité de sensibilité.

La lumière d’une bougie elle-même a une action très-puissante sur cette préparation, puisque j’ai obtenu en trois minutes l’image de la flamme.

Λ mon avis, le procédé chimique a peu de progrès à faire.

Toute la question maintenant gît dans la fabrication du papier. Il serait à désirer que les fabricants en fissent un spécial où il n’y ait pas de grain de trame.

Malheureusement ces messieurs se résolvent bien difficilement aux innovations. Ils se contentent, comme ont fait les dépositaires des frères Canson, à Paris, de marquer en grosses lettres des mots positifs et négatifs les veines de papier que les autres praticiens et moi leur avons indiquées comme bonnes, et alors ils nous les font payer plus cher. En attendant mieux, je me suis efforcé d’améliorer celui qui se trouve dans le commerce; je regarde même la difficulté comme étant aujourd’hui complètement résolue par remploi de la méthode que je vais indiquer dans les chapitres suivants.

L’épreuve sur verre a bien toute la finesse désirable, il est vrai, mais elle paye cette qualité par de nombreux inconvénients. Le verre est difficile à préparer, fragile, embarrassant en voyage et moins rapide à recevoir l’image. Si l’on ajoute quelques substances à l’albumine, comme les miels et les sucres, l’épreuve s’écaille et éclate presque toujours à la première épreuve positive que l’on veut tirer.

L’épreuve sur verre est tellement fine qu’elle en devient dure et sèche. Elle est presque généralement d’un aspect faux comme relation de tons entre les lumières et les ombres, et ne rend pas l’impression de la nature. C’est là, je crois, une fausse route dont on commence à revenir.

L’épreuve sur verre à l’aide du collodion offre bien un certain avantage sous le rapport de la finesse et de la rapidité, ce qui peut être très-précieux pour les portraits; mais sa fragilité, qui me l’avait fait abandonner après la découverte que j’en fis en 1849, la laisse encore inférieure au papier.

Je ne désespère pas d’arriver sous peu à obtenir d’une manière constante avec le même agent (le collodion ) une rapidité aussi grande sur papier sec. Des expériences que je poursuis en ce moment viennent tous les jours me confirmer dans ce sentiment.

L’avenir de la photographie, je persiste à le croire, est tout entier dans le papier. Je ne saurais trop engager l’amateur à y diriger toute son attention et ses études, il n’est pas douteux qu’on arrive bientôt à obtenir sur papier tout autant de finesse et plus d’effet artistique.

Il n’est personne qui ne convienne avec moi qu’il sera toujours plus agréable, plus commode pour le voyage de n’avoir à emporter avec soi que du papier au lieu du verre, qui est si pesant et si fragile.

Aussi est-ce pour ces motifs que je ne pense pas que quelques-uns des résultats précieux que l’on peut obtenir sur verre puissent contre-balancer un instant les avantages du procédé sur papier.

(…)

Le procédé que je mets en tête de cet ouvrage, sous le titre de procédé sec, est celui à l’aide duquel j’opère journellement. Je le recommande tout spécialement à l’attention des amateurs de photographie, comme donnant les résultats les plus complets, tant pour la facilité des manipulations que pour la
beauté des épreuves.

Plus d’une année de résultats constants lui donne une consécration telle qu’il n’est plus permis de mettre en doute sa bonté.

Le pouvoir de conserver le papier sensible et prêt à mettre à la chambre noire, pendant plus de quinze jours, n’est pas le seul avantage qu’offre ce procédé. Une de ses premières qualités est de donner des demi-teintes parfaites, comme on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur la collection d’épreuves des monuments historiques que j’ai exécutée pour le ministère de l’intérieur.

Il donne un bon portrait à l’ombre dans un temps qui varie entre trente secondes et une minute; moins rapide en cela que le collodion sur verre, il donne en revanche des effets plus artistiques. Je dois engager toutes les personnes qui voudront réussir avec ce procédé à n’omettre aucune des manipulations que j’indique, et à suivre avec exactitude mes formules; elles sont établies avec une proportion qui est basée sur les poids atomiques qui régissent la
composition des corps. Si l’on venait à augmenter ou à diminuer la proportion d’une des solutions, il faudrait également changer celle des autres, sous peine de ne plus obtenir de résultats satisfaisants.

Toutes les personnes qui ont suivi avec soin mes indications ont complétement réussi après un peu de persévérance. Il me suffira, pour convaincre les plus incrédules, de citer parmi elles MM. le vicomte Vigier, le comte Olympe Aguado, Mestral, Le Secq, Sauveur, Girard, Benjamin Delessert, comte d’Haussonville, Avril, Piot, Peccarere, dont chacun a pu admirer les épreuves.

(…)

Peut-être trouvera-t-on que ces manipulations élèvent le prix de revient d’une épreuve, et par les soins à y donner, et par la dépense de produits chimiques coûteux.

Je ferai observer que ce sont là des considérations auxquelles on ne doit pas s’attacher.

Le progrès de la photographie n’est pas dans le bon marché, mais bien dans la qualité d’une épreuve.

Si une épreuve est belle, complète et durable, elle devient d’une valeur intrinsèque devant laquelle le prix de revient disparaît entièrement.

Pour moi, j’émets le voeu que la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l’industrie, du commerce, rentre dans celui de l’art. C’est là sa seule, sa véritable place, et c’est dans cette voie que je chercherai toujours à la faire progresser. C’est aux hommes qui s’attachent à son progrès de se pénétrer de ce principe. Chercher à diminuer le prix des épreuves, avant de trouver les moyens de faire des oeuvres complètes, serait s’exposer à perdre à tout jamais l’avenir de notre art si intéressant.

J’ai mis en pratique ces procédés dans mes ateliers du chemin de ronde de la barrière de Clichy, où une organisation entendue me permet de fournir au commerce 100 épreuves positives par jour, dont la solidité est à l’épreuve de l’action du temps.

Aucun soin, aucune dépense n’ont été négligés par moi pour arriver à la perfection des produits ; aussi engagerai-je les éditeurs, désireux de produire de beaux et durables ouvrages, à venir visiter mon établissement.

(…)

Le collodion est une substance employée de-
puis plusieurs années en médecine pour fermer les
plaies fraîchement faites. C’est une dissolution de
coton-poudre dans l’éther sulfurique additionné d’al-
cool, qui présente un aspect mucilagineux comme une
dissolution de gomme arabique, et laisse, après
l’évaporation de l’éther alcoolisé, une pellicule très-
transparente et assez tenace, qui ressemble à une
feuille de papier-glace. Je fus le premier à appliquer
le collodion à la photographie. Mes premières expé-
riences datent de 1849. Je me servais alors principa-
lement de cette substance pour donner au papier
plus de finesse et d’égalité. J’employais à cet effet
une solution d’iodure de potassium dans l’alcool à
40 degrés, saturé de collodion.

En continuant ces études, je fus conduit à appli-
quer ce corps sur glace pour obtenir plus de finesse,et je fus bientôt en possession d’un procédé extrê-
mement rapide que je consignai à la fin de la brochure
que je publiai en 1850, et qui fut traduite en An-
gleterre à la même époque.

J’indiquai déjà à ce moment le proto-sulfate de fer
pour développer l image, l’ammoniaque et les fluo-
rures, comme agents accélérateurs, et j’annonçais,
le premier, avoir obtenu par ce moyen des portraits
en 5 secondes à l’ombre.

On se sert généralement maintenant de l’acide
pyro-gallique à la place du sulfate de fer que j’avais
indiqué; mais c’est à tort, ce dernier sel formant
l image beaucoup plus rapidement et mieux, en per-
mettant de laisser moins de temps à la pose de la
chambre noire.

Je crois donc être en droit de revendiquer pour
mon pays et moi l’invention du procédé soi-disant
anglais, comme ayant été le premier à indiquer le
collodion et à donner la méthode la plus sensible qui
ait été trouvée jusqu’à ce jour.

Depuis la publication de mon procédé jusqu’à mon
retour du voyage que j’ai fait pour le ministère, je
me suis peu occupé de le pratiquer, mes travaux sur
papier sec ayant pris tout mon temps. On a fait de
cela une arme contre moi, pour dire que les premiers
essais, avant de marcher, avaient été sûrement infruc-
tueux, puisqu’ils n’avaient eu aucun retentissement.

Cependant j’ai livré ma découverte complète à la
publicité, et si je l’ai peu pratiquée, laissant à d’autres le soin de la faire grandir, ce n’a été que pour
m’occuper d’autres travaux dont le public a encore
profité. Il est donc d’autant moins généreux de vou-
loir me dépouiller du mérite de son invention.

Je vais donner ici un exposé pratique du procédé
et des perfectionnements que j’y ai apportés, tant
dans les manipulations que dans les dosages.

(…)

REPORT SUR PAPIER DE L’ÉPREUVE NÉGATIVE
SUR GLACES AU COLLODION.

§ 34. —Je pratique avec succès le report sur pa-
pier de l’épreuve négative sur collodion par le pro-
cédé suivant :

Je prends l’épreuve sur verre fixée, soit par l’hy-
posulfite de soude, soit par le sulfate de peroxyde de
fer; je la plonge dans un bain d’eau acidulée par
l’acide acétique, et l’y laisse jusqu’à ce qu’un des
angles du collodion commence à se soulever. A ce
moment, je l’en retire pour la soumettre à l’action
d’un filet d’eau très-fin, que j’obtiens en ouvrant
très-peu le robinet d’une fontaine.

Je fais ainsi couler l’eau entre la couche de col-
lodion et la glace, sous l’angle qui est soulevé. Il
faut agir avec précaution et patience, et ne pas faire
tomber l’eau sur la couche de collodion môme, mais
bien sur le bord de la glace qui est à nu, en tenant, bien entendu, la glace inclinée vers le bas, du côté
qui n’est pas détaché. En quelques minutes, je sou-
lève ainsi très-facilement le collodion de la glace. (…) J’ai ainsi la couche de collodion qui reste adhé-
rente au papier, mais qui présente encore quelques
ondulations et quelquefois retient encore des bulles
d’air.

Pour faire disparaître ces imperfections, je prends
la seconde feuille de papier blanc préparée précé-
demment, et j’applique le côté passé à la dextrine sur
l’ épreuve, de manière qu’elle reste emprisonnée
entre les deux papiers.

Je laisse le tout dans la même position sur la glace
la plus grande, et mettant quelques feuilles de pa-
pier buvard très-uni sur le dernier papier appliqué,
j’appuie fortement avec la main, frictionnant de tous
côtés de manière à chasser l’excédant de dextrine.

Je renouvelle et passe sur le tout un brunissoir
plat d’agate ou de marbre, de manière à assurer le
contact parfait, puis j’enlève l’épreuve ainsi fixée
et je la laisse sécher.

Je la cire ensuite par les moyens ordinaires, et
j’obtiens une épreuve négative parfaite et indestruc-
tible, qui me fournit des épreuves positives d une
finesse identique à celles obtenues directement avec
la glace.

(…)

Outre l’indestructibilité de l’épreuve, ce procédé
offre l’avantage de pouvoir réparer sur le négatif les
petits points blancs ou les accidents qui peuvent être
survenus sur les bords ou le fond de l’épreuve.

PRÉPARATION DU VERRE A L’ALBUMINE.

§ 35. — Ces préparations sont basées sur la pro-
priété qu’a l’albumine de devenir insoluble complé-
tement par la chaleur.

C’est à M. Niepce de Saint-Victor, neveu, qu’est
due la découverte de l’application de ce corps à la
photographie sur verre.

C’est lui qui, le premier, continuant dans une
autre voie les essais sur verre faits par son oncle,
est arrivé à des résultats satisfaisants; c’est à ses
efforts incessants et à la franchise avec laquelle il a
publié ses découvertes que nous devons les belles
épreuves obtenues aujourd’hui.

Prenez des blancs d’oeufs, ajoutez-y par 100 gr.
1 gr. d’iodure de potassium ou d’iodure d’ammonia-
que. Battez en neige ce mélange; laissez-le reposer
une nuit, et le lendemain décantez le liquide visqueux qui s’est déposé, pour vous en servir à la préparation
de vos glaces.

A cet effet, prenez de la glace mince, ou mieux en-
core de la glace dépolie, sur laquelle l’adhérence est
plus complète. Vous la faites couper à la grandeur
de vos châssis et roder sur les bords.

Avant d’appliquer la préparation sur la glace, il
faut avoir soin de la bien laver à l’eau et de l’es-
suyer parfaitement avec du papier de soie.

On la pose alors sur une feuille de papier blanc, et
on la polit parfaitement avec un tampon de coton en
évitant de la toucher avec les doigts.

La réussite de l’épreuve est due en grande partie
à l’égalité de la couche d’albumine et à la propreté
de la glace.

Pour l’obtenir, posez une de vos glaces bien hori-
zontalement sur un trépied à caler, et assurez-vous
de l’horizontalité à l’aide d’un petit niveau d’eau
que l’on promène dessus en tous sens. Versez alors
dessus une quantité d’albumine surabondante.

Vous saisissez la glace entre les mains et l’inclinez
légèrement en tous sens pour bien étendre la couche
partout; puis l’inclinant par un angle, vous épan-
chez complétement le liquide de manière qu’il n’en
reste plus qu’une couche infiniment mince. Vous
essuyez enfin les bords avec du papier de soie et
reposez la glace sur le trépied horizontal pour l’y
laisser sécher en la tenant à l’abri de la poussière à
l’aide d’un carton que l’on suspend au-dessus.

(…)

Les glaces ainsi préparées peuvent se conserver
un ou deux jours avant d’être exposées à la chambre
noire.

(…)

QUELQUES OBSERVATIONS

RELATIVES A LA PRISE DES POINTS DE VUE.

§ 36. — Lorsque l’on veut prendre une vue, il
faut avoir bien soin de ne pas vouloir faire l’image
trop grande, de manière à courber les lignes qui
doivent être droites.

La distance de l’objet à copier doit être de trois
ou quatre fois son plus grand côté, pour n’obtenir
aucune déformation.

Lorsque le recul nécessaire manque avec un ob-
jectif normal, pour avoir l’ensemble d’un site, il vaut
mieux alors employer celui de demi-plaque et faire
une épreuve plus petite.

Il faut aussi bien se pénétrer que plus on est près
de l’objet à copier, plus il faut de temps pour l’ex-
position à la chambre noire. La végétation et tous
les objets verts en général demandent aussi un temps
plus considérable.

(…)

DE L’OBJECTIF.

§ 39. — Le choix de l’objectif est des plus impor-
tants pour la réussite des belles épreuves.

Pour les monuments, le paysage et les reproduc-
tions, l’objectif normal est ce qu’il y a de supérieur.
Je trouve indispensable qu’il ait un long foyer.

Pour les portraits, un objectif à doubles verres
combinés est nécessaire.

Les lentilles doubles, allemandes, grande plaque,
donnent de très-bons résultats, mais centralisent un
peu trop la lumière; elles opèrent plus vite que les
nôtres par cette raison.

Depuis quelque temps MM. Lerebours et Sccretan
ont construit des objectifs à portrait de 36 lignes et
de 48 lignes de diamètre, qui rivalisent avec avan-
tage avec les objectifs allemands.

Ils ont l’immense supériorité de n’avoir pas de foyer chimique, et de donner en même temps au-
tant de rapidité.

Dans le choix de ce genre d’objectifs, il faut re-
chercher ceux qui donnent l’image nette sur la plus
grande étendue possible, et ne pas s attacher trop à la
grande rapidité.

Une image est bien plus belle lorsqu’elle présente
un aspect bien net dans tout son ensemble que lors-
qu’elle est centralisée.

Il faut aussi bien s’assurer que le foyer chimique
de l’objectif coïncide parfaitement avec le foyer ap-
parent, remarque très-importante qui est
due à M. Claudet : Des principaux phénomènes de photographie, 1850, chez Le-
rebours et Secretan ,13, Pont-Neuf.

(…)

Je me trouve parfaitement bien de nos objectifs
français, système allemand, et je ne me sers pas
d’autres pour mes portraits.

Le foyer en est un peu plus long que dans les
objectifs allemands, et l’image est plus également
nette. Mais il faut avoir soin de s’adresser à un
bon opticien.

Ceux de demi-plaque de MM. Lerebours et Se-
cretan sont remarquables aussi par leur grande net-
teté et leur rapidité, et je les recommande à l’ama-
teur qui ne veut pas faire la dépense d’un grand
objectif. Ils m’ont donné des portraits très-beaux, et
méritent la réputation dont ils jouissent.

Avec un objectif normal pour le monument, et
un demi pour le portrait, l’amateur a tout ce qui lui
est nécessaire. (…) J’obtiens ainsi un portrait en dix secondes à
l’ombre et une ou deux secondes au soleil avec le
papier sec.

OBSERVATIONS

ΡΟUR LA BONNE EXÉCUTION DES PORTRAITS ET LA REPRO-
DUCTION DES PLAQUES DAGUERRIENNES ET DES TABLEAUX

A L’HUILE.

§40. — L’effet est une des conditions absolues
pour qu’un portrait soit agréable. On ne doit donc
rien négliger pour y arriver.

Le modèle doit toujours être à l’ombre et avoir
un côté de la figure un peu plus éclairé que l’autre.

Il ne faut jamais que la tète soit dans la même
direction que les épaules, cela manque d’élégance;
si la tête est de face, il faut mettre le corps de trois
quarts, et réciproquement.

La lumière que l’on obtient près d’une grande fe-
nêtre est très-bonne pour son exécution, mais il faut
avoir soin de mettre en face de la fenêtre une ten-
ture blanche qui vienne projeter des reflets dans la
partie qui est dans l’ombre. On obtiendrait sans cela un passage trop brusque du clair au noir qui ne se-
rait pas harmonieux.

Une glace disposée de manière à renvoyer les
rayons lumineux sur la partie de la figure dans l’om-
bre, donne aussi de très-beaux effets.

On pose le modèle entre les rayons directs de la
fenêtre et ceux réfléchis par la tenture blanche ou
la glace.

La lumière diffuse extérieure est très-bonne aussi
et agit bien plus rapidement; mais, dans ce cas, il
faut au contraire mettre sur un des cotés de son mo-
dèle une tenture très-foncée, afin de ménager des
ombres.

Sans ces précautions, on manquerait presque
toujours d’effet.

Il faut avoir soin que la tète soit l’Objet le plus
saillant et le plus net de l’image, et s’attacher à
mettre par conséquent plus scrupuleusement au point
sur elle.

Je fais avec beaucoup de succès la copie des
plaques sur papier; pour cela je me sers de l’objectif
simple normal, que j’adapte à une chambre noire
de 50 centimètres à 1 mètre de foyer.

Je recouvre tout le devant de la chambre noire et
l’objectif d’un linge noir où est seulement ménagée
une ouverture de la grandeur du diaphragme.

Par ce moyen, j’obtiens une intensité remarquable
dans les noirs de l’épreuve et j’évite les reflets dans
la plaque.

Le jour doit arriver sur la plaque par rayons
obliques, de manière qu’il n’y ait jamais de rayons
réfléchis à angle droit dans l’objectif.

J’obtiens ainsi une image depuis la grandeur égale
jusqu’au double et au triple. AGRANDISSEMENT

Les mêmes précautions doivent être prises pour
la copie de tableaux à l’huile.

Il faut généralement prolonger l’exposition à la
chambre noire pour une copie de plaque à grandeur
égale pendant un quart d’heure ou une demi-heure,
et plus si l’on fait plus grand.

Lorsque je fais un portrait assis, les genoux et les
mains arrivent toujours beaucoup trop en avant pour
pouvoir les avoir bien nets.

J’y arrive cependant en me servant d’une ardoise
courbée en sifflet vers le haut seulement de la
chambre noire.

Pour obtenir cette courbe, je fais placer une per-
sonne sur une chaise, les mains sur les genoux, dans
la position la plus habituelle. Je calcule sur le verre
dépoli la différence qu’il y a entre la longueur du
foyer sur le visage et celui sur les mains; cette dif-
férence établie me sert à faire la courbure de l’ar-
doise à la place correspondante de l’image.

La place qu’occupe la tête doit être scrupuleuse-
ment au même point que le verre dépoli de la
chambre noire; on met exactement au point dessus,
sans s’inquiéter des mains. Elles vont venir parfaitement nettes, par l’effet du ralongement de foyer, produit par la courbe de l’ar-
doise.

Je ménage aussi devant mon modèle une draperie
obscure où il puisse reposer les yeux sans les fati-
guer. Je mets un pain à cacheter à l’endroit qu’il
doit regarder, et lui recommande de battre la pau-
pière comme d’habitude.

Il faut bien se garder de recommander une fixité
de regard complète; au bout d un instant l’oeil se
remplirait de larmes, et tout le portrait grimacerait
par l’effet de la contraction nerveuse et gênante que
cela produirait.

Je me suis efforcé, dans cette partie pratique de
mon traité, de donner tous les renseignements que
je crois utiles à l’amateur pour bien réussir. Je l’en-
gage à ne pas se laisser rebuter par un premier in-
succès; en suivant exactement ces indications, il ne
peut manquer de réussir.

Tous les jours je mets ces procédés en pratique
dans mon grand atelier de photographie, chemin de
ronde de la barrière Clichy, n° 7 ; j’engage donc
les personnes qui pourraient être arrêtées par quel-
que difficulté à m’y venir visiter : je me ferai un
plaisir de leur donner les renseignements qui pour-
raient leur manquer et de leur faire voir mes collec-
tions d’épreuves faites par ces procédés et exécutées
tant par moi que par les élèves que j’ai formés.

(…)

DE LA CHAMBRE NOIRE ET DES OBJECTIFS.

La chambre noire est le principal instru-
ment du photographiste

Le mot photographiste (qui fait écrire par la lumière) doit
désigner, je crois, l’artiste qui fait des dessins à l’aide de l’instru-
ment de Daguerre.

Le mot photographe (j’écris par la lumière) ne doit s’appliquer
qu’à l’image formée par la lentille sur le verre dépoli, qui, de fait,
trace seule le dessin sur l’épreuve, action que le photographiste
ne fait que diriger : le photographe, c’est donc l’instrument.

L’image photographique désigne l’épreuve finale obtenue par le
photographiste à l’aide du photographe

La chambre noire a été inventée dans le seizième siècle par Baptista Porta. C’était simplement alors
une boîte en bois noircie à l’intérieur et garnie d’une
lentille unique biconvexe adaptée à un tube à cou-
lisse servant à mettre l’image au foyer. Cette image
était reçue sur un écran blanc en papier, puis plus
tard sur un verre dépoli; elle était frangée à ses
arêtes par les couleurs du spectre solaire. Cet instru-
ment était destiné par Porta à copier exactement les
vues les plus difficiles en suivant les contours sur
l’écran à l aide d’un crayon. L’image ainsi obtenue
était renversée du haut en bas; — pour parer à cet
inconvénient et rendre l’usage de l’instrument plus
facile pour dessiner, on redressa plus tard les images
en les recevant sur un miroir plan incliné a 45° .
L’image était alors réfléchie et reçue en dessus de la
boite sur un verre dépoli, de manière qu’elle se
trouvait dans une situation droite, et non sens dessus
dessous comme avant. C’est avec cet instrument
imparfait que il Canaletto fit, en 1697, les vues de
ses admirables tableaux de Venise. Déjà, à son en-
fance, cette découverte avait une influence sur l’art.

Que ne doit-on pas attendre maintenant avec l’instru-
ment parfait et les admirables procédés de repro-
duction de l image optique que nous possédons,
grâce aux découvertes de MM. Niepce et Daguerre!

Successivement on a substitué à la lentille bicon-
vexe la lentille périscopique, concave vers les objets
et convexe vers l’image. On gagna déjà de la net-
teté ; mais cette netteté ne devint réellement parfaite que depuis qu’à la place des lentilles simples, com-
posées d’une matière unique donnant aux objets des
franges irisées composées des sept couleurs du spectre
solaire et en même temps autant de foyers distincts,
l’on put mettre des lentilles achromatiques, (… permettant de) réunir tous les rayons
possibles au même foyer. En même temps que M. Da-
guerre faisait subir ce dernier perfectionnement à la
lentille qui porte le nom d’objectif, il déterminait
d’une manière très-savante la grandeur relative de
la chambre noire et sa disposition, qui est celle adop-
tée généralement aujourd’hui.

(…) La lentille de M. Daguerre est périsco-
pique et a la partie convexe tournée en dedans
de la chambre noire. Elle est garnie à l’extérieur
d’un tube de 8 centimètres de longueur environ,
qui porte à son extrémité des disques mobiles per-
cés de trous ronds d’un plus ou moins grand dia-
mètre. Ces disques sont appelés diaphragmes ; ils
servent à diminuer l’aberration de sphéricité en arrêtant les rayons extrêmes, et donnent, — les
grands, — plus de lumière, mais une image plus
vague; — les petits, — une netteté extrême, mais
moins de lumière. On peut employer des diaphragmes
depuis 5 centimètres de diamètre d’ouverture jus-
qu’à 1 centimètre seulement. C’est en variant la
grandeur des ouvertures, suivant la lumière et la
nature des objets que l’on doit copier, qu’on par-
vient à donner aux épreuves le caractère propre
d’une chose bien réussie et appropriée au sujet re-
produit.

Le disque non percé qui sert à fermer l’objectif
porte le nom d’obturateur.

Depuis quelques années on a formé des
objectifs combinés à deux lentilles achromatiques,
qui fournissent une image plus lumineuse en per-
mettant une ouverture plus grande. Ces objectifs
sont surtout excellents pour le portrait. Les Alle-
mands et M. Charles Chevalier en revendiquent l’in-
vention. Ce dernier me paraît avoir la priorité.

(…) Un objectif photographique sans
défaut quelconque doit être regardé comme un chef-
d’oeuvre d’optique, et sera peut-être toujours une
sorte de pierre philosophale pour les opticiens.

DE LA LUMIÈRE.

§ 54. — La lumière est le principal agent chimi-
que employé en photographie. C’est elle qui opère
la décomposition des corps que nous employons
comme préparation impressionnable.

La lumière a un rapport intime avec l’électricité.
Est-ce un corps à part, ou n’est-ce qu’un de ses
effets? La question est latente, je ne tenterai pas de
l’éclaircir.

Je ne considérerai la lumière que dans son rôle
sur les opérations photographiques.

Son action principale est d’opérer la désoxyda-
tion, la réduction de certains oxydes métalliques.
C’est ainsi qu’elle se comporte sur les iodures et les
chlorures d’argent.

(…)

AMIDON ET AUTRES MATIÈRES SERVANT A L’ENCOLLAGE DU PAPIER NÉGATIF.

§ 90.— L’amidon pur dissous dans l’eau bouil-
lante forme l’empois, qui devient insoluble dans l’eau
froide après sa dessiccation. Je me sers de cette pro-
priété de l’amidon pour donner un encollage parfait
au papier.

L’amidon le plus parfait pour cette opération est
celui que j’obtiens par la première cuisson du riz, et
qui reste dissous dans l’eau de cuisson. Il contient
en même temps des parties glutineuses qui le rendent
d’ un meilleur effet que celui produit par l’amidon du
commerce.

En ajoutant à l’eau de riz décrite au § 6 un tiers
de mucilage de graine de lin, on obtient un encol-
lage encore plus fort.

L’amidon a une très-grande affinité pour l’iode, et lui fait presque toujours abandonner la base à la-
quelle il se trouve uni. Cette combinaison colore l’a-
midon en bleu. On se sert de cette propriété pour
reconnaître la présence de l’iode dans un liquide.

La cire vierge a pour l’iode à peu près la même
affinité.

Une solution chaude de gélatine appliquée sur le
papier en même temps que l’iodure et les autres sels
laisse un encollage qui ne se redissout pas égale-
ment à froid.

J’ai indiqué le premier ce mode de préparation en
1849, en donnant la colle de poisson, qui est la gé-
latine la plus pure.

L’albumine forme aussi un excellent encollage par
la propriété qu’elle a de de devenir insoluble par la
chaleur (70 degrés environ), par les acides et par
l’alcool. (…)

Les résines, le camphre, le gluten fermenté dissous
dans l’alcool, forment aussi d’excellents encollages
par leur insolubilité dans l’eau.

Le collodion jouit de la môme propriété. (…)

En principe général, pour qu’un encollage
soit parfait pour les papiers photographiques, il faut
qu’il puisse se dissoudre dans le même liquide qui
contient les préparations préliminaires, et qu’il de-
vienne ensuite par la dessiccation insoluble dans les
autres préparations à subir. L’amidon, l’inuline, la
glycyrrhizine, la gélatine, le mucilage de graine de
lin, le sucre de lait, le sérum, l’albumine animale
et végétale dissous dans l’eau, les résines, le cam-
phre, le gluten fermenté et le collodion dissous dans
l’alcool, jouissant de ces propriétés, se trouvent donc
excellents.

La cire vierge, devenant perméable aux liquides
après un séjour de quelque temps dans un bain de
sels alcalins, forme aussi un des meilleurs encol-
lages , qui, en môme temps, n’exclut pas les autres.
Elle met le papier dans un état parfait pour recevoir
les préparations, et lui permet d’en recevoir l’action
pendant un temps très-considérable sans s’altérer ni
se désagréger.

(…)

PHOTOGRAPHIE.

TRAITÉ NOUVEAU THÉORIQUE ET PRATIQUE DES PROCÉDÉS ET MANIPULATIONS SUR PAPIER SEC, — HUMIDE, ET SUR VERRE AU COLLODION, — A L’ALBUMINE,

PAR GUSTAVE LE GRAY, Peintre et Photographiste.

PRIX : 4 FRANCS.

PARIS.
LEREBOURS ET SECRETAN, 13, PONT-NEUF,
L’AUTEUR, 7, CHEMIN DE RONDE DE LA BARRIÈRE DE CLICHY.
GERMER-BAILLIÈRE, 7, rue de l’École-de-Médecine.
H. BOSSANGE, 1, quai Voltaire.

A LONDRES.
CLAUDET, 107 Regent street.
HENNEMAN, 122 Regent street.

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