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21.06.2009 Boris Smelov : Bohême glacée

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La première édition de 2007 avait été justement critiquée par des galeristes de Saint-Petersbourg; on la trouve néanmoins ici : 2007 maquette smelov

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Une seconde édition corrigée sortit en juin 2009, de fait pendant la remarquable exposition organisée par Vladimir Frolov dans un bâtîment du Musée de l’Hermitage. La voici en pdf : 2009 Boris Smelov MAQUETTE_Carnet

Boheme glacée Peter, 1976. Boris Smelov prononce “Pi’ter”, les américains disent “Leningrad”. Il fait froid comme souvent, les habitants résistent avec humour dans cette ville de Pierre, formant déjà la troisième générations d’habitants déplacés dans leur propre ville. Les anciens appartements, modestes ou bourgeois, ont été fractionnés , devenant “communautaires”, les pièces techniques, ou ce qu’il en reste, étant partagées par les différentes familles. Dans cet espace clos, s’organisent des activités culturelles, bien pâles reflets de l’extraordinaire énergie créatrice des premières années de la révolution. Les artistes des années 1920 qui ne sont pas partis sont morts, et la génération suivante, celle du Réalisme soviétique, est fatiguée. Dans l’ancien faubourg de Vyborsk, le Palais de la Culture du quartier inaugure une exposition des photographies des membres de son photo-club, avec la “section jeune”. Boris Smelov, qui en est le benjamin depuis 7 ans, présente 34 épreuves : portraits, paysages, natures mortes, compositions classiques mais qui provoquent une discussion. Boris n’a pas traité ces sujets de manière favorable à la vision optimiste d’un avenir radieux, toujours au centre du discours et de l’iconographie du système. Le soir même, les membres de la section locale du Parti se réunissent : les responsables du photo-club sont limogés, l’exposition ne rouvrira pas le lendemain matin. Et voilà que la radio étrangère qui émet depuis la proche frontière finlandaise, “Voice of America”, mentionne l’incident, et le transforme ainsi en rapport de force, obligeant le KGB à enquêter, interroger et classifier. Le jeune photographe n’est pas considéré comme un dissident, ce qui aurait provoqué des mesures immédiates. Il est placé dans une zone grise de la société soviétique, rejoignant ceux qui n’ont rien fait de mal, mais risquent parfois de penser différemment, les “Inakomysliashiy” (de inako autrement mysl, la pensée), ceux qu’il est prudent d’écarter de manière préventive des manifestations collectives et des expositions. Le destin de Boris est scellé. Boris Smelov est né le 13 mars 1951 dans le vieux faubourg de Vassilievsky Ostrov. Son père projectionniste et sa mère pédiatre divorcent quand il a cinq ans. Sa première passion a été la photographie, depuis le petit appareil « Lyubitel » de ses 10 ans et surtout après son admission au photo-club du Vyborsky district, à 17 ans. Il se lit d’amitié avec son aîné, Boris Koudriakov, que tous appellent“ Grand” Boris, et il sera désormais “Petit” Boris, “Ptishka”. Grand Boris l’initie au cercle des artistes indépendants qui se réunissent autour de Kouzminsky et il est admis à voir les expositions organisées dans l’appartement de ce dernier. Avec leurs appareils, le Grand et le Petit Boris arpentent la ville à la recherche de la présence des personnages de Dostoievsky, suivant des chemins de traverses nostalgiques, désormais inscrits au programme des voyages organisés. Ils visitent les premières expositions de photographes étrangers organisées pendant la guerre froide : la première de Joseph Sudek, puis celle d’Henri Cartier-Bresson (Visage de la France, Moscou 1972). Petit Boris s’achète un Leica et un Rolleiflex, se procure les meilleurs papiers disponibles, et tire ses épreuves dans l’atelier de Léonid Bogdanov, dans le « PiSheVikov palace”, acronyme de “Club des ouvriers de l’industrie agro-alimentaire”. Il étudie deux ans à l’institut de mécanique et d’optique, un an à la faculté de journalisme, mais préfère fréquenter le café Saïgon (aujourd`hui l’hôtel Radisson), haut lieu des “pensants autrement”. En 1974, il est admis à participer dans l’appartement de Kouzminsky, à une exposition restée célèbre : “Sous le parachute” . Il présente 27 épreuves, décrites sur un petit catalogue manuscrit. Il est désormais admis dans le cercle des artistes des appartements communautaires, connus alors sous le nom de cercle d’Alexandre Ariefiev (Vladimir Chaguine, Richard Vasmi, Sholom Schwarz, Valentin Gromov et Rodion Gudzenko, Roald Mandelstam), et épouse à son tour leur plus célèbre muse, Natalia Jilina (1933-2004), de dix-huit ans son aînée. Après l’incident de 1976, et jusqu’à la Perestroïka, Petit Boris vit définitivement en marge de la société soviétique brejnévienne, une vie de bohême glacée, conservant un emploi précaire de photographe à l’agence d’état Khoudovnik RSFSR. Mais il reçoit toutefois en 1977 une médaille d’or pour une photographie qu’il avait envoyé à Budapest. À la fin des années 1980, le mouvement Mitki est fondé par Dmitri Chaguine, fils aine de Jilina et de Vladimir Chaguine. Smelov est leur modèle, avec ses habits de nomade, son langage, son comportement particulier aux anciens occupants des appartements communautaires. La Perestroïka fait alors naître bien des espoirs, elle permet aux photographies et bientôt au photographe de voyager en Finlande, et surtout aux USA où il est invité en 1991 à la Corcoran Gallery de Washington, dans le cadre de « Changing Reality ». Mais toutes les énergies libérées par la fin du système se concentrent à Moscou, et les artistes de Pi’ter (les Américains disent désormais Saint-Petersbourg) ont du mal à profiter du changement. Boris Smelov est mort de froid le 18 janvier 1998, il s’est endormi dans la rue sur le chemin de sa maison. Le 20 mai 2006, le Musée des artistes non-conformistes inaugurait une première retrospective, “Smelov inconnu”, 70 tirages choisis par le peintre Choix du peintre Valery Koziev (Val’ran). Borey Art Center

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