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20.11.2004 Kiki de Montparnasse, Souvenirs Retrouvés (Éditions José Corti)

Couverture KIKI 1929

Couverture du livre au texte très différent, de 1929.

« Voici le seul livre pour lequel il me soit jamais arrivé d’écrire une préface et, que Dieu m’entende, ce sera le dernier » écrivait Ernest Hemingway en 1929 en tête d’un singulier petit volume composé par une bien jeune femme, Kiki.

Il aimait tant ce livre qu’en novembre 1931, il en offrit un exemplaire au docteur Carlos Guffey qui avait sauvé la vie de sa femme et de leur bébé avec le manuscrit autographe de Death in the Afternoon.

Hemingway écrivit pourtant une seconde préface, en 1934, pour le livre de Jimmie Charters, barman du Dingo, rue Delambre et ancien boxeur professionnel de Liverpool. Kiki écrivit elle aussi un second livre de souvenirs, en 1938.
Les dates, les lieux, les personnages et même les aventures semblent correspondre, mais si l’on confronte les deux textes, il est presque impossible d’y trouver une seule phrase identique.

Kiki, née en 1901, n’a que vingt-huit ans quand Man Ray, Henri Broca et Edward W. Titus (le mari d’Elena Rubinstein) l’invitent à publier ses mémoires en français (Kiki, Souvenirs) et en anglais (Kiki’s Memoirs). Hemingway précise : « si vous voulez des livres composés par des ladies, voici un livre écrit par une femme qui n’a jamais à aucun moment été une lady ; pendant dix ans, elle a été, dans la mesure où notre époque le permet, ce que l’on appelle une reine, c’est très différent, bien sûr, que d’être une Lady. »

Kiki dans une belle robe
Reine, Kiki est d’ailleurs élue, en cette année 1929, reine de Montparnasse. Comme dans les contes de fées, elle est pourtant une petite fille de rien du tout.
Le livre de 1929 a un succès merveilleux, Kiki embrasse chaque acheteur le jour du lancement, le 25 juin 1929, au restaurant Falstaff. La décision de la censure américaine de le saisir et de l’interdire, avec Ulysses de Joyce, transforme la destinée du livre qui rejoint les livres maudits devenus mythiques.
Aujourd’hui, objet d’études aux États-Unis, les Souvenirs de Kiki ont soulevé de nombreuses interrogations. Quelle influence sur le texte ont eu les différents éditeurs, le français Henri Broca d’abord, puis Edward Titus et surtout le sulfureux Samuel Roth qui réédita le texte sous le manteau avec comme titre « The Education of a french Model » ? Quelles furent les relations de Kiki et de Man Ray dont la rencontre bouleversa l’histoire de la photographie moderne avec des compositions comme « Blanche et Noire » ? Comment Montparnasse fut-il l’espace d’une décennie le lieu le plus fertile de la création artistique de la planète ?
Pourquoi Kiki en est-elle le plus pertinent témoin, elle qui était souvent à l’initiative des fêtes nocturnes ?
Un Américain consacra une partie considérable de son existence à vérifier les circonstances de l’existence et des aventures de Kiki.
Billy Klüver arpenta les rues et ruelles de Montparnasse à la recherche des souvenirs et des indices, et en fit deux beaux livres traduits en français Kiki et Montparnasse, et Kiki souvenirs.

Neuf ans se sont écoulés entre l’agréable texte de 1929 et ce nouveau livre composé pendant l’année 1938.

kiki endormie

Kiki a maintenant 37 ans et une singulière expérience du succès et des épreuves ; quelle ironie pour elle – petite fille de rien du tout qui n’a été à l’école qu’un an – déjà traduite et publiée. Une cure de désintoxication lui procure de fait l’occasion de se retourner sur son passé si proche et déjà lointain.
Avec l’aide d’André Laroque, qui travaille aux impôts le jour et l’accompagne à l’accordéon la nuit, elle compose ce texte poignant, tapé sur la machine à écrire des Contributions Indirectes, qu’elle accompagne de quelques dessins et surtout de précieuses photographies (dont plusieurs inédites de Man Ray).
Comme cela est perceptible dans les trois chapitres publiés en 1950 dans Ici Paris, seule partie publiée du texte, – la guerre ayant repoussé puis empêché la publication de la totalité du manuscrit – Kiki se livre à nous « sans fard ni artifice ».

Après la disparition de Kiki, le 23 mars 1953, André Laroque tenta de faire éditer le texte et fut en relation avec un agent d’André Breton, mais l’époque avait changée — et Kiki avait la dent un peu dure avec les surréalistes, même si une rustine maquille le passage le plus sévère. 
Le manuscrit accompagné de ses photographies disparut alors dans l’une des cachettes les plus impénétrables de Paris pendant cinquante ans, au milieu de mille cartons, avec une simple mention sur une petite étiquette de bristol : « infiniment précieux ».

20.11.2004. couv Kiki de Montparnasse

Couverture de l’édition José Corti, 2004.

Mise en page des illustrations préparées par Kiki et retrouvées avec son tapuscrit : 20.11.2004. Kiki de Montparnasse

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