19.06.2015 Découverte d’un portrait inconnu : Vincent Van Gogh en conversation avec Paul Gauguin et Émile Bernard

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PRESS RELEASE | BRUSSELS | APRIL 29th 2015 | FOR IMMEDIATE RELEASE

Découverte d’un portrait inconnu :

Vincent Van Gogh

en conversation avec Paul Gauguin et Émile Bernard

Vente publique du 19 juin 2015 à Bruxelles

daguerréotypes, calotypes, autochromes, photographies documentaires
EXPOSITIONS PUBLIQUES
À Paris, 5, rue du Perche, près du Musée Picasso 03.06.2015 au 08.06.2015
À Bruxelles, 40, rue de l’Aqueduc, près du Musée Horta 12.06.2015 au 18.06.2015
La vente sera accessible en ligne sur Drouotlive.com
Communiqué de presse en français (pdf) : Communiqué de presse en français
Perscommuniqué, nederlands (pdf) : Perscommuniqué
Complete press release in English : Press Release Van Gogh

Capture d’écran 2015-04-28 à 09.19.38

Jules Antoine (1863-1948) attr. Vincent Van Gogh en conversation avec Paul Gauguin, Félix Jobbé Duval, Emile Bernard. Debout entre eux : André Antoine, probablement Arnold Koning. Paris, dans la cour de l’Auberge Blanche, vers décembre 1887

Mélanotype (image positive directe au collodion sur carton photographique), 88×119 mm, tampon “Gautier Martin” au recto.

Capture d’écran 2015-05-15 à 05.09.48

The collodion bears the stamp of an exclusive distributor “Gautier-Martin” but no signature, we could locate only one more example of such a collodion on waterproof board (see n°116). The inventor could be traced, a swiss-born traveller called Frédéric Merienne who patented his invention in 1861 and signed an exclusive distribution with Gauthier-Martin. Jules, young brother of André Antoine was an amateur photographer who practised collodion on tintype. He was also Theo Van Gogh’s friend, and the art critic of the Neo-impressionism movement, writing more than 50artiscles in “Art et Critique”.

Cette photographie exceptionnelle est l’une des rares connues à ce jour de Vincent Van Gogh. Assis autour de lui : Paul Gauguin et Émile Bernard, qui ont séjourné à Pont-Aven, portent tous deux le « bragou berr », pantalon court et légèrement bouffant traditionnel de cette région (voir article bagou berr).

Assis à côté de Gauguin, le peintre breton Félix Jobbé Duval, son vieil ami intime qui lui a indiqué Pont-Aven. Provenance : Ronald Davis, libraire attitré de Myriam de Rothschild.

Paul Gauguin n’est à Paris que pendant quelques semaines de la mi-novembre 1887 au 26 janvier suivant. Émile Bernard, Félix Jobbé-Duval, André Antoine et Arnold Koning sont également présents dans ce court intervalle. Vincent Van Gogh ne part pour Arles qu’en février 1888. Ils se retrouvent dans la cour du 96, rue Blanche où André Antoine, créateur du Théâtre-Libre avait convié les jeunes artistes novateurs à exposer dans sa nouvelle salle de répétition. Trois artistes ont répondu à l’appel relayé dans le Cri du Peuple du 7 septembre précédent : Georges Seurat, Paul Signac et Vincent Van Gogh pour qui cette participation représente l’aboutissement de son séjour parisien.

Le 3 ou le 4 septembre 1887, André Antoine écrit à Paul Alexis, journaliste au Cri du Peuple, journal révolutionnaire qui reparaît depuis 1883 et est dirigé par Séverine depuis la disparition de Jules Vallès :

“Mon cher Trublot J’ai soixante ou quatre-vingt mètres carrés de murailles à décorer dans la salle de répétitions. J’ai songé aussi aux autres jeunes, ceux qui peignent ou sculptent des merveilles quelquefois et les gardent dans leurs greniers. Voulez-vous leur adresser un appel dans votre Cri ? Chez moi, ils viendront accrocher la toile faite, et comme je vais avoir un va-et-vient de gens chics, ce sera une exposition très modeste, mais peut-être utile. Songez que j’ai sur ma liste d’abonnement déjà des princes et des millionnaires. Il suffira qu’un bout de toile leur tape dans l’œil pour qu’ils l’achètent. Les artistes enlèveront cela quand ça leur plaira. N’est-ce pas que l’idée est bonne ? Et qu’elle sera peut-être utile pour tout le monde ? Pas besoin de cadres, je veux garder, à ce siège social du Théâtre-Libre, un caractère purement artistique et pas du tout bourgeois. — On y fera des choses d’art de toutes les manières. — Que ces jeunes gens se mettent en rapport avec moi ? Merci et bien votre, A. Antoine”

Alexis reproduisit cet appel d’Antoine dans le numéro daté du 7 septembre 1887 accompagné de son approbation efficace et rédigée dans le style si caractéristique du journal :

”V’là qu’est fait mon fiston. Et v’là un gas d’attaque, c’t Antoine, et qui mérite d’réussir., et qui réussira, j’y prédis. Des idées géniales, un esprit d’organisation extraordinaire et une volonté, n’vous dis qu’ça. Vous vous doutez pas que d’puis un an qu’le Théâtre Libre est en fondation — son secrétaire — a écrit quelqu’chose comme 1.500 babillardes. Oui, les peintres — et les sculpteurs aussi — n’manqueront point d’venir embellir l’siège d’notr’ Théâtre-Libre. Mézigue garantit les impression-nisses”. Cf Francis Pruner, Les luttes d’Antoine: au Théâtre libre, M. J. Minard, 1964.

 

La présence du tableau du Jardin avec amoureux de Vincent Van Gogh à un accrochage concurrent de l’exposition de groupe alors en cours au Grand Bouillon, Restaurant du Chalet, 43 avenue de Clichy provoque une dispute avec Émile Bernard. Le souvenir de ce différend nous est parvenu à travers une longue et belle lettre de Vincent qui reste une rare source d’information sur cette exposition. :

« Mon cher copain Bernard,
je sens le besoin de te demander pardon de t’avoir lâché si brusquement l’autre jour. Ce que par la présente je fais donc sans tarder. .. Je suis moi tout de même allé chez Guillaumin, mais dans la soirée, et j’ai pensé que peut-être toi ne sais pas son adresse qui est 13 Quai d’Anjou. Je crois que comme homme Guillaumin a les idées mieux en place que les autres et que si tous étaient comme lui on produirait davantage de bonnes choses et aurait moins de temps et d’envie de se manger le nez.

Je persiste à croire que, non pas parce que moi je t’ai engueulé mais parce que cela deviendra ta propre conviction, je persiste à croire que tu t’apercevras que dans les ateliers non seulement on n’apprend pas grand chose quant à la peinture mais encore pas grand chose de bien en tant que savoir vivre. Et qu’on se trouve obligé d’apprendre à vivre comme à peindre sans avoir recours aux vieux trucs et trompe l’oeil d’intrigants.

Je ne pense pas que ton portrait de toi-meme sera ton dernier ni ton meilleur – quoique en somme ce soit terriblement toi.

Dites donc – en somme ce que je cherchais l’autre jour à t’expliquer revient à ceci.– Pour eviter les généralités permets moi de prendre un exemple sur le vif.– Si tu es brouillé avec un peintre, par exemple avec Signac et qu’en consequence de cela tu dis – si Signac expose là où j’expose je retire mes toiles – et si tu le dénigres, alors il me semble que tu agis pas aussi bien que tu pourrais agir.
Car il est mieux d’y regarder longtemps avant de juger si categoriquement et de refléchir, la réflection nous faisant apercevoir à nous-même, en cas de brouille, pour notre propre compte autant de torts que notre adversaire et à celui ci autant de raison d’être que nous puissions en desirer pour nous.–
Si donc tu as deja réflechi que Signac et les autres qui font du pointillé font avec cela assez souvent de très belles choses –Au lieu de dénigrer celles-là il faut surtout en cas de brouille les estimer et en parler avec sympathie.

Sans cela on devient sectaire étroit soi-même et l’équivalent de ceux qui n’estiment pour rien les autres et se croient les seuls justes.– Ceci s’étend même aux académiciens car prends par exemple un tableau de Fantin Latour – surtout l’ensemble de son oeuvre.– Eh bien – voila quelqu’un qui ne s’est pas insurgé et est-ce que cela l’empêche, ce je ne sais quoi de calme et de juste qu’il a, d’etre un des caracteres les plus indépendants existants.

Volontiers je ferai mon possible pour faire que ce que l’on a commencé dans la salle reussisse mais je crois que la premiere condition pour reussir c’est de laisser là les petites jalousies, il n’y a que l’union qui fait la force. L’interêt commun vaut bien qu’on y sacrifie l’égoisme, le chacun pour soi. Je te serre bien la main. Vincent » (Lettre en français à Émile Bernard, non datée, vers décembre 1887)

À cette occasion, Vincent Van Gogh accepte de poser avec ses amis. Il a déposé son curieux bonnet de fourrure au beau milieu de la table. Il tiens sa pipe de la main gauche. Son grand manteau est boutonné haut.

Un an avant son arrivée à Paris, il a souhaité rendre son aspect physique plus attirant et il a fait refaire toute sa dentition. Ce n’est qu’après cette “opération esthétique” qu’il a entamé sa longue série d’autoportraits.

En retrait, portant une casquette, on distingue peut-être Arnold Koning, qui vient d’exposer avec le Groupe du Petit Boulevard. Ce collodion intime et émouvant, retrouvé dans l’archive d’un grand libraire des années folles, nous dévoile ce groupe d’amis conversant. Ils sont en train de révolutionner le monde de l’art. 

Carton photographique 1887 - Van Gogh Vincent par peintre amricain

 

Vincent Van Gogh (1853-1890)

A Paris, Vincent Van Gogh déploie une énergie considérable pour rencontrer les peintres et puiser de nouvelles techniques et sources d’inspiration.

Son allure, celle d’un “bouvier à la toque de fourrure” tel que le décrit Gauguin, contraste avec son incroyable érudition. Sa gentillesse et sa vive intelligence feront très vite de lui l’ami de tous. Vincent est un habitué de la boutique du père Tanguy, il y rencontre de nombreux peintres d’avant-garde. De longues conversations animées avec tous ces peintres ont souvent lieu à Montmartre, dans les multiples cafés et auberges.

Un mouvement artistique agitait particulièrement Paris : le divisionnisme de Georges Seurat et de son ami Paul Signac. Vincent est conquis — “Seurat est le chef” dit-il, essuyant ainsi les critiques de Bernard qui tenait en horreur des divisionnistes. Vincent, lui, rêvait d’une association d’artistes et ne comprenait pas ces “désastreuses guerres civiles”.

 

Carton photographique 1887 - Gauguin Gauguin portrait à la palette 1894

Paul Gauguin (1848-1903)

Paul Gauguin a rencontré pour la première fois Emile Bernard à Pont-Aven en août 1886.

En novembre 1887, après un voyage éprouvant à Panama et la Martinique avec Charles Laval, il rentre (malade) à Paris et visite l’exposition organisée par Vincent au Restaurant du Chalet, avenue de Clichy (peintres du groupe du “Petit Boulevard” : Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Bernard, Anquetin et Koning). Gauguin a déjà 15 ans de peinture à son actif lorsqu’il visite cette exposition. Vincent lui propose alors d’échanger deux de ses tableaux contre l’un des siens.

Gauguin revoit Vincent et Théo Van Gogh plusieurs fois durant cet hiver 1887. Théo lui achète quelques toiles et céramiques. À son départ pour Arles, Vincent est devenu son ami, il lui écrit désormais : “mon cher Vincent”.

Vers le début de février l’année 1888 Gauguin choisit Pont-Aven pour peindre et pour se remettre des suites du paludisme contracté à la Martinique (il est très affaibli).

Carton photographique 1887 - Jobbé Duval Jobbe duval - copie

Félix Armand Jobbé-Duval (1821-1889)

Peintre originaire de Carhaix (Finistère), Félix Jobbé-Duval parcourt la Bretagne depuis les années 1860 et connaît bien la Pension Gloanec. C’est aussi un proche du père Tanguy, breton et comme lui, un ancien communard. Il porte au revers gauche de son veston un ruban de la légion d’honneur, décerné en 1861. Gauguin lui a sous-loué un étage de son pavillon rue de Carcel en 1880. Jobbé-Duval a également été le témoin de l’acte de naissance du premier fils, Jean René Gauguin, en 1881.

 

André Antoine (1858-1942)

Comédien et metteur en scène, cet ancien “employé du gaz” a révolutionné le monde du spectacle en inventant le Théâtre Libre en cette année 1887. Cette aventure se déroule d’abord au printemps du côté de la Butte Montmartre jusqu’à ce qu’en septembre 1887, il loue pour les répétitions un grand atelier avec un escalier indépendant au fond de la cour étroite et un “gentil salon fumoir” au 96, rue Blanche : “Nous avons un siège social et c’est une admiration ingénue des auteurs et des jeunes gens qui prennent déjà l’habitude de monter tous les soirs bavarder…” André Antoine, Mes souvenirs sur le théâtre libre.

Une auberge, au joli nom d’Auberge Blanche occupe le local du rez-de-chaussée, on y entre par l’intérieur du porche.

Jules Antoine

 

Son jeune frère, Jules Antoine, est alors proche de Théo Van Gogh et des néo-impressionnistes, il écrit des articles sur eux dans la revue “Art et Critique”, il est passionné de photographie. (ci-dessus son portrait en artiste,  ferrotype, collodion sur tôle noircie, 1888)

Carton photographique 1887 - Emile Bernard Emile Bernard dessin

Émile Bernard (1868-1941)

Le benjamin de la bande. Sur les conseils d’Émile Schuffenecker, il rencontre Paul Gauguin à Pont-Aven durant l’été 1886 alors qu’il fait à pied le tour de la Bretagne.

Il croise souvent Vincent chez le père Tanguy et l’emmène régulièrement à pied de Montmartre jusqu’à Asnières, alors agréable villégiature où ses parents possèdent une maison. Émile est le grand ami, le compagnon de Vincent en cette année 1887.

Ils exposent ensemble d’abord au café Le Tambourin, tenu par l’ancien modèle Agostina Segatori, puis au restaurant du Chalet, avec le groupe du Petit Boulevard. Fin 1887, Émile tentera de convaincre Vincent de le suivre à Pont-Aven où il désire aller peindre. Il tenta aussi de le convaincre de renoncer à exposer avec Signac et Seurat sur les murs de la salle de répétitions d’André-Antoine, en vain.

Carton photographique 1887 - Koning AH Koning en MC Heeley 1893

Un jeune homme : Arnold Koning (1860-1945)

Le “jeune Koning”, comme l’appellera Vincent, arrive à Paris en septembre 1887. Il expose aussitôt avec Vincent et le groupe du Petit Boulevard au restaurant du Chalet. Les frères Van Gogh prennent en sympathie ce jeune peintre fraîchement débarqué des Pays-Bas.

Après le départ de Vincent pour Arles, Théo hébergera même Koning, rue Lepic, du 14 mars au 30 mai 1888, dans le lit où a dormi son frère.

Tableau expose JH 1258

La toile exposée 96, rue Blanche : le Jardin avec amoureux

L’exposition du Théâtre Libre marque la fin de son séjour à Paris. Elle sera la troisième et dernière exposition à laquelle Vincent va participer. Avec une unique toile “Parc Voyer d’Argenson”, également nommée par l’artiste le “tableau du Jardin avec amoureux” reste accrochée trois mois après son départ, le 21 février 1888, pour Arles, en quête de couleurs. Vincent Van Gogh, Paul Gauguin, émile Bernard, André Antoine, Félix Jobbé-Duval… une conversation. Cette photographie est, à ce jour, l’unique témoignage de cette rencontre exceptionnelle ; une image entre mythe et réalité.

“The Parc Voyer d’Argenson was an ambitious undertaking for Van Gogh. It exudes confidence with its modern use of colour, new type of brushwork and subject matter, all of which Van Gogh explored during his sojourn in Paris. It also exemplifies his aspirations for a career as an avant-garde artist. He presented it in a small exhibition in the foyer of the Théâtre Libre, together with works by Seurat and Signac. While the general public would not have known this small venue, it was recognised in art circles as a showplace for the avant-garde, and offered an opportunity for the initiated to see the newest developments in painting. For Van Gogh this installation was the first occasion on which he could demonstrate his assimilation of the latest ideas in painting and it served to associate him publicly with prominent members of the avant-garde. He must have considered this venue as a decided step upward from the restaurant exhibitions he himself had organised in 1887, even though those displays had included many more canvases. Van Gogh’s inclusion in the Théâtre Libre show indicates that he had gained access to the neo-impressionists and was, at least to a certain extent, accepted by their leaders. While we do not know if he showed other paintings at the same time, Parc Voyer d’Argenson was undoubtedly a prominent example of his latest work. The size and finish of the composition would have suggested artistic confidence, while the deliberate use of new stylistic elements would have proclaimed the artist’s avant-garde leanings. Van Gogh must have considered this presentation a fitting conclusion to his sojourn in Paris. With his departure for Arles he began to develop his own artistic identity, one that he hoped would not only allow him to join the ranks but make him stand out among his contemporaries.” (Van Gogh Museum Journal, 2002, extracts)

Le second carton photographique 

Personnage en haut de forme

On remarque qu’il s’agit de la même table, de la même technique, épreuve positive directe au collodion sur un carton photographique, portant dans l’angle supérieur droit, le même cachet Gautier-Martin, et de la même provenance. Le Haut-de-forme n’est pas anodin.

 

Communiqué de presse en pdf :

Communiqué de presse en français

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Figurera à la vente de photographies à Bruxelles

Les 19 et 20 juin prochains

Visite à Paris, 5, rue du Perche,

du 2 au 8 juin 2015, 11-18h, nocturne le 5

à Bruxelles, 40, rue de l’Aqueduc,

du 10 au 18 juin 2015, 11-18h, nocturne le 12

Mise en ligne des catalogues en pdf : 18 mai

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