15.09.0002 l’Objet et son contrat – Discussion

« Tout provient de la nature. « 
Xenophon

Boite de conserve

(Prototype de l’un des premiers modèles de boîtes de conserve, commercialisées par Appert : purée de tomates, début du XIXe siècle)


Au xxe siècle avant l’apparition de l’ère numérique , toutes les œuvres d’art plastiques étaient d’abord matérielles. La photographie et le cinéma néanmoins ont ébranlé les convictions car le contrat de publication de certaines photographies a commencé à valoir bien plus que les épreuves les plus belles et les plus soignées.

On a une date. Avec l’élection du président Kennedy et la publication des photos de son mariage six ans plus tôt pour lesquelles la photographe F… obtient grace aux bons soins de John Morris la somme de cent mille dollars.

Depuis le numérique, un artiste ne conçoit plus de vendre une œuvre sans contrat et accepte même de vendre des contrats sans oeuvre matérialisée.

Bien sur, les plus pauvres les très jeunes et les artistes qui vivent au jour le jour c’est à dire une majorité en nombre mais non en célébrité continue à produire dessins photos ou sculptures vendues sans plus de sophistication qu’un accord sur un prix et son règlement.

Le marché de l’art ancien ou d’occasion hésite. Il est difficile d’inventer rétroactivement  des contrats qui n’ont jamais existé. Mais il est complexe d’appréhender des œuvres  qui n’étaient la que pour illustrer des contrats et que l’on en a détachées après la date de péremption.

Le manuscrit des mémoires de Chateaubriand apparu en novembre 2013 était attaché à l’acte notarié en vue de la publication posthume. Et sa vente d’abord publique mais devenue opaque interroge.

Chateaubriand 113

Les épreuves photographiques de presse qui accompagnaient des contrats d’édition et sont souvent les seuls tirages authentiquement d’époque sont elles encore liées à ces contrats ? Les tirages d’essai et les épreuves retournées le sont ils egalement ? L’agence Magnum pose la question aux juges et propose que toutes les épreuves anciennes restent sous son contrôle. La justice française va devoir se penche sur ces graves questions. La cour suprême des États Unis a décidé en 1894 que les tomates ne seraient plus légalement des fruits mais des légumes faisant ainsi primer des intérêts commerciaux sur des considérations scientifiques ou de simple logique. 

Simultanément de simples photographes documentaires ont réclamé — et obtenu — de se voir créditer les apparitions dans les magazines d’œuvres anciennes comme Mona Lisa. Certainement c’est bien en effet leur épreuve photographique qui accompagne le contrat de publication. Cette substitution ou cohabitation avec l’illustre nom de l’artiste du XVIe siècle semble excessive. Surtout si M. Deloignon décide à son tour de reproduire la page de magazine ou apparaît la photographie reproduisant Mona Lisa. Il pourra en réclamer le crédit ou le partage du crédit — s’il accède au un contrat bien sur. 

retour de la oconde(le retour de la Joconde, crédit à revendiquer)

Donc ce contrat, même s’il est moins séduisant à caresser qu’un marbre ou à regarder qu’une gomme bichromatée, est devenu le centre de tous les raisonnements juridiques et financiers du XXIe siècle. Plus le contrat est séduisant et adapté aux mœurs et usages des puissants plus l’artiste a des chances de succès.

Car ces contrats peuvent se négocier et se vendre comme des actions ou d’autres véhicules financiers. En particulier ils peuvent se vendre à terme ou servir de garanties. Bref le marche des contrats de l’art profite d’une partie de l’argent dématérialisée  qui anime les échanges en hyperfréquence. Plus besoin de voir de comparer ou de critiquer  ladite oeuvre d’art. Ce serait surtout contreproductif. Perte de temps et risque de faire rentrer des êtres humains dans un mécanisme  ou quelques ordinateurs et quelques ingénieurs financiers suffisent.

Mais puisque l’on parle d’art, il faut organiser des visites réelles ou virtuelles. Quelques événements publics.

Et puis surtout l’hyperfrequence n’est pas adaptée aux êtres humains. L’art chante et glorifie la plus importante dimension de l’existence qui est le temps.

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