15.07.2014. Inauguration de la première exposition d’été : Arthur Grénier (1873-1944)

Deuxième volet de notre heptaméron photographique : Paresse

biplan dans le ciel de Trouville

« Fleuve d’oubli, jardin de la paresse,… où la vie afflue et s’agite sans cesse, Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer » (Charles Baudelaire, Phares)

Qui était Arthur Grénier ? Un enfant gâté de la société européenne de la fin du XIXe siècle, très jeune orphelin. Un jeune homme désoeuvré mais curieux, né un mois d’août 1873 dans une station balnéaire naissante, Trouville sur mer. Ses parents y avaient acheté une des premières villas de la côte normande.

A Paris, Grénier logeait non loin du Parc Monceau, dans ce tout nouveau XVIIe arrondissement où, depuis le Second Empire, le monde artistique et mondain s’agglutinait. Grace à la fortune de son père défunt, il « faisait la vie », se faisait appeler Arthur ou parfois Green par ses intimes dans ce Paris dandy d’à la recherche du temps perdu, le Paris de Proust, des théâtres, du spectacle et de l’opérette. Le Paris des décors. Le Paris photographique d’Otto Wegener.

Grénier fait un stage dans les ateliers de l’Opera Garnier, fabrique des décors, s’enthousiasme pour la cantatrice Marie Garden. Grâce à la photographie, Grénier rêve ses maquettes, pense à des éclairages, des façons d’orienter la lumière, des expériences chromatiques.

Les décors fabriqués ont disparu. Pas ses photographies.

grenier epouse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès 1907, Grénier se rue chez les frères Lumières pour y acheter des plaques au collodion et surtout des autochromes, les premières photographies en couleurs naturelles. Certaines ont vieilli, on les regarde aussi. Elles sont uniques.

La gélatine s’est marbrée, s’est scindée, recroquevillée entre les deux verres. Les pigments ont migré avec les fécules de pommes de terre donnant aux bords de mer des couleurs à la van Gogh. Il nous a aussi laissé des nuages, une série de cieux crépusculaires, nacrés, pourpres, qu’il tire, vers 1910, depuis le haut du Belvédère d’une villa qui s’ouvre sur le paysage normand.

 

grenier voiture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des scènes d’incendies aux courses d’aéroplanes, de Trouville négligée pour la voisine, Deauville, plus accommodante, des voiliers aux automobiles flambant neuves — il redessina la carrosserie de son premier bolide rouge pour mieux le conduire coiffé de son haut de forme —, Grénier a photographié  « l’air dans le ciel et la mer dans la mer ».

Avec un brin de paresse ? Peut-être, mais alors dans le sens théologique de St Augustin, cette paresse qui nous fait le dimanche délaisser la prière. Grénier prenait le temps. Le temps de traverser son siècle au hasard, à la recherche d’éclipses, de tempêtes, de nuages et de grimaces perdues.

(Basile Chardon et Claude Chanot, Paris, samedi 12 juillet 2014)

 

Grenier Plage

 

La galerie Rhinoceros & Cie présente dès le 15 juillet une sélection d’autochromes d’Arthur Grénier ainsi que quelques gouaches et aquarelles.

 

aquarelle

 

Une publication est envisagée et selon les encouragements et les réactions du public et des collectionneurs, on devrait disposer à l’automne d’une petite ou grande brochure, détaillant des autochromes de nuages ou des beautés en maillots de bains mouillés. Voire les deux. La sortie du catalogue sera prétexte à de nouvelles agapes.

 

autoportrait

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