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Paris.Photo.2003 (septième salon) L’Épreuve du Temps

15.11.2003. L'épreuve du temps couv

« J’avais aperçu partout, dans les champs, et sur mon chemin, des hommes devenus statues, et divers animaux transformés en pierre par l’aspect de Méduse. Ce visage hideux, je ne l’avais vu moi-même que réfléchi sur l’airain de mon bouclier ; et tandis que le sommeil versait ses pavots sur le monstre et sur ses couleuvres, je tranchai sa tête. »
Ovide, Métamorphoses.

15.11.2003. L'épreuve du temps gardes

Un siècle avant que la prédiction de Lazare Markovitch Lissitski ne se réalise, avant que nos livres et nos photographies ne se dématérialisent, le dimanche 5 septembre 1886, le Journal illustré présenta ce que Nadar devait définir comme la première interview photographique de l’époque moderne. Le sujet n’était autre qu’Eugène Chevreul (31 août 1786, 9 avril 1889), le Président de l’Académie des sciences pour l’année 1839. À ce titre, Chevreul avait organisé la célèbre séance du 19 août 1839, pendant laquelle Arago avait divulgué le secret de la photographie. Ainsi, Nadar choisissait d’inaugurer ce nouveau genre de reportage en invitant le dernier témoin de la plus grande invention du siècle :

« M. Chevreul. — Je connaissais Monsieur Hersent comme membre de l’Académie des Beaux-Arts et comme peintre distingué. — Je me rencontrai une fois avec lui dans la cour de l’Institut. C’était [en 1839] au sortir de la séance de toutes les Académies réunies dans laquelle Arago venait d’exposer la découverte de Daguerre, sans avoir fait mention du nom de Nicéphore Niépce, le véritable auteur de l’héliographie dont le daguerréotype n’est qu’un des procédés.
Je me trouvai, dans la conversation, avoir à dire à Monsieur Hersent que le jaune à côté du bleu devient orangé et le bleu à côté du jaune passe au violet. Monsieur Hersent, que notre dissertation avait animé, me répondit :
— Si un autre que Monsieur Chevreul me disait cela, je dirais qu’il en a menti ! Mais Monsieur Chevreul me le disant, je lui réponds : — Je veux le voir pour le croire !
Il n’était pas possible, cette fois, de mieux parler. J’invitai aussitôt, de grand cœur, Monseur Hersent à venir me voir à mon laboratoire des Gobelins où je lui donnerais la preuve. Il est mort vingt ans après, sans être jamais venu me voir aux Gobelins, comme je l’en avais prié… Tant il fut peu curieux de connaître cette loi si intéressante du contraste simultané des couleurs !
Et faut-il se dire qu’un peintre de mérite, un homme éminent, classé dans l’élite des artistes, et par conséquent devant son exemple et son enseignement à ceux qui le suivaient, ait pu par indifférence, négligence ou je ne sais quel sentiment inexplicable, se refuser, se dérober à la connaissance de la Vérité, lorsque cette connaissance lui était offerte !
Mais je ne vous ai pas tout dit et il ne suffit pas encore de dire, il faut prouver ; il faut voir. Il faut que vous voyiez, il faut que je vous fasse voir. Je veux faire voir, parce que c’est quand je vois que je crois !…

 

foucauld par fizeau

 

Hippolyte Fizeau. Portrait de Léon Foucault. Paris, vers 1841. Daguerréotype 1/4 de plaque, 107×78 mm, petit poinçon ”c” au verso.  » Hippolyte Fizeau et Léon Foucault étaient tous les deux nés en 1819, à seulement 5 jours d’intervalle. Dès leur rencontre, vers 1841, ils décidèrent de travailler ensemble pour perfectionner le procédé du daguerréotype. De cette collaboration est née la première photographie du soleil. Plus tard, Fizeau calcula seul la première mesure de la vitesse de la lumière en 1849. Il obtint environ 315.400 km/s en employant une roue dentée tournant à vive allure sur un rayon lumineux réfléchi à une distance de 8 km de la source lumineuse. Provenance : Vente du 12 décembre 1997, Bibliothèque de MM. de Jussieu »

Extrait de la notice n° 2 du catalogue L’Épreuve du temps. Ce catalogue entraîna dans notre petite compagnie la réflexion sur les différents âges de la photographies et leurs correspondances dans les différentes zones géopolitiques. Accès au pdf en plusieurs parties :

15.11.2003. L;épreuve du temps cahiers A-B-C-D_ épreuve cahiers A-B-C-D
15.11.2003. L’épreuve du temps cahiers E-F-G
15.11.2003. L’épreuve du temps cahiers H-J-K-L
15.11.2003. L’épreuve du temps cahiers M-N-P
15.11.2003. L’épreuve du temps cahiers Q-R

1-9. Neuf daguerréotypes.
Trois essais primitifs par des scientifiques, Wheastone, Fizeau, Becquerel, suivis de six usages de la nouvelle invention, Richebourg, Lamaille, Andrieux.
10-17. Huit calotypes et papiers salés.
Dont un curieux photomontage et une preuve de patience, car il n’est pas simple de photographier des oiseaux.
18-25. Huit épreuves albuminées.
Portraits de voyageurs, de voleurs, de prêtres et d’artistes.
27. Le regard de Raspoutine.
28-34. Sept photographies argentiques.
Facéties, expérimentations et récréations scientifiques.
35. Sarah Bernhardt dans “Mères françaises”.
36-37. Danses et champagne.
38-47. Procédés trois couches.
Avant-gardes européennes. Les Vkhoutemas, l’école de Vienne, Prague, Londres, Paris.
48. Le portrait de la dame qui mangea son mari.
49-60. Masques et visages.
61-67. 1939-1945.
68. Le Barbier de Nanterre.
69. Alfred Hitchcock.
70-73. Quatre beaux tirages signés des années 1970.
Quand la photographie devint reine, quatre épreuves sélectionnées par Robert Doisneau, Boubat, Janine Niépce et Grete Stern.
74-75. Le grand sommeil.
76-79. Le monde des arts.
80. Le Mitterrand de Warhol.
81. Inna Alexandrovna Pozina.
82-100. Dix-neuf livres et documents sur l’histoire de la photographie.
Tiphaigne de la Roche, Hercules Florence, Nicéphore Niépce, Charles Bouton, Daguerre, John Draper, Victor Hugo, Charles Nègre, Nadar.

La page du catalogue de Paris-Photo reprenait un document warholien :15.11.2003. paris photo 2003

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