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13.07.2017 PWT 28-2017 Bal Masqué chez le comte Waleski – Masquerade at Waleski’s

Der Teufel steckt im Detail


Le Charme Discret de la Dictature

“ … Toute l’armée a voté comme un seul homme pour Bonaparte.

Au Champ-de-Mars, on a transporté beaucoup de prisonniers et on les a fusillés par pelotons.
11 y a encore beaucoup de récalcitrants parmi les personnes dont les noms ont été publiés comme faisant partie de la commission consultative. — Mais ils ont beau protester — déclare Morny — nous avons besoin de leurs noms et nous en faisons usage. C’est indispensable pour les provinces, par conséquent ils resteront sur la liste, ils y figureront malgré eux.

Cependant les gens raisonnables et tout le Faubourg-Saint-Germain, qui ne l’a pas toujours été, comptent marcher avec le Pouvoir. J’ai dîné hier chez Lutteroth qui n’est pas non plus pour les personnes, mais qui est pour la chose, et il faut être fou ou conspirateur orléaniste pour être d’un autre avis.

Au reste, le Président est bien décidé à ne rien écouter et à marcher de l’avant…

 

Epilogue, mars 1871

“Un des derniers jours du mois de mars, nous étions cinq ou six attablés devant le café Riche, à regarder défiler les bataillons de la Commune. On ne se battait pas encore, mais on avait déjà assassiné rue des Rosiers, place Vendôme, à la préfecture de police. La farce tournait au tragique, et le boulevard ne riait plus.

Serrés autour du drapeau rouge, la musette de toile en sautoir, les communaux marchaient d’un pas résolu dans toute la largeur de la chaussée, et de voir ce peuple en armes, si loin des quartiers du travail, ces cartouchières serrées autour des blouses de laine, ces mains d’ouvriers crispées sur les crosses des fusils, on pensait aux ateliers vides, aux usines abandonnées…

Rien que ce défilé ressemblait à une menace. Nous le comprenions tous, et les mêmes pressentiments tristes, mal définis, nous serraient le cœur.

A ce moment, un grand cocodès indolent et bouffi, bien connu de Tortoni à la Madeleine, s’approcha de notre table. C’était un des plus tristes échantillons de l’élégant du dernier Empire, mais un élégant de seconde main qui n’a jamais fait que ramasser sur le boulevard toutes les originalités de la haute gandinerie, se décolletant comme Lutteroth, portant des peignoirs de femme comme Mouchy, des bracelets comme Narishkine, gardant pendant cinq ans sur sa cheminée une carte de Grammont-Caderousse ; avec cela maquillé comme un vieux cabot, le parler avachi du Directoire : — Pa’ole d’honneu’… Bonjou’ ma’ame », tout le crottin du Tattershall à ses bottes, et juste assez de littérature pour signer son nom sur les glaces du café Anglais, ce qui ne l’empêchait pas de se donner pour très fort en théologie et de promener d’un cabaret à l’autre cet air dédaigneux, fatigué, revenu de tout, qui était le suprême chic d’alors.”

(Alphonse Daudet, Souvenirs d’un homme de lettres, 1889)

PWT 28-2017 Le Diable se cache dans les details

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