Paris.Photo.2010 (quatorzième salon) Ligovsky Prospekt

17.11.2010 Stant PPHOTO2010

L’accrochage du stand était russe, avec une œuvre étonnante de l’architecte Nikolay Khomoutetski (1905-1973), le portrait d’une rue, Ligovsky Prospekt, un panorama datant de 1933. Composé de photographies assemblées, au fil de ses 24 mètres de long on y voit les immeubles et monuments qui bordent l’avenue. Khomoutetski Nikolay Fiodorovich était un architecte, historien de l’architecture, directeur de l’institut de l’architecture (1948-1952)

Au début des années 1930, le populaire responsable de la ville, Kirov charge ses architectes urbanistes de penser à un nouveau plan pour Leningrad.
C’est à cette occasion qu’est constitué cet étonnant panorama où l’on voir déjà l’affectation des édifices religieux aux stations du metro. Comme les chrétiens de Rome aux premiers siècles avaient transformé les temples des anciens dieux en églises.

17.11.2010 Stant PPHOTO 2010
Le reportage d’un visiteur russe, Maxime Vishnevsky est accessible sur le site artnasos

Ce fut l’occasion de la production de la première vidéo, réalisée par deux étudiants de premi§re année de l’École des Arts Déco Paris, par Romain Renault et Lyes Hammadouche, avec l’aide précieuse et la voix d’Anastasia Chapovalova.

15.11.2010 Ligovsky

Chaque immeuble de Ligovsky Prospect, ou un panorama photographique de 36 mètres de long.

A la façon d’une frise, ce collage minutieux de centaines de photographies est chargé d’histoire et fait le lien entre notre monde d’aujourd’hui et la Russie des années 30; au moment précis ou l’URSS bascule de l’utopie communiste à la terreur stalinienne. Simon Sebag Montefiore, le biographe de Staline, propose de dater le début de la grande terreur à partir du suicide de l’épouse de Staline, en 1932.

La perspective Ligovsky (en russe Ligovsky Prospekt) est le nom du boulevard perpendiculaire a la perspective Nevsky, au cœur de Leningrad, ici minutieusement photographié en 1933 pour les travaux des urbanistes. Le but premier de cette frise n’était pas documentaire, mais c’était un outil pour un vaste projet de réaménagement urbain. Les 24 mètres de long de cet assemblage photographique sont rehaussés d’esquisses au crayon, témoins singuliers des désirs grandioses de transformations des architectes soviétiques.

Les années de guerre civile qui ont suivi les deux Révolutions de 1917 ont fait disparaître les trois quarts des deux millions et demi d’habitants de Pétrograd. Et depuis la collectivisation forcée des terres, la Ligovsky Prospekt est devenue le boulevard du crime. Occupée par des malfrats en tout genre c’est la rue du vice à Leningrad.

Déjà Avant la Révolution, la majorité des habitants de cette avenue était issue des couches populaires de la société, anciens serfs assujettis à la noblesse, en grande partie analphabètes. Pour eux, la liberté était un concept nouveau. Désormais, les riches propriétaires immobiliers sont expulsés de la rue. L’exode rural des paysans amène dans les villes une nouvelle masse ouvrière, les immeubles sont collectivisés et les appartements partagés.

La Révolution bolchevique se veut profonde, en plus de l’économie et de l’agriculture, c’est aussi la morale qui doit être transformée; le jeu, les femmes faciles sont interdites, et l’État mène une politique très sévère à l’égard des criminels. Paradoxalement, quand la Révolution a fait monter l’insécurité et la criminalité dans le pays, la Ligovsky Prospekt a été un modèle de transformation urbaine. (d’assainissement urbain ?)

Au moment de la réalisation de ce panorama, les migrations ont cessé, empêchées par les forces armées qui tiennent les paysans à l’écart des villes. La misère tenue à distance, l’URSS conserve s’efforce de montrer son plus beau visage, celui des villes qui sont le témoin de la force de cette nouvelle idéologie.

Réaménagements et projets. Depuis le début des années 20, le pouvoir veut moderniser le pays, de nombreux projets empreints de gigantisme voient le jour.

Les dirigeants veulent optimiser les villes selon le système communiste de partage. Dans cette période d’industrialisation massive l’idée est de confondre la vie du peuple à celle de l’industrie. Chaque activité devait être localisée par secteur : le travail, le logement, le sport et l’éducation.

Pour sortir de l’économie agricole, le pays engage la construction de nombreuses usines et amorce un plan d’électrification totale du pays par la création d’une trentaine de centrales électriques.

Sur ces photographies de la perspective Ligovsky, on peut voir l’ambition du réaménagement par les dessins de la construction de nouveaux immeubles. Les églises sont transformées en autant de stations de métro; une marque de changement de civilisation, de l’effacement de la religion au profit d’une nouvelle croyance, celle du travail.

Kirov, chef communiste de Leningrad était à la tête du projet de réaménagement, mais trop populaire au sein du Parti, en 1934 il fut assassiné (aujourd’hui on a la preuve que l’ordre était venu de par Staline qui sentait voyait en lui la menace d’un concurrent potentiel). Avec cette mort tous les projets de réaménagements urbains sont être enterrés.

C’est l’acte de naissance du régime de la « grande terreur », mené par Staline. Le dictateur mit en place dans les heures qui suivirent l’assassinat de Kirov la « loi du 1er décembre », qui permettait de juger les détracteurs sans aucune enquête préliminaire. Cette loi condamna 1,4 millions de personnes, dont 681 mille furent fusillés de 1934 à 1938.

En 1933 la situation du pays est critique, le peuple a été décimé par deux les famines, en 1933 l’URSS en a déjà subit deux, conséquences directes de la Révolution et de la politique de collectivisation qui ont engendré près de 10 millions de morts en l’espace de 12 ans. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Staline entame les grandes purges qui supprimèrent les vétérans et tous les témoins du passé de la Révolution de 1917.

Cette photographie de la Ligovsky Prospekt est le témoin direct d’une rue témoin modèle de l’histoire de l’urbanisme soviétique. Au début elle n’était qu’un canal servant à l’irrigation des jardins du Tsar. Elle fut ensuite envahie par les paysans asservis, par la pègre, puis dépeuplée par la Révolution, par la guerre civile, par les purges staliniennes. Elle a été en grande partie épargnée par les bombes qui s’abattirent pleuvaient sans cesse sur Leningrad lors du blocus de 900 jours pendant la Seconde Guerre mondiale. Et Aujourd’hui la rue conserve un visage très proche de ce que nous montre le panorama composé en 1933.
Maintenant encore, le panorama de la Ligovsky Prospekt reste le support du rêve de ces projets de création d’un avenir meilleur.

Acces a la video : https://www.youtube.com/watch?v=vVjj7rXWgjA

 

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