Publié le

25.09.2014 Orgueil. Vernissage jeudi 25 septembre à 18h00 : L’Art est-il vraiment le propre de l’homme ?

Cartons_invitation_rhinoceros_25_septembre_monica-01

Cartons_invitation_rhinoceros_orgeuil_25septembre
dessin singe

Ivan Pavlov fut le premier russe à recevoir le prix Nobel en 1904. Bien qu’il soit fils de prêtre et peu favorable aux idées communistes, on lui proposa de rester après la révolution. Il accepta, créant dans Petrograd devenue Leningrad une école célèbre de physiologie et une station zoologique réputée. C’est dans ce laboratoire que le professeur Leonid Firsov entreprit ses expériences avec les chimpanzés à la fin des années 1960.

Selon une de ses assistantes que nous avons rencontrée, Mme Nekrassova, tout commença à la demande des militaires soviétiques qui avaient reçu des Viêt-congs des rapports indiquant que beaucoup de soldats américains mourraient dans la jungle vietnamienne de fièvre et d’empoisonnement après avoir absorber des fruits, des baies ou des champignons vénéneux. Le professeur Firsov organisa alors une expérience où il accompagna une petite troupe de chimpanzés sur une île inhabitée d’un lac du sud de la Russie. En les privant totalement de nourriture dès le troisième jour, il observa l’incroyable faculté de ces anthropoïdes à établir en peu de temps un catalogue de toutes les plantes et fruits comestibles.

Firsov004

Cette semaine estivale lui donna envie non seulement d’améliorer les conditions de captivité des chimpanzés, mais d’adopter un jeune comme compagnon familier de son propre fils. En observant comment le jeune singe se mêlait aux jeux des petits enfants pacifiquement le professeur Firsov établit une série d’expérimentations avec des crayons de couleur et de l’aquarelle.

P1240810

Nous présentons ici les œuvres picturales colorées réalisées pas les chimpanzés Gamma Tarass et Baï entre 1971 et 1974 annotées pas le professeur.

On remarque que chaque couleur correspond à une journée de dessin car en effet les chimpanzés sont daltoniens et pour obtenir des compositions multicolores agréables à regarder il convenait de réserver une couleur à chaque jour.

P1240867

Mais le professeur Firsov selon les témoignages de ses assistants se mit à chercher avec espoir et constance un anthropoïde qui, non seulement pourrait reconnaître les couleurs, mais peut-être reconnaître les formes, et plus encore prendre l’initiative de créer des dessins de sa propre volonté.

C’est alors au bout de 20 ans de patientes recherches qu’il rencontra ces facultés chez l’orang-outan Monika.
Video réalisée par Inna Pozina sur le laboratoire du Pr Leonid Firsov :
Capture d’écran 2014-09-21 à 19.03.30Extraits d’un ouvrage d’un théoricien soviétique des années 1960 :

Le vacarme des singes arrive dans l’art (ou Les singes contre Pollock)

Victor Birsky, Éditions d’État, Leningrad, 1964

Birsky couv

page 5
« … La presse occidentale depuis plusieurs années est remplie de nouvelles de l’apparition d’artistes absolument novateurs et originaux… L’abstractionnisme vit un essor incroyable et menace d’écraser l’art réaliste et les formes artistiques traditionnelles de l’être humain en particulier.

page 6
… Il semble que les derniers évènements de la vie culturelle en Occident aient définitivement démenti l’idée de la paternité exclusive des êtres humains dans la création des œuvres d’art, une idée si puissante depuis les siècles. … l’art est le propre de l’homme. Mais qui sont alors les êtres capables de jouer ce rôle d’artistes, de dessinateurs, de sculpteurs et cela plutôt bien, selon l’avis des critiques d’art del’Occident bourgeois ?  
… Les singes et les anthropoïdes.

La pionnière de cette école artistique des singes s’appelle Bethsie, femelle chimpanzé du Zoo de Baltimore. Très vite elle a été rejointe par un singe Kongo du Zoo de Londres.

7
… Puis, c’est une vague de nouveaux venus, chimpanzés, gorilles, orang-outang, capucins, selon Desmond Morris (
« Biologie d’art », 1962) il existerait aujourd’hui (1967) au moins 32 artistes anthropoïdes sur notre planète qui produisent des œuvres graphiques dignes d’attention.

On pourrait bien sûr ne pas prêter attention à l’activité « artistique » de ces singes, considérer qu’elle n’a guère plus d’importance dans la vie des singes que le talent relativement répanduchez les êtres humains de faire des grimaces . Mais il se trouve que ces exercices « artistiques » des singes sont devenus l’objet d’intérêt des spécialistes fort intéressés de la promotion de l’art bourgeois contemporain. Ces critiques voudraient laisser croire à tout le monde que le succès de l’art des singes légitime et fortifie les positions des mouvements de l’art abstrait. C’est la raison d’une spéculation  des capitalistes, d’un agiotage autour des « toiles peintes» des singes. La première exposition à l’institut de l’art contemporain à Londres était censée stimuler l’art abstrait par la découverte des « tendances très modernistes » dans l’art des singes.

10
… d’autres expositions n’ont pas manqué de suivre : regroupant les toiles de jeunes artistes abstractionnistes et des œuvres des singes, les compositions de  Beauty, chimpanzé du Zoo de Cincinnati, ont rapporté 100.000 dollars. Des petites annonces dans les journaux bourgeois proposent des toiles des singes.


Alors les singes deviennent scrupuleux ; on dit qu’aux États Unis certains ont déjà refusé de travailler sans modèle. Et voici que Jane Queen, 18 ans, « Miss New York »,accepte de poser devant les «abstractionnistes » anthropoïdes. L’atelier est installé à l’Hôtel Woldorf-Astoria, la modèle est au centre, en maillot de bain, et les singes autour : Jane se baigne dans le fleuve du succès de singes, et son image multiplie la gloire des singes, c’est bien profitable pour tout le monde, le vrai monde des affaires.

P1240873

12
… Mais la reconnaissance publique n’est pas la chose la plus importante ici. C’est juste la moitié de notre malheur. Ce succès commercial de l’art des singes n’est que le faible reflet de la propagande gonflée par les historiens d’art bourgeois autour d’une idéologie de l’art simiesques. Parce que cette production des singes est un leurre, c’est l’appât pour attirer l’attention publique vers l’art abstrait qui risquerait de dépérir et de perdre son intérêt.

C’est pour cela que on a commencé à comparer l’art des singes à l’art des hommes, à mettre en exergue certaines ressemblances. ….

 

13
Alors surgit la question fondamentale : ces ressemblance des œuvres créées par les singes et par les humains, comment les interpréter ?

14
Que les singes aient réussi à se hisser à la hauteur de l’art humain et à créer des œuvres de même qualité ? Ou bien, que la peinture abstraite, en résultat de son évolution logique, est descendue jusqu’au niveau de conscience des animaux ? Alors le public a été mis devant l’alternative d’ignorer cette ressemblance ou de l’accepter et d’en consommer les conséquences.

… Les artistes-abstractionnistes sont réduits à une situation difficile et peu confortable. Un peintre abstrait honnête aurait du être frappé alors que cette ressemblance avec l’œuvre des singes était constatée par le public, et du coup il aurait pu entamer une réflexion très modeste sur la possible nullité de ses créations.

P1240838

15
… Mais c’est si difficile pour un artiste bourgeois de s’avouer à lui-même que son parcours artistique l’a mené à une impasse. Seuls de fortes personnalités et de vrais talents peuvent le faire et infléchir leur créativité vers le cours correct de la vie artistique, qui apporte à l’humanité la vraie joie. Étant donné que l’école de la peinture abstraite offre d’immenses possibilités sans exiger aucun talent, étant donné qu’elle autorise la production incessante de nouveaux artistes faibles voire nuls, étant donné qu’elle récompense le manque du génie par les artifices mécaniques du style, alors pour tous, reconnaître la réalité de ce faux parcours revient à avouer l’incompétence de l’école toute entière. Mais encore une fois, s’il existe, le courage en art est réservé aux esprits forts. Personne, parmi des abstractionnistes, n’a retrouvé seul le chemin de l’art realiste, malgré l’angoisse causée par la rivalité de ces animaux…

16
… Et c’est en ce moment si difficile qu’interviennent bruyamment historiens et critiques d’art : ils reconnaissent aux singes le droit à l’art, ils voient un grand signe des temps dans toute cette affaire et ils accueillent les singes dans la communauté des artistes abstraits. W. Jackson de l’Université de NY dans le revue Midway annonce la Nouvelle époque dans l’histoire de l’art : il est bouleversé par la similitude des toiles des singes avec celles de l’école abstractionniste.

… Le lecteur de son essai pourrait dire : « Assez ! arrêtez votre blague ! Quels traits communs entre la croûte des singes et l’art des humains (même abstractionnistes) ? Le singe le plus talentueux ne peut se hisser jamais au niveau du plus médiocre peinte abstractionniste!

… Mais les faits sont têtus, bien au contraire… On va étudier avec toute l’objectivité possible les affirmations de théoriciens de l’art abstrait, voir si elles sont correctes. D’abord, ces singes, savent-ils dessiner vraiment ? et dans quelle mesure leurs œuvres approchent-elles de la peinture des abstractionnistes ?

Et voici venir les réponses de la zoopsychologie, cette science qui étudie la vie psychique des animaux.

 

firsov_album30a
18
… Il y a bien longtemps que les spécialistes ont remarqué chez les singes anthropoïdes une capacité à reproduire les processus de dessin et de la peinture. La première observation a été publiée par un savant allemand, V. Keler, qui a suivi une expérience sur l’ile de Tenerife vers l’année 1914.

… Puis, en 1948 un scientifique soviétique , G. Roginsky, a remarqué que les singes imitent son propre comportement en dessinant à leur tour… Les expériences suivantes des années 1956-1957 avec la femelle chimpanzé Vega ont permis la réalisation d’une série des ses œuvres.

De fait, ni Bethsie, ni Kongo ne sont les véritables pionniers de l’art des singes, et ils ne sont peut-être pas plus doués que les autres. Car la vérité objective, c’est que les singes ne refusent jamais d’utiliser des crayons ou d’autres outils des artistes. Encore mieux, l’intérêt des singes pour le « dessin » est si fort que cette activité leur fait passer l’envie de manger. D’une pomme ou d’un crayon, le chimpanzé choisit le dernier.

20
… Le singe adore « dessiner » : il se concentre, il pousse des cris, il essaye de s’isoler… Il cherche à utiliser tout ce qui est à sa portée pour produire des couleurs (un morceau de betterave autant que les crayons, la cacha de ses céréales, des carottes, etc). Il bouge le crayon ou le pinceau comme il veut, il regarde des lignes, les lèche, il essaie de les sentir, il grogne de plaisir. Les lignes sur le papier ont l’air désordonnées, cassées, il n’y a aucune représentation d’un objet… Le singe ne dessine pas, il couvre le papier des ratures, excité par les nouveaux objets et par l’envie de bouger.

 

 

21
… Les essais de faire apprendre au singe à reproduire des figures géométriques n’ont pas eu de succès. Les récompenses, bonbons ou fruits n’ont pas aidé.

22
… Si le singe travaille avec un pinceau et des couleurs, il fait seulement des taches, sans aucune forme. En conclusion, ni dans le dessin, ni dans la peinture, ni dans la composition, le singe n’a pas dépassé les dessins des enfants de 2-3 ans.

P1240877

Quelles autres conclusions peut-on essayer d’en tirer ? La source de l’activité créatrice des singes est la jeu, ou l’imitation, et non la nécessité spirituelle d’une représentation. Le singe n’a pas la capacité de représenter un objet, de copier un modèle.

23
… L’activité « plastique » n’est pas réellement un besoin vital des singes, le talent pour dessiner ne peut pas lui faciliter la lutte de chaque jour pour l’existence, et ne lui donne aucun avantage. Par cette raison l’activité « plastique » ne peut pas évoluer. Comment expliquer alors l’intérêt des singes pour cette l’activité qui ressemble au processus humain du dessin ?

P1240812

En fait, le singe est toujours en recherche de quelque chose à manger : il fouille partout, touche les objets, il remue le sol. Toutes les opérations qui sont liées à la recherche de sa nourriture, toutes ces manipulations lui font plaisir et attirent son attention autant que le processus de recherche de sa nourriture. Le singe est curieux, et il veut satisfaire sa curiosité.

24
… Cette activité qualifiée « d’investigation et d’orientation » est plus développée chez les singes que chez d’autres animaux. Les manipulations reconstituées par les singes avec les outils des arts plastiques appartiennent à cette activité et nous devons l’appeler seulement « activité imitant l’art » (simili-art).

Des milliers de siècles de travail, d’exploration et de tâtonnement ont mené les humains de ces manipulations «simili-art» de singe jusqu’à l’art véritable, cet acte de l’artiste qui consciencieusement traduit la réalité selon les lois de la réflexion artistique. C’est donc certainement important d’étudier les capacités artistiques des singes pour mieux comprendre l’évolution et les raisons biologiques de la naissance de l’art plastique. Mais il n’existe aucun lien entre l’activité «artistique» des singes et les étapes de l’évolution de l’art moderne et les démarches des artistes contemporains.

P1240811

Dans son livre «The Biology of Art», Morris suggère que «le singe aussi bien que l’être humain est né avec le besoin inné d’une expression esthétique, et l’art plastique témoigne des analogies de ses approches » .

25
… On pourrait trouver bien des choses à dire pour se moquer de conclusions pareilles, en comparant « l’art » des singes / les aptitudes des singes à l’art des humains / aux aptitudes artistiques des humains. Mais cette comparaison n’est pas possible quant à « l’art » des singes versus l’art réaliste : impossible de conclure que l’homme puisse avoir « le besoin inné d’une expression esthétique » et que la création artistique soit un acte intuitif, issu de la nature biologique d’artiste. Il n’existe nul artiste qui puisse confirmer ce concept de l’acte intuitif, parce que chaque artiste sait trop bien combien du travail, d’efforts, d’études, combien de nuits sans sommeil il doit mettre bout-à-bout pour achever son œuvre, et combien de difficultés qui n’ont rien à voir avec la biologie, il doit traverser pour l’atteindre.

26
Alors, une forme de réalité, cette exigence obligatoire du vrai art, reste absente de l’ »art » des singes ; point final.

Mais les théoriciens d’art occidentaux préfèrent comparer l’ »art » des singes à l’art abstrait qui, lui, n’a pas pour objectif de créer l’image d’une réalité. Et Jackson comparant l’artiste-singe et l’artiste-humain leur trouve beaucoup de choses en commun : « ils » sont réservés, sans autocritique, plutôt égoïstes, avec une grande liberté d’allures, « ils » aiment les effets arrivés spontanément, « ils » croient que l’acte de création n’est pas lié au monde l’extérieur.

P1240863

27
 Cela est bien vrai, et pour un chercheur marxiste aussi. Le singe qui dessine est absolument fasciné par son activité, il ne voit rien d’autre, ni rien des autres. Les abstractionnistes font tout à fait la même chose : par exemple Georges Mathieu … qui travaille en extase, qui jette des couleurs, danse, comme un épileptique… Les singes dessinant ont l’air plus esthétique, à dire la vérité.

28-29
… Les mêmes méthodes sauvages se retrouvent dans l’école du tachisme : Hartung, Dubuffet, Manessier, Soulages.

Pollock de son côté montre aussi le plein oubli de soi-même, et produit des mouvements du corps plutôt bizarres pendant l’activité de son art plastique. Les singes ne sont pas toujours capables de le faire. Malgré ces différences une chose reste bien claire : aussi bien les abstractionnistes que les singes dépassent des limites déterminés pour eux.

30
Quand 
Dubuffet dit « j’aime la peinture qui dépasse la notion de la peinture », il décrit très précisément  l’art abstrait. Si les abstractionnistes sortent de la notion d’art et créent l’art dépassant les catégories de la culture humaine, c’est tout à fait normal de comparer leurs résultats artistiques à ceux de l’activité des singes.

31
Si on les compare, on verra des ressemblances impressionnantes. Et pourtant les singes n’imitent pas l’art abstrait, pour la bonne raison qu’ils n’en connaissent rien. Ils font leurs « art », sans s’inquiéter des logiques de marché ni du bruit des media. Par contre, les abstractionnistes sont bien intéressés par les marchés et par la presse. Mais les résultats à la fin coïncident.

Comparerons par exemple l’œuvre de Mastroianni «La Matière», qui fut primée à la 29e Biennale de Venise (1957) … à la toile du singe Véga, qui fut titrée « Les Iles de l’Univers », par qui peu importe. L’impression est fort la même.

33
… Des choses bizarres sont en train  d’arriver à l’art contemporain des pays bourgeois – les artistes de l’art abstrait rongent leur frein pour rivaliser avec les singes. Étonnant que parfois les artistes gagnent la compétition.

34
Les singes, bien sûr, ne peuvent pas exprimer leurs pensées par écrit, ni publier leur programme artistique sous forme de manifeste. Mais ce n’est pas grave : les abstractionnistes viennent à leur secours. Hartung dit à leur place : « La peinture la plus bigarrée raconte les actions de l’artiste en cours de création », « Seule chose que j’aime – c’est bouger sur la surface de toile ». Green ajoute: « Mon œuvre ne vise pas à représenter nulle chose concrète ». Le contenu des œuvres des singes correspond bien à ces définitions.

37
Les peintures des singes pourraient être sincèrement appréciées des amateurs d’art abstrait et par conséquent gagner bien des compétitions. Il reste à inventer un bon nom pour les œuvres. Parce que le vieux secret du succès dans l’art contemporain consiste à proposer un nom pompeux enflé de notions abstraites et sophistiquées, et de le faire passer pour une magnifique ouverture et un mot d’esprit. (Ici l’auteur compare une l’œuvre de Marc Tobey « Northwest Drift » à un dessin du singe Véga). On atteste le même niveau de réflexion : qui monte au niveau de l’autre ? singe ou humain ? Ce n’est pas clair.

40
John Crosby a remarqué : « Beauty par son œuvre est plus proche de Pollock que de Michelangelo. Quand je pense que cela a pris 405 ans pour l’humanité pour passer de la fresque de la Chapelle Sixtine à Drippings de Pollock, et que les singes traversent cette évolution en 6 mois, j’ai peur – est-ce le progrès des singes ou la régression des humains ? »

Capture d’écran 2014-09-19 à 10.07.54

En fait, ce n’est peut-être pas si important – savoir qui monte, qui descend… Les abstractionnistes transforment leur art en « art de singes », et selon la logique des choses, ils se transforment eux-mêmes en singes, au moins au niveau esthétique. Et cela est bien intéressant : les singes, selon l’idéologie bourgeoise, n’ont pas pour habitude d’entrer dans un syndicat, ni d’agir de manière organisée, encore moins de revendiquer des droits politiques et sociaux, ils n’organisent pas de manifestations, et sont indifférents à la propagande communiste. C’est donc plus facile de gouverner avec des singes, ils sont si ignorants qu’ils ne cherchent pas à juger rceux qui les dirigent.

42-47
… L’art qui dépasse, les limites d l’’art, l’art sans limite… Mais c’est la limite de la démence ! … L’art transformé en jeu fait de l’artiste un joueur, et l’art se venge en transformant ses œuvres en jouets perdus dans la mode pour les toiles des singes. Et cela va vraiment devenir  bien difficile pour les théoriciens bourgeois de l’art abstrait de distinguer les uns des autres et de séparer le simili-art des singes de l’activité simiesque des abstractionnistes.

48
… Une différence cruciale reste : le singe ne pense pas au public, ni aux récompenses, tandis que l’artiste abstractionniste, malgré tous ses matières sublimes etc., est loin d’être désintéressé. Il espère bien de gagner une somme réelle et de toucher un chèque non abstraite. Cela pourrait être bien intéressant si les artistes prenaient désormais les singes pour modèles sur ce point : cela pourrait faire beaucoup de bien à l’humanité, et aussi faciliter la vie des conservateurs de musées qui ont bien du mal à expliquer au grand public le choix des toiles exposés. Peut-on distinguer les œuvres sorties des mains humaines des peintures faites avec les pattes des singes ?

49
… Le cas particulier de l’exposition de Göteborg : l’œuvre de singe a été exposé comme anonyme, cela a crée une grande confusion dans le milieu des théoriciens d’art abstrait qui ont fait des louanges à un artiste génial inconnu sans savoir qu’il s’agit d’un chimpanzé de jardin zoologique local (Cela rappelle la gêne laissée par le coucher de soleil de l’âne de Montmartre exposé en 1914).

50-51
… Au final, tout est très logique. La peinture qui dépasse les limites s’approche non seulement de l’activité créatrice des singes, mais aussi des des créations des malades, des artistes qui ont dépassé les limites de la folie et de la démence. L’art utilisé pour le traitement des maladies psychiques – les résultats ressemblent beaucoup aux meilleurs œuvres de l’art abstrait.

Quel rôle étrange pour l’art abstrait en notre XXe siècle : soigner les schizophrènes au risque d’estropier les esprits des ceux qui sont encore sains. Peut-être faudrait-il réserver l’abstractionnisme pour les cliniques de psychiatrie. Cela pourrait être la solution réaliste. »

Viktor Birsky, Le Vacarme des singes arrive dans l’art, Éditions d’État, Leningrad, 1964

Extraits traduits par Anastasia Chapovalova et SP.

 

Birsky 2

 

Birsky 1

 

Monika015

Passage dans l’émission Chercheurs d’Art, BFM Business

Capture d’écran 2014-09-26 à 17.51.56

Capture d’écran 2014-09-26 à 17.51.48

Capture d’écran 2014-09-26 à 17.51.40

Capture d’écran 2014-09-26 à 17.51.35

Suite au prochain article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *