Publié le

05.12.0001 M. Thomas Arnauldet, « ami de Monselet et de Baudelaire »

La première information qui surgit fut encourageante :

« Arnauldet sera quelque temps bibliothécaire (1858-1869) ; ami de Monselet et de Baudelaire, fin gastronome et ironiste, il écrira dans la Gazette des Beaux-Arts un bon article sur les caricatures contre les artistes (1859); il demandera un congé illimité, et sera remplacé par le fils de Raffet.Auguste Raffet, dit Rafiet fils, fils du fameux lithographe auteur de nombreuses pièces sur la légende impériale {La Revue Nocturne) et les soldats de la République (Il est défendu de fumer, mais il est permis de s’asseoir), était entré après 1848 ».

Extrait de Jean Adhemar : « L’HISTOIRE du Cabinet des Estampes a été faite plusieurs fois, notamment par Joseph Guibert. Celui-ci, dans un livre remarquable qui sert toujours à la fois d’historique très sérieux et documenté du Cabinet, et de guide du lecteur, s’est borné volontairement à des indications extrêmement précises tirées des rapports et des archives du Cabinet, alors récemment classées par Courboin. Mais il a gardé pour ses entretiens avec ses collègues les anecdotes traditionnelles.C’est à l’aide de celles-ci, et de lectures diverses dans les revues contemporaines, que nous tentons cette histoire du Cabinet au xixe siècle ; nous l’avons divisée par règnes de conservateurs, car la personnalité et l’action directe de chacun d’eux a marqué son temps. » Jean Adhémar joua un rôle déterminant pour la recherche en Histoire de la Photographie il y a cinquante ans.

Thomas-Victor Anauldet est né à la Bobinière, commune de Mouchamps en Vendée le 08 septembre 1834, à « sept heures du soir ». Fils de Théodore Arnauldet (1801-1860), juge au tribunal de « Bourbon-Vendée », et auteur de recueils de poèmes régionalistes.

Thomas est attaché depuis le mois de janvier 1855 au service du catalogue du cabinet des Estampes de la Bibliothèque Impériale, il en devient employé appointé à partir du 1er septembre 1858, mais en démissionne pour raison de santé le 1er juillet 1866, et se retire à Niort. On retrouve sa trace comme propriétaire du chateau du fossé-rouge sur la commune vendéenne de l’Oie dans le Dictionnaire des Châteaux de 1899.

Une adresse à Paris, rue des Saints-Pères, n° 3, retrouvée dans l’annuaire de la Société de l’Histoire de France en 1863, dont Alphonse de Launay est alors un administrateur. Cette belle adresse a été également celle de Viollet-le-Duc.

Thomas Arnauldet a publié de nombreux articles, parfois sans les signer, mais il a écrit dans les premiers numéros de la gazette des beaux-Arts : un article fondateur :  « Notes sur les estampes satiriqnes, bouffonnes ou singulières, relatives à l’art et aux artistes français pendant les XVIIe et XVIIIe siècles ».

On lui doit aussi un étonnant « Salon de 1857 », publié dans une Revue des provinces de l’Ouest très peu étudiée. Cette critique du salon de 1857 expose des opinions sur Courbet, Gerome, Corot, daubigny, etc… qu’il est étonnant de confronter aux idées de Charles Baudelaire. Article dédié : Le Salon de 1857 de M. Arnauldet.

Il est édité par l’érudit Benjamin Fillon qui donne des renseignements sur Thomas Arnauldet dans son Voyage à Poitiers :

Benjamin Fillon 1856 compagnon

Edmond de Goncourt a laissé lui aussi une notice plus bienveillante qu’à son habitude, à l’occasion de la vente du 3 décembre 1878 des livres du frère de Thomas, Paul Arnauldet:

« Ces jours-ci, on a fait la vente d’un nommé Arnauldet, frère d’un employé que j’ai connu au cabinet des Estampes. Au milieu d’un fouillis immense, il y a quelques très jolies et charmantes
choses, achetées à vil prix par Burty, qui a suivi la vente, depuis les salles d’en haut jusqu’à Mazas: la salle d’en bas, où on vend la literie et les batteries de cuisine.

Ce garçon, originaire du Poitou, et sorti d’une famille de la magistrature, en ce temps de sensualisme grossier, était un type du sensuel délicat, et du curieux dans les choses du boire et du manger. Il n’aimait qu’une certaine eau-de-vie fabriquée près de la Rochelle, et dont la provision était vendue tous les ans, à l’Angleterre. Cette eau-de-vie donc, il la faisait racheter en Angleterre, et il la buvait dans un petit verre, gardé dans un étui, qu’on ne lavait jamais, et qui avait pris l’irisation d’un lacrymatoire antique(1). Le café, on lui en triait un petit sac, qui était choisi grain par grain. Il faisait venir des huitres d’un certain marchand d’huitres de Marennes, et les donnait à garder dans une cave du quartier qui leur conservait une fraîcheur particulière. Il s’était fait fabriquer une semaine de pipes d’écume de mer, d’une minceur charmante, baptisées de noms délicieux, et qui se succédaient l’une après l’autre.

Enfin, chez ce garçon qui n’avait pas plus de douze à quinze mille livres de rente(2), toutes les choses du boire et du manger venaient du meilleur fournisseur existant dans le monde, qu’il fût à Paris ou aux Grandes Indes, et un jour, que le peu difficile Bracquemond déjeunait chez lui, et que sa rude nature s’impatientait de toutes ces recherches, de toutes ces provenances, il lui jeta:
—Et votre sel, d’où le faites-vous venir?
—De Morelles(3), répondait flegmatiquement Arnauldet.

 

Arnauldet et son ami

Il vivait, cet épicurien, dans un petit monde de jouisseurs délicats, dont était Pingard, l’huissier de l’Académie, qu’on retrouvait à la vente des vins, faisant de la dégustation savante avec la petite tasse d’argent des gourmets-piqueurs de vin, et tout débordant d’indignation comique, quand l’expert se trompait d’un an, sur la date d’un cru ».

(Journal des Goncourt, Série II, Volume III: 1878-1884)

 

etude du négatif-Le portrait de M. Arnauldet

(1) Zaven Paré a remarqué sur la main tenant l’élégant chapeau une marque qui pourrait être celle de la goutte, maladie des bons vivants.

(2) On note que le revenu, douze à quinze mille livres de rente est plus conséquent que son salaire annuel environ 2000 au Cabinet des Estampes, gigantesque par rapport aux revenus de Baudelaire, 3 sols la ligne ou encore 1 franc oue livre pour 7 lignes de poème en prose.

(3) Est-ce que Morelles correspond à l’ancien nom de Maureillas où l’on fabriquait les meilleurs bouchons de liège sous le pic de  Salines ?

Thomas est en effet le frère de Paul qualifié de « bibliophile délicat » dans la préface du catalogue de vente de sa bibliothèque, vente qui eut lieu le 03 décembre 1878.

catalogue Arnauldet 18781

Son ex-libris denote un esprit peu partageur : même pas pour mes amis figurait en devise sur ses livres précieux, dont de nombreux grands papiers de Baudelaire et Gauthier.

Nunquam amicorum1

Thomas Arnauldet semble intervenir plusieurs fois pour aider le graveur Charles Méryon et lui présenter d’autres artistes :

« Octave de Rochebrune (1824-1900). Dès son plus jeune âge, il découvre sa vocation de dessinateur. Il sera aussi sculpteur. Benjamin Fillon et Monsieur Arnauldet, conservateur au Cabinet des Estampes, lui font découvrir les planches de Charles Meryon, réalisées à l’eau-forte. Octave de Rochebrune, qui n’a connu alors que la lithographie, découvre cette nouvelle technique.
Octave de Rochebrune et Charles Meryon durent se rencontrer, par l’intermédiaire de Monsieur Arnauldet, conservateur au Cabinet des estampes. On trouve leur collaboration dans la publication de Benjamin Fillon, « Poitou et Vendée », Niort, 1887. Deux gravures marquées du monogramme de Charles Meryon y sont représentées, il s’agit des portraits de rené de Burdigalle et de Pierre de Nivelle »

On cite aussi Thomas Arnauldet comme le correspondant parisien du baron Olivier de Wismes (1884-1887) à la mémoire de qui il consacre une brochure : « Le Baron de Wismes d’après deux lettres autobiographiques. Souvenirs d’un ancien attaché du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *